‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 64 sur 65 · SUR UN GENRE PARTICULIER · texte numérisé non relu

SUR UN GENRE PARTICULIER

vent occasioner dans l'organe cérébral. Aussi, les observateurs attentifs ont -ils reconnu que les vésicatoires , rrjoyen si puissant, quand il est prudemment employé , pour résoudre les concentrations des efforts vitaux, très-souvent ne réussissent pas au début de la maladie , lorsque ces efforts ne la constituent pas encore, et qu'ils ne sont que les effets de causes étrangères au cerveau lui-même. Quelquefois aussi, comme ces causes sont permanentes, et que les révulsions ne peuvent ni les enlever, ni les empêcher d'agir, les vésicatoires y sont tout-à-fait impuissants. Mais, dans d'autres cas où la cause étrangère est moins fixe, et dans lesquels il ne s'agit que de remédier à ses effets, ce moyen agit presque toujours de la manière la plus heureuse, surtout si l'on n'a pas négligé d'employer préalablement ceux qui peuvent assurer son opération.

Tous les médecins savent qu'il n'est pas rare d'observer un état de spasme dans une moitié du cerveau, déterminé par l'atonie de la moitié opposée : genre d'apoplexie particulier , capable de produire l'hémiplégie, ou la paralysie de la moitié du corps correspondante à celle du cerveau qui est en convulsion ; mais cette atonie peut être primitive, et peut avoir agi comme cause, ou n'être qu'un résultat de l'impulsion des humeurs vers la tête , comme le spasme général du cerveau dont parle CuUen.

Les apoplexies causées par un spasme universel

d'aPOPLIÏX IK.

(Ifs exirémités ou des viscères (iii bas-ventre, sont ce que Bordeu appelait énergiqiiement des conspirations de tous les organes contre la tête. En effet, tous y prennent part, soit au début même de la maladie, soit lorsqu'elle est parvenue à son dernier degré d'exacerbation. Cet état est ordinairement bien caractérisé par celui du pouls, qu'on trouve tout à la fois inquiet et rebondissant; et qui, selon que le spasme ou la pléthore prédomine, présente l'une et l'autre de ces deux modifications, à des degrés et dans des rapports très-différents. On emploie alors avec succès les antispasmodiques; quelquefois même le spasme est tellement prédominant, que, malgré l'affection de la téte et l'état comateux, on peut hasarder de légères doses de narcotiques mitigés : du moins si des observateurs d'ailleurs attentifs ne se sont pas laissé tromper par les apparences de l'apoplexie, car les attaques nerveuses sont quelquefois si violentes, qu'on peut facilement les prendre pour cette maladie elle-même; et, quant aux affections comateuses, elles dépendent trèssouvent de causes entièrement étrangères à l'état flu système nerveux et cérébral.

Les fièvres intermittentes malignes sont quel* quefois caractérisées par un assoupissement apoplectique. Il est vraisemblable que le cas dont parle Rivière, et dans lequel il employa l'opium avec .tant de succès pour dissiper une affection comateuse profoitde, était de ce -genre. On sait

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que, dans certaines fièvres d'accès très-rebelles, les narcotiques ont ' produit les effets les plus heureux; et, depuis qu'on a reconnu dans ces remèdes une vertu tonique excitante unie à la vertu sédative , il est facile d'en sentir la vraie raison. Cependant, malgré quelques expériences non moins heureuses, faites sur différents remèdes dans le traitement des fièvres intermittentes malignes , il n'en reste pas moins démontré que le seul sur lequel on y puisse toujours compter avec assurance est le quinquina : seulement, il devient indispensable, dans une infinité de cas, de l'associer avec d'autres médicaments, soit pour favoriser, soit pour compléter, soit pour modifier son action; et l'on peut dire que l'opium est alors fréquemment indiqué.

Les personnes les plus exposées aux apoplexies spasmodiques sont les femmes vaporeuses, les hommes hypocondriaques ou mélancoliques, les sujets attaqués de douleurs goutteuses ou rhumatismales, surtout lorsque ces douleurs sont vagues , irrégulières , et qu'elles ne se terminent point par des mouvements critiques bien dirigés. L'attaque peut survenir dans un moment où les premières voies sont surchargées d'aliments ou d'humeurs étrangères. Ses effets peuvent aussi être compliqués avec un état humoral et pléthorique, qui, pour l'ordinaire, les aggrave considérablement. Dans l'une et dans l'autre de ces deux circonstances , le traitement exige quelques mo-

d'apoplexik. 589 difications. La dose des évacuants et le moment de les placer ne peuvent être les mêmes pour des cas si différents; mais l'art de déterminer ces modifications dépend exclusivement de la sagacité du médecin.

Le très -estimable auteur de l'ouvrage intitulé de V Homme malade (i) avait rencontré, dans la pratique, des apoplexies où l'état pléthorique sanguin et la plénitude des premières voies se trouvaient compliqués. Il donnait alors un émétique , et faisait ouvrir la veine à la première nausée qui soulevait l'estomac. Les violentes indigestions des hommes vigoureux présentent souvent un cas très-analogue; et le moyen indiqué par Leclerc semble ici le seul dont on puisse attendre un plein succès. Mais cette double observation, d'ailleurs si précieuse, n'a point de rapport avec celle qui fait le sujet de cette note.

Dès long-temps on a remarqué dans les cadavres des apoplectiques et des paralytiques un engorgement général des sinus du cerveau et de tous les vaisseaux veineux. Cet engorgement avait été regardé comme la suite de l'apoplexie , ou comme un des phénomènes qui l'accompagnent

(i) Le nom de Leclerc reçoit encore un nouvel éclat par les travaux d'un professeur distingue de l'École de Paris, qui joint vin esprit très- philosophique à toutes les lumières de son art, et à tous les talents nécessaires poiu- en crabeHir les leçons-

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toujours. Des observations cadavériques plus attentives ont fait retrouver le même état chez presque tous les vieillards , de quelque maladie qu'ils soient morts. Gela tient à la marche générale de la circulation dans les différents âges. Pendant l'enfance et pendant la jeunesse, c'est la pléthore artérielle qui prédomine; après l'âge consistant, et dans la vieillesse, la pléthore veineuse prend à son tour le dessus. Or, ce changement est bien plus marqué dans la cavité cérébrale que partout ailleurs. En effet, les tuniques des vaisseaux veineux du cerveau sont très -faibles et très -lâches; elles ne sont point soutenues, et leTx^ cours du sang n'y est point favorisé par l'action des muscles, comme dans la plupart des autres parties du corps. Le cours du sang artériel ne souffre jamais le même retardement dans l'intérieur de la tête : la direction des carotides rend leur tube toujours libre; les vertébrales sont, dans une grande partie de leur trajet, à l'abri de toute compression; la tête est, de plus, très-voisine du cœur, dont les contractions, qui survivent à presque tous les mouvements vitaux, y poussent sans relâche le sang du ventricule gauche à plein jet.

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