DOUZIEME MÉMOIRE
Des Tempéraments acquis.
INTRODU CTION.
Puisque toute fonction, toute action, tout mouvement quelconque, fréquemment répété, laisse une trace dans l'individu , lui fait contracter une disposition que nous nommons habitude, les causes qui agissent souvent sur lui doivent modifier ses dispositions primitives.
Or, ce sont ces dispositions subséquentes dont l'ensemble forme ce que nous nommons tempérament acquis.
Ces tempéraments acquis peuvent se transmettre par la génération; mais dans l'individu qui les reçoit par cette voie, ils doivent être regardés comme naturels.
Nous n'appellerons pas non plus tempéraments acquis les dispositions qu'amènent les différentes époques de la vie, et le développement des différents organes.
Les causes des vrais tempéraments acquis sont les maladies, le climat, le régime, et les travaux du corps ou de l'esprit.
§ II
Les maladies altèrent et modifient le tempérament naturel en beaucoup de manières différentes.
Il n'est pas rare que les maladies aiguës l'améliorent; les effets des maladies chroniques sont presque toujours défavorables.
En général, les unes et les autres font prédominer le système nerveux et affaiblissent le système musculaire.
Elles conduisent fréquemment les tempéraments sanguins et bilieux à devenir mélancoliques avec diverses nuances. La marche opposée est très-rare.
Les phlegmaliques en sont affectés différemment.
ANALYTIQUE. 5^3 Souvent les maladies accélèrent et perfectionnent les fonctions intellectuelles.
Le climat a des effets moins prompts , mais une action plus constante et plus sûre que les maladies. Certains tempéraments sont si généraux et si dominants dans certains climats qu'on ne peut se refuser à les en regarder comme le produit, et par conséquent comme des tempéraments acquis, an moms pour la plupart de leurs premiers habitants.
§ IV-
Enfin le régime, et même la nature des travaux sont, en grande partie, des conséquences du climat, et ont certamement une grande énergie pour modiEer et changer les dispositions originelles qui constituent le tempérament. Ils en produisent donc de nouveaux.
Ajoutons, en finissant, que les effets moraux de tous ces tempéraments acquis sont aussi étendus, et peut-être plus variés, que ceux des tempéraments naturels. Mais tout ce que l'on pourrait dire à cet égard rentrerait presque entièrement dans les considérations antérieurement exposées. ( Mémoires 6, 7 , 8 et 9.)