LE PEUPLE
Chantons, chantons en lui le père des saisons.
Qui doivent à ses dons L'éclat changeant de leur couronne.
L'XE voix, parmi lo peuple.
Ce doux pays, agréable à ses yeux,
Est un jardin paré de ses largesses;
Ce doux pays reçoit du haut des deux De ses rayons les premières caresse's.
t nt AUTRE.
Sous une forme humaine il habita nos monts ;
Dis fureurs du scri>cnl délivra nos campagnes;
Il apprit aux liergers de divines chaosoni ,
Que ré|>étaient en chœur neuf viei^îcs ses compagnes (^5).
(1) Bh4|;iiat-Gecl<i.
(5) Sonnerai, Jonc».
LE PARIA. — ACTE I
cBoeit.
Ce doux payi , agréable à ses yeux ,
Répète eDCor ses vers mélodieux.
8ECOXD BIAME.
Eh ! commeot garder le silence ?
Le réveil de la (erre est un hymne d'amour :
Dans les forêts que leur souffle balance Les brises du matin célèbrent son retour ;
La mer /qui se soulève » en grondant le salue ; Tourné vers l'orient, où brille un nouveau ]our. Le lion se prosterne et rugit à sa vue;
Pour lui porter ses vaux au céleste séjour. L'aigle, en poussant des cris, s'élance...
£b ! comment garder le silence ?
Le réveil de la terre est un hymne d'amour.
on GitaaiBB.
Je viens d'armer mon fils ; Soleil , de ton passage Que, féconde en bienfoits, sa gloire offre l'image . Qu'on admire l'éclat de ses exploits naissants.
Que le midi de sa noble carrière Brille, comme le tien, de feux éblouissants.
Qu'il meure comme toi dans des flots du lumière ! vas JECNE riLLB.
Ma mère aux portes du tombeau Languit dans une nuit é)iaisse,
Les doux rayons de ton flambeau K'écartent plus le noir bandeau ,
I Dont l'ombre sur ses yeux s'abaisse.
Si je la perds, que puis-je aimer?
Elle seule était ma famille;
; Sous mes baisers viens rallumer I Scs yeux que la mort va fermer;
! Permets-lui de revoir sa fille.
I ta BEA».
Dieu des divins accords, souris ù nos accents.
I ta GtEKElEB.
Ma main, dieu des guerriers, le consacre ces armes.
ta PA5TEIR.
Reçois, dieu des pasteurs , mes RniU et mou encens.
LA IBiaB FILLE.
, Dieu de tous , je suis pauvre, et je t'offre mes larmes. I CBOCBK DBS BBAIBS.
j Chantea , peuples heureux, chantez Du Soleil qui renaît les dons et les clartés.
I CBOEtl GBaEBAL.
i Eh! comment garder le silence?
Avec tout l'univers célébrons son retour.
Couronné de splendeur, il se lève, il s’élance ;
\ Eh ! commeot garder le silence?
Le réveil de la terre est un hymne d'amour.
VCTE DEUXIEME
SCÈSE PREMIÈRE.
EMPSAEL, I.F cuüEL'R.
RXPS\EL.
li’aslrc dont nos concerts ont puliliû la gloire ,
De vos voeux, dans son cours, gardera la mémoire. Dans le sein des sillons, a scs feux préseiUc ,
Il répandra la vie cl la fécondité.
l^cuple, oHrez-lui toujours d'abondants sacriliees,
Et de riches moissons en paieront les prémices. Prêtres, persévérez dans vos austérités ;
Vos maux ont un témoin, vos soupirs sont comptés. .Sous le fer, sous le feu, qui creusent vus blessures,
De la chair et ilu sang réprimez les murmures;
Dieu vous garde une place auprès de vos aïeux :
La vie est un combat dont la palme est aux cieux. Sous vos ombrages frais Akébar va descendre ; '
Ecartez l'imprudent qui le pourrait surprendre.
Le temple s ouvre, il vient ; à ses pieds prosternés,
Ne levez point vos yeux vers la terre inclinés ; Gardez-vous d’altérer par leur couphlc aiieiiile ('ette paix des élus sur son visage empreinte.
Qu'on se relire, allez.
bnm<2» et le (teuple »c rcUn'ol «ani regarder AXOhar.
SCLXE II.
|;HPS.VEE, AKÉB.VIU
AkkiiAli. Uilneeiid leiilemcnl lesdcgréutlu temple cl t'approclic ü'Kmiiuel, qui «e proalcrne devatit lui.
