‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 2 sur 669 · SUR L’AUTEUR · texte numérisé non relu

SUR L’AUTEUR

Jonn-François-Casimir Detavtj'nc naquit au llâvrf nu mois d’avril 1793.

Son pvre , qui ^‘tait alors un des premiers nt'n^ciants de celte ville , l’envoya faire ses éludes à Paris avec son frère aîné. Les heureuses dispositions que le jeune élève tenait de la nature ne tardèrent pas à se développer , et de (rés-bonne heure il attira sur lui Uattentinn de ses luaitres , et, ce qui est plus rare , celle de tous ses condisciples.

Kn 181 1 , il faisait sa rhétorique au lycée Napoléon : les brillanls succès qu’il obtint alors, et quelques pièces fiii;ilive8 pleines d’élégance cl de grâce, tirent concevoir à ses amis des espérances qui devaient bientél être justifiées. La naissance du roi de Rome fournit en effet au jeune Delavignc l’occasion de révéler, dans un dithyraml>e écrit de verve, toute la puissance de son génie poétique.

Dès ce moment sa voration fut décidée. Nourri des auteurs grecs et latins <|ii’Ü avait étudiés avec fruit, il se hâta de se mettre à l'œuvre , et une tragédie en cinq actes intUulée Polx^èno, fut le premier essai de sa muse tragique. Quoique cet ouvrage offrit des beautés nk’Iles, il u'étail pas destiné â voir la lumière. L’auteur demanda cependant lecture au Théâtre-Français; la réponse se fit si longtemps attendre qu'au moment où il la reçut il avait déjà achevé une seconde tragédie : celle-ci ne devait pas être moins dédaigneusement traitée par notre premier théâtre ; mais un éclatant succès l’attendait plus tard.

Cependant l’Europe entière s'élait lignée contre nous , et quinze ans de victoires n’avaient pu nous préserver d’une double invasion. L'âme du jeune ;>oete s'enflamma du plus noble enthousiasme au spectacle des maux qui déchiraient la patrie, et ses trois premières Messénieiuies sortirent toutes brûlantes de son cerveau. Les pleurs qu’il répand sur les généreuses victimes de Waterloo, l'anathème qu’il prononce contre les spoliateurs de nos musées , et les sages conseils qu’il donne â scs compatriolcs sur le besoin de s’unir contre l’étranger, tous ces sentiments exprimés en vers éneiTîiques trouvèrent en France des milliers d'échos et rendirent le nom de l’au-

teur aussi i>opiilaire que s'il s’était déjà signalé depuis long(ein|>s. On devinerait difficilement aujourd'hui de quelle modique somme fut alors payé un ouvrage dont on vendit, dès la première année, vingt et un mille exemplaires.

Après deux ans d’attente le Théâtre-Français accorda enfin lecture à M. Casimir Delavigne. Lcg f 'êprcf siciliennes furent reçues, mais à correction : l'auteur demanda bientùl une seconde lecture qui se fit moins attendre que la première. L’aréopage appelé à prononcer celte fuis sur le mérite delà tragédie ne la trouva pas digne des bulletins d'usage, et l’admit seulement à condition que raiitoiir n'exigerait jamais qu'elle fût jouée. Les P'êprcs siciYfcnncs devaient avoir trois cents représentations sur une aiilre scène.

l’ne des dames qui siégeaient au nombre dos juges se montra plus sévère que les autres ; elle donna ])our raison de son refus , et nous ne rap|>elon$ le fait ((ii'à caii.se de sa sirigiiUirilé, qu'il serait scami.aleiix de mettre le mol ript'es sur une aftiche de 8|>edaclc, et que jamais elle no le souffrirait, quant à elle. Combien d'aiileui*s ont vu leurs ouvrages repoussés sur d'aussi plausibles motifs!

