Ce n’est pas cependant qu’il faille pousser jus
V qu’à la pédanterie la pratique de cette méthode: elle est la meilleure et la plus sure de former nos idées; mais elle n’est pas la seule. Assez souvent, nous recevons les impressions au hasard ; les idées éparses qui en résultent vont se loger confusément
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dans la mémoire : elles y sommeillent, jusqtfà ce que des sensations analogues viennent les réveiller, se combiner avec elles, et que les unes et les autres s’enchaînent dans des ensembles plus ou moins généraux, plus ou moins réguliers. C’est alors que commence le travail ultérieur , qui soumet à l’examen cette classification, quelquefois entièrement fortuite d’abord ; et c’est alors seulement que les bons esprits, en évaluant avec rigueur chacune de leurs idées , déterminent leur ordre naturel , la place que cet ordre leur assigne , et finissent par les rattacher toutes à quelques principes généraux qui leur servent de point d’appui. *
Si d’ailleurs dans l’enseignement on commence le plus souvent avec fruit par les données, pour passer graduellement aux résultats; quelquefois aussi il convient d’énoncer d’abord les résultats, et de les appuyer par l’indication des principales données, sauf à revenir sur ces dernières, pour les exposer en détail , quand il sera nécessaire de démontrer plus méthodiquement la proposition. Car, indépendamment de la perte de temps inévitable qu’entraîne la méthode des inventeurs, appliquée rigoureusement et sans exception à tous les cas, perte importante sous plusieurs rapports, et qui n’est pas toujours, à beaucoup près, compensée par des avantages certains ; il arrive souvent encore que les leçons prennent un caractère trivial et peut-être rebutant, par l’urtiformité, et (faut-
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il le dire?) par la facilité même des procédés. L’attention de l’élève qu’aucun trait piquant, aucune difficulté ne ranime, languit et s.’éteiut par les moyens mêmes qui devaient en faciliter l’exercice et les opérations : au lieu que le professeur qui se permet quelquefois de présenter tout-à-coup des idées inattendues , et frappantes par leur grandeur , ou par leur nouveauté ; qui fait de temps en temps disparaître quelques intermédiaires, pour exciter l’intérêt et piquer la curiosité des élèves, et qui tour à tour, suivant le caractère des objets, passe de l’analyse à la synthèse, de la synthèse à l’analyse, en rectifiant toujours, pour peu qu’il reste quelque doute, les indications plus hardies de celle - là , par les formes plus régulières et plus sûres de celles-ci, ce professeur lient l’esprit des élèves dans une activité plus réelle et plus constante, donne plus d’essor à leur pensée, sans risquer de lui faire prendre une fausse route : et peut-être sa méthode est-elle aussi mieux appropriée à la nature et à la manière de procéder de l’esprit humain.
Ce ne sont point, ce me semble, comme on l’a cru trop généralement, des défauts de style qui ont empêché les ouvrages de Condillac d’obtenir, dès leur première apparition, tout le succès qu’ils méritent; ses ouvrages sont toujours écrits avec pureté, souvent avec beaucoup «l’élégance, quelquefois même d’une manière assez animée et presque brillante : mais la raison si lumineuse «le
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cet excellent analyste ne prépare et ne réserve au lecteur ni surprises, ni difficultés; chaque paragraphe annonce le suivant , et la première phrase indique les autres. La peine du lecteur est tellement ménagée, qujil finit par n’en prendre plus aucune; et l’on a si bien pensé pour lui, qu’il ne pense bientôt plus guère lui-même.
Ces réflexions ne sont peut-être pas déplacées, dans un moment où tous les amis des lumières célèbrent de concert, avec tant de raison, l’excellence et la grande utilité de la méthode analytique ; où tous ceux qui s’occupent du progrès des sciences et de celui de leur enseignement , la regardent comme le seul flambeau qui puisse guider sûrement l’esprit humain, et le faire sortir pour toujours du chaos des opinions hypothétiques; comme la seule manière, soit de cultiver, soit d’employer nos facultés intellectuelles, qui puisse introduire les habitudes du bon sens, nonseulement dans tous les travaux des savants et des penseurs , mais encore dans tous ceux des artisans et des manouvriers, dans toutes les idées, dans tous les penchants , dans tous les actes de l’homme social. Je partage entièrement cette opinion et ces belles espérances. Mais la vraie méthode analytique marche par toutes les routes qui peuvent conduire à la vérité. La plus sûre pour chaque circonstance est celle qu’elle préfère. Souvent elle rassemble soigneusement les données, pour en tirer les résultats : plus rarement,, elle saisit ces
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