Levez-vous, Einpsaél.
No puls-ju ifilouler l'abord d'aucun uiurlcl?
(æs accciils doul Brama daigne cui|)ruiilcr l'orgaiic, N'ironl-ils point frapper une oreille profane?
EMrit.EI..
yuaiid lu veus le cacber, llanibeau de verilé ,
Oiicl souille Icriiii ail ion éclal re-jioi'lé?
Nul n’osera mêler un regard infidèle A ce commerce auguste où ta bonté m’appelle ;
Sois sans crainte.
AKEBAR.
O bonheur de se voir adoré.
Qu’avec cmporicmeni mon cœur t’a désiré.
Et, ^ur livrer ma vie à tes pompeux spectacles. Combien j’ai surmonté de chagrins cl d’obstacles I Je te possède... Hélas!
EXPSAEL.
Quoi! voulez-vous toujours De vos prospérités empoisonner le cours.
Souffrir avec ennui (|iie le peuple vous voie,
Bespircr sans plaisir l’encens qu’il vous envoie? N’aimez-vous plus ce Irène où des lointains climats I..6S rois viennent baiser la trace de vos pas?
akEbar.
Je l’aimais, quand un autre y siégeait à ma place ; Entre nous à regret je mesurais l’espace;
A SOS débiles mains j’enviais l’encensoir.
I,e voilà donc ce iréiic où j’ai voulu m’as.scoir ! i Composer scs regards, veiller sur son visage,
I Affecter la froideur d’une insensible image,
0 tourment! que mon front, lassé de scs splendeurs. Se courbe avec dégoût sous le poiils des grandeurs! Que le temple et sa punipe , et sa triste harmonie , Ont fatigué mes sens de leur monotonie!
Il tombe aMit lur ud banc de gazon.
EXPSARU
Contre l’ennui secret qui consume vos jours Dans l’étude autrefois vous cberchicz un secours. akErar.
Oui , j’ai longtemps pùli sur ces laides antiques , i Des quatre ùges du monde infaillibles cbraiiii|iic$,
I Et tant d’ecrils savants, entassés dans nos murs,
' Ont chargé mon esprit de leurs dogmes obscurs. ,\prés trente ans d’efforts, j’ai percé dans les ombres
1 les caractères saints , des ligures , des nombres ;
Les éclats de la foudre et le cri des oiseaux
LE PARIA. — ACTE II
Ont «l'oracles certains |>ayé mes longs travaux.
(Jui d'un vol plus hardi consultera les astres Sur des succès futurs ou de prochains désaslivs,
Et d’un songe équivoque envoyé j»ar les dieux Lira d'un a*il plus sdr l’avis mystérieux ?
Science que j’aiuiais^ séduisante chimère.
Ta cuupc inépuisable à ma buuehc est amère ;
Tes eliartnes sont trompeurs, cl tu m'as enivré Sans étancher la soif dont je suis dévoré!
^Doi! tout est vain?...
EXPSAEL.
Jamais vos luisèics jnisséos Vont d’un chagrin plus souihre obscurci vos pensées. Oucl est ce mai cuisant )>our vous seul réservé ,
Dont vous cachez la plaie à mon zèle éprouvé?
AEEBAR. II M* lève.
QuelbonhcuF) Empsaèl, quelle volupté pure D’abandonner ses sens au vœu de la nature!
Par CCS chemiiis de (leurs, dont j'ai fui les appas.
Qu’il est doux d’égarer scs désirs et ses pa.s !
Ce hüidieur est le lien, 6 fougueux Idamorc!
EVPSAEL.
.Son triomphe iiU[K»rtun vous poursuit-il enc'ure?
AECbab, avec violence.
Il ose me braver : sans flécliir les geiiuux ,
De mon œil oienaçanl il soutint le courroux !
On Tadniire pourtant, on l'exaile, on reiiceiise; I.’amour qui renviroiinc impose à ma puissance :
Il règne , et qu’a-l-il fait? le devoir d’un soldat ; lu inisérahlc sang, qu’il verse pour l'Klal, l.’ciuporle sur celui doiil mon pieux courage De Rrama sur Taulel Aient arroser l’image.
Quel effort douloureux s'csl-il donc imposé?
Par quels jeûnes cruels son corps s’est-il usé ?
Sa langue, dont le ciel tolère rinsolencc ,
.N’a pas langui dix ans dans un morne .silence.
Il est libre, et son cœur, fier doses scntimculs.
.N’eii contraignit jamais les heureux mouvement.-;.
Il se livre au penchant dont l’erreur le caresse, île la gloire à longs Iniits il savoure l'ivresse;
Tandis qu’enseveli dans ma noble prison,
J’arme contre mes sens une froide raison; landis que, m'cxcrcaiil par d'obscurs sacrilices,
Je suis mort à la joie, au monde, à scs délices.
Aux douceurs de l'espoir, aux flammes des désirs. Pour moi sont les tourments, cl pour lui les platsiis; El le bien, le seul bien où mon amour s’altache, Lonihlé de tous les dons, c'est lui qui me l’arrache :
Ma puissance, il l'oulrage, il l'ose iiié|.>'iser;
Nous mes foudres sacrés j'hésiie à rérrnserî
1 Dieux! ma (cle a hUnchi dans mon saint ministère,
' Kt vous donnez sa honte en spectacle à la terre !
I Vengez-moi : triste objet d’envie cl de pitié ,
(<rands dieux! dun.s mon exil m’avez-vous oublié?
I EVPSAF.L.
I Ah! qu’ils ne privent pas de ce chef intrépide La tribu des guerriers, qui l’a choisi {K>ur guide.
I Qu’importe à vos dégoûts qu'il se soit révolté ; Contre les droits divins de votre autorité?
I Elle n'est, dites-vous, qu'un illustre esclavage...
I AKEBAB.
I Je n'en puis, sans mourir, endurer le partage.
I Triste effet des grandeurs! leur amour iii.nlheiireux Égaré nus esprits en de contraires vœux ;
S’il échappe à nos mains ce pouvoir qui nous pé*se , il nous laisse un regret que nul charme n’apaise.
Un vide, un vide affreux que rien ne peut combler : De sa vieillesse oisive on sc sent accabler ; j Un je ne sais que) vague empoisonne l'élude,
* Corrompt de nos plaisirs riiinoeenle habitude;
, .Mors il faut mourir!... Kncor quelques instants,
I Je coniiuitrai mou sort : il viendra, je ratlcmls...
I Ail! qu’il honore en moi l’autorité suprême,
! Kt je ne le hais plus, je Padople, je l’aime.
! Qu’il parle : que vcut-il? des biens? des dignités?
I EXPSAEL.
j Quels dons par vous offerts n’a-l-il p.is rejetés?
! AKLB.VB.
Peut-être il en est un qui fléchira sa Iiaine :
Par ce lien auguste U faut que je l’enchalne;
' Je le veux. Cet honneur est sans doute iiiotii ,
Kt sou farouche orgueil en doit être ébloui, i Je le veux...
EBPS.AEL.
Pour bannir le soin qui vous tonrmcnic, Souffrez que devant vous Niéala se présente ;
• Kt bientôt à s;i voix ce déplaisir mortel
Fera place aux transports de l'amour patcrm-l.
i AktBAR.
i Moi, la voir! uli! demeure. Infortuné! j'evUe ' Jusqu’aux doux uiouvcmenls dont son aspect m’agite. Iis troublent ma ferveur, je m'acciist; en secret D'un .senlimenl Iniinain dont Dieu n’esl pas Tobjel. Mais je l'aime, cl, soigneux de cacher ma faiblesse,
. Je me fais im lounneiU de ma propre tendre^vo. Néalamc redoute; en lui tendant les bras Jamais je n'enbardis son timide embarras;
Je n'adoucis jamais par un Icmlie sourire I L’austère majesté <pti sur mes traits respire.
Qnanil un père à sa fille ouvre ses bras trcinbbmts.
LE PARIA. — ACTE II
l.ui laisse avec amour baiser scs cheveux blancs,
Je nnndigne. je pleure, et vois d'im æil d’euvie Ce bonheur inconnu dont j ai privé ma vie.
Ma fille!... Et je la'iMjrds! Iaü ciel veut qu’à ce prix ; Je rachète un pouvoir qu'il m'a trop tôt repris!
Ma mort suivra de près cette épreuve dernière...
Mais j'emporte au toinl>eau ma grandeur tout entière. ■ Eh bien ! n’hcsiloiis plus, j'y souscris, c'en est fait I
ElirSAEL.
Ah! sachez vous contraindre : Idamorc parait. l*ourrei-vous déguiser l’horreur qu’il vous inspire?... AKEBAR , rroiUeincQt.
Quelle horreur? qu’avt'î-vous, cl que voulez-vousdirc? j Vojer, je suis Iruiiquille , el sur mon fronl serein Mou trouhic ii'a laisse ni courroux, ni chagrin.
SorlCî.