‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 11 sur 669 · LA DÉVASTATION DU MUSÉE ET DES MONUMENTS · texte numérisé non relu

LA DÉVASTATION DU MUSÉE ET DES MONUMENTS

La sainte Térilé qui m’t^chaufTc et m*inspire Écarte et foule aux pieds les voiles imposteurs :

Ma muse de nos maux flétrira les auteurs «

Dussé-je voir briser ma lyre Par le glaive insolent de nos libérateurs.

Où Tontees chars posants conduits par leurs cohortes? Sous les voûtes du Louvre ils marchent à pas lents ;

Ils s'arrêtent devant ses portes;

Viennent-ils lui ravir ses sacrés ornements?

Muscs, penchez vos têtes abattues :

Du siècle de Léon les cbtifs-d'œuvre divins Sous un ciel sans clarté suivront les froids Germains ; Les vaisseaux d'Albion attendent nos statues.

Des profanateurs inhumains Vont-ils anéantir tant de veilles savantes? Porteront-ils le fer sur les toiles vivantes Que Raphaël anima de scs mains ?

Dieu du jour, dieu des vers, ils brisent ton image. C'en est fait : la victoire et la divinité Ne couronnent plus ton visage D'une double immortalité.

C'en est fait : loin de loi jette un arc inutile.

Non , tu n'inspiras point le vieux chantre d' Achille ; .Non , tu n'es |)as le dieu qui vengea les neuf Soeurs Des fureurs d'un monstre sauvage ,

Toi qui n'as pas un trait pour venger ton outrage El terrasser tes ravisseurs.

Le deuil est aux bosquets de Cnide.

Muet, pale cl le front baissé,

L'Amour, que la guerre intimide,

Éteint son flambeau renversé.

Des Grâces la troupe légère

BELAVIUVE.

L'interroge sur scs douleurs :

II leur dit , en versant des pleins ;

( J'ui vu Mars outrager ma mère (1). »

Je crois entendre encor les clameurs des soldais Entraînant la jeune immortelle :

Le fera mutilé scs membres délicats;

Hclasî elle semblait, et plus rlmste cl plus belle, Cacher sa honte entre leurs bras.

Dans un fort pris d'assaut , telle une vierge en larmes , Aux yeux des forcenés dont rinsolente ardeur Déchira les tissus qui dérobaient scs charmes ,

Se voile encor de sa pudeur.

Adieu , débris fameux de Grèce et d'Ausonie,

Et vous, tableaux errants de climats en climats; Adieu, Corrège, Albane, immortel Pbidns,

Adieu , les arts et le génie !

Noble France, pardonne! A tes pompeux travaux, Aux Pujet, aux Lebrun, ma douleur fait injure. David a ramené son siècle à la nature :

Parmi ses nourrissons il compte des rivaux... Laissons-la s'élever cette école nouvelle! liC laurier de David de lauriers entouré,

Fier de scs rejetons, enfante un bois sacré Qui protège les arts de son ombre éternelli*.

marbre .animé parle aux veux :

Une autre Vénus plus féconde,

Pn'‘S d’IIercule victorieux ,

Etend son flanilicau sur le monde.

Ajax , de son pied furieux ,

Insulte au flot qui se retire;

L'u.‘il superbe, un bras dans les cicuv ,

I V<<mi«Uc Mcüici*.

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