‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 8 sur 65 · SUR LES AFFECTIONS CATAUBHALES · texte numérisé non relu

SUR LES AFFECTIONS CATAUBHALES

3, 4 et 5 du siècle dix-neuvième, paraissent avoir diminué progressivement de danger , et dans une sorte de proportion analogue à celle du rapprochement de leurs époques respectives. Il faut pourtanJt excepter les catarrhes compliqués d'angines gangréneuses ; car ceux-là sont toujours graves; et lorsqu'ils deviennent véritablement épidémiques, ils moissonnent un grand nombre de malades, et laissent après eux de longs souvenirs de terreur.

A ce sujet, on peut observer que la gravité et le danger du catarrhe sont toujours relatifs à la nature de la fièvre dont il est compliqué: ainsi, les fièvres catarrhales épidémiques ont dù se conduire de la même manière que les autres épidémies, dont la culture perfectionnée, les progrès de la civilisation , de la police des villes , et les habitudes de propreté , devenues de jour en jour plus générales, ont diminué successivement, et d'une manière si frappante, la violence et les effets.

Mais, pour revenir aux anciens, la preuve que les catarrhes n'étaient pas moins fréquents de leur temps qu'aujourd'hui, c'est qu'ils les ont observés et décrits avec l'attention la plus minutieuse; ils ont même établi entre eux des distinctions qui nous paraissent subtiles ; enfin , leurs plans de traitements, tracés avec tant d'art et de soin, annoncent toute l'importance qu'ils attachaient à ce genre de maladie, et l'habitude où ils étaient de l'observer chaque jour.

Pour peu qu'on soit versé dans leur lecture, on n'ignore pas qu'ils se sont particulièrement appliqués à décrire les phénomènes que présentent, et les effets que produisent sur différents organes, les différentes espèces de pituites, qui forment, à proprement parler, la matière des catarrhes. Galien, dans son Traité des lieux affectés, s'étend avec la complaisance d'un malade guéri sur celle que Proxagoras avait caractérisée par l'épithète de vitrée, parce qu'elle offrait l'apparence du verre fondu : il rapporte qu'après l'avoir observée plusieurs fois sur d'autres , il fut attaqué lui-même tout à coup d'une violente douleur intestinale qui simulait la colique néphrétique, et que, par l'effet d'un lavement d'huile de rhue (i), il rendit, avec les efforts les plus douloureux, une masse considérable de cette pituite : il ajoute qu'elle produit toujours au passage un vif sentiment de froid, et que les assistants , s'ils se hâtent d'y porter le doigt à sa sortie , en reçoivent la même impression ; ce qui ne permet pas de douter que sa température ne soit très-inférieure à celle du corps humain. Cette pituite est celle qu'un médecin moderne se félicitait d'avoir retrouvée; quoiqu'en effet le véritable réinventeur fût Diderot, auquel cette découverte avait coûté de longues et cruelles souffrances.

(i) Par infusion, sans doute.

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Enfin, sans parler des circonstances particulières où les crachats sont salés, acides, sucrés, amers, etc., circonstances que les anciens ont reconnues avec beaucoup de sagacité, et décrites avec beaucoup d'exactitude; ils avaient remarqué le caractère contagieux de certains catarrhes (i); et cela seul doit porter à penser que les catarrhes épidémiques n'étaient p'as rares de leur temps. Car, quoique les maladies épidémiques qui tiennent à des causes extérieures et générales ne soient pas la même chose que les maladies contagieuses qui peuvent quelquefois être produites par les miasmes émanés d'un seul individu, il est sûr que les médecins les ont confondues trèslong-temps; et cette même confusion se trouve encore dans les écrits de quelques auteurs modernes, observateurs, du reste, exacts et attentifs.

On croit assez généralement aujourd'hui que tous les catarrhes sont causés par la répercussion subite de la transpiration, ou par l'action lente de l'humidité, qui dérange cette excrétion nécessaire, en affaiblissant l'action organique de la

(i) Ils connaissaient le catarrhe adynamique et gangreneux, qui est très-commun dans ce moment; leur Esculape en était mort avant d'être divinisé : c'est du moins ce qu'on peut raisonnablement conclure du passage de Suidas. Être frappé de la foudre et l'être de la gangrène ont été plusieurs fois exprimés par le même mot. Aju reste, peut-être, Esculape n'a-t-il Jamais réellement existé ; mais la maladie dont on dit qu'il mourut était assurément connue , surtout dos médecins.

peau. Il n'y a pas de doute que la transpiralion répercutée ne produise plusieurs désordres graves dans l'économie animale : il est également vrai que les rhumes et les fièvres catarrhales se déclarent souvent à la suite d'un passage brusque du chaud au froid, surtout quand l'atmosphère froide se trouve en même temps chargée de vapeurs humides. Il est enfin constant, d'après l'expérience de tous les siècles, que l'humidité, surtout l'humidité jointe au froid, et plus encore celle des pays ou des temps chauds, en dégradant toutes les fonctions digestives et assimilatrices , influent d'une manière directe sur la production des affections catarrhales, aussi-bien que de plusieurs autres maladies qu'on ne çegarde point comme du même genre. Mais cette cause n'est pas la seule à beaucoup près : les hémorrhoïdes irréguhères , différentes éruptions , les rhumatismes chroniques, etc., peuvent être remplacés par des flux muqueux , et même par des catarrhes de la poitrine ou du cerveau : certaines habitudes de faiblesse et de mobilité du système nerveux se trouvent souvent accompagnées d'une disposition catarrhale, qu'elles entretiennent, et qui, de son côté, contribue à rendre leur guérison plus difficile : enfin , presque toutes les circonstances énervantes rendent les hommes, même les plus vigoureux, plus sujets à toute espèce de rhumes; et chez les individus plus faibles, elles les produisent quelquefois immédiatement.

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