‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 47 sur 67 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Telles ont été les principales révolutions de l’art de guérir : telles sont les observations que son état présent me semble devoir faire naître, •soit qu’on l’envisage en lui -même, soit qu’on veuille le comparer avec les autres parties de nos connaissances , pour saisir leurs rapports mutuels : enfin , telles sont les vues qui me paraissent devoir présider à sa réforme et diriger son enseignement. Quoique ces vues et ces observations ne soient pas toutes également importantes ou neuves, je les crois utiles: et quoiqu’un semblable travail promette peu de gloire, je regarde comme un devoir de ma part, d’en faire hommage au public. Ne renfermât-il qu’une seule idée profitable, je me féliciterais de l’avoir offerte à ces jeunes médecins, sur qui reposent maintenant les plus belles espérances de l’art.

L’époque actuelle est une de ces grandes périodes de l’histoire, vers lesquelles la postérité reportera souvent ses yeux , et dont elle dçmàn -

358 RÉFOHME

dora éternellement compte à ceux qui purent y faire marcher plus rapidement et plus sûrement le genre humain dans les routes de l’amélioration. Il n’est donné qu’à peu de génies favorisés d’exercer cette grande influence : mais dans l’état où sont les sciences et les arts, il n’est personne, en quelque sorte , qui ne puisse contribuer à leurs progrès. Le moindre perfectionnement réel dans l’art le plus obscur, rejaillit bientôt sur tous les autres; et les relations établies entre les différents objets de nos travaux, les font tous participer aux progrès de chacun. Les anciens avaient sans doute entrevu ces relations : ils avaient senti que toutes les sciences et tous les arts se tiennent ; qu’ils font un ensemble, un seul tout : mais ils l’avaient senti sans le voir clairement ; ils l’avaient dit sans le bien savoir. Ce n’est que de nos jours, ce n’est qu’après avoir pu considérer les efforts de l’industrie humaine dans toutes leurs applications et dans toutes les directions qu’ils sont susceptibles de prendre; ce n’est qu’après les avoir tous soumis à des règles, tous ramenés à des procédés communs, qu’on a pu saisir clairement les rapports mutuels qui les lient, l’influence qu’ils exercent, -oti qu’ils peuvent exercer les uns sur les autres. On voit, on sait, on démontre aujourd’hui , qu’il n’est rien d’isolé dans les travaux de l’homme : ils s’entrelacent , pour ainsi dire, comme les peuples dans leurs relations

H L A HÉUECI NE. ' 35q

commerciales; ils s’entr’aidènt comme les ififjividus unis par les liens sociaux.

Il est donc maintenant permis aux hommes les plus obscurs d’aspirer à rendre des services importants : il est permis aux savants , aux gens de lettres, quelque genre qu’ils cultivent, aux artistes, aux plus simples artisans, renfermés dans leurs travaux particuliers * d’aspirer à rendre des services généraux, de contribuer au perfectionnement commun.

Et nous, qui, dévoués au soulagement de l’humanité souffrante, tenons si souvent dans nos mains les intérêts les plus chers au cœur de l’homme; nous que l’importance de ces intérêts force à chercher des lumières de toutes parts , et dont les études embrassent presque toutes les connaissances physiques et morales, pourrionsnous être seuls exceptés du droit de servir le genre humain tout entier par nos travaux , et de concourir à ses progrès? Non sans doute. Réunissons donc nos efforts : portons dans les études et dans la pratique de notre art cette philosophie et cette raison supérieures, sans lesquelles, bien loin d’offrir d’utiles secours, il devient le plus souvent un véritable fléau public : osons le rattacher par de nouveaux liens aux autres parties des connaissances humaines; qu’elles en reçoivent de nouvelles et plus pures lumières : et qu’au moment où }a nation française va consolider sou exis-

36o RÉFORME DE LA MÉDECINE, ténce républicaine , la médecine , rendue à toute sa dignité, commence elle -même une ère nouvelle, également riche eu gloire et féconde en bienfaits. . . ■

Auteuil , ce 3o germinal an III.

Page 1