M. Casimir Dela\igne , chez qui une extrême modestie n'élouffail pas la conscience de son talent et qui probablement était blessé d’avoir été traité si légèrement, rêvait déjà une vengeance digne de lui : trois mois après, les Cowé//ic«s se Irouvèrent faits , et le [mète avait enfanté, pour ainsi dire à son insu, la plus vive, la plus gaieel la plus spirituelle peut-être de toutes les comédies modernes. Quand plus tard la pièce fut mise à l’élude, elle offrit une telle abondance de traits cointipies et d’éjiigrammes Incisives, qu'il co fallut sacrifier un bon tiers.

Ce fut â celte époque de lutte et de pénibles efTorts que l’Académie proposa pour sujet du concours annuel de poésie cette maxime : « Que rêtude fait te bonheur tfans toutes les situations de ta de. • Notre auteur, qui avait bien quelques raisons de n'êlre pas entièrement de cet avis, prit la chose sous la forme dubitative et adressa une épitre â messieurs de l'Académie française sur cette

NOTICE BIOGHAPHIQLE SLTl L'AUTEUIl.

qiirstion ; Vï-Uude faitellf le Ininheur dans toutes les situations </e /a Puis de ]>eur que son A(;e ne Ittî portât mnlliciir une seconde fois, il s'atTiihla dans ses Tcrs du liomiet de docteur et ré(:l.iinn rindiil^jeiice |K>ur ses cheveux blancs. Grande fut la rumeur chez nos puissances du fauteuil. Il ne vint à Tidée de personne que ce fht un Jeune auteur tans nom qui eût osé s'attaquer aussi directement au premier corps littéraire. Il régnait d’ailleurs dans toute la pièce une plaisanterie de si bon goût jointe à une dialectique si vive et si puissante , qu'on en accusa tour à tour MM. Étienne . Audrieux et Picard, l’n bon nombre d’académiciens voulaient décerner le prix à l'ouvrage; mais ceux qui tenaient le plus aux principes firent sentir â leurs collètpies combien il serait d'un dangereux exemple pour l’avenir de couronner un auteur qui avait traité Jtisleineiil le contre-pied du sujet ; et par une sorte de ctnnpromis dont le public devait profiler seul, il fut convenu que la |dèce n'aurait pas le prix, mais qu'elle serait lue en séance solennelle, l.es applandissements unanimes dn public qui se partagèrent entre M. Dehivigne et ses brillants rivaux, vinrent prouver au poète qu'il est des défaites dont on peut s’enorgueillir, et des revers qui honorent.

Picard s’ornipail de rcconslniire rOdi*on , brûlé depuis peu de temps et en faveur duquel il venait d’obtenir le titre et le privilège de second Théâtre-Français. Pour inaugurer la noiiveUc salle et donner en même temps une preuve irrécusable de la nécessité d’une concurrence que ! tout le monde réclamait depuis longtemps , il fit choix delà pièce que messieurs les comédiens français avaient refusée , et afin de donner à celte solennité littéraire un Dotivel «W'Ial , il pria M. Casimir Delavigne de coinp<iser tin discours d’ouverture. On n’a pas ouldié l’affluence qui se porta à celle première représentation et le triomphe qu'on décerna à l’auteur sur la scène. Les fastes du théâtre n'uiit pas laissé d'exemple d'un succès aussi hrillaiil et siirtoulaussi productif. La pièce cul une suite de trois cents représentations dont les cent premières jetèrent plus de 100,000 francs dans In caisse du nouveau théâtre. Encouragé par ce début , l'auteur livra bienlùt au public les Comédiens; c'était la seconde partie de son manifeste contre le premier théâtre : car personne ne fut dupe de la protestation en prose dont il fit précéder sa comWie sous la forme de prologue , forme dont on a tant abusé depuis. Cette satire n'eut dans les premiers jours de véritable succès qu’auprès des esprits distingués et délicats ; il fallut quelque temps au public pour s'accoutumer à ce ton de fine plaisanterie, à ces détails pleins de grâce et d’élégance qui surcbargeaienl un canevas par luimème un peu léger; mais les connaisseurs devinèrent aussitôt le grand poète comique , et peu â peu le public vint se ranger à leur opinion. Ce double succès rendit à M. Casimir Delavigne sa première énergie , et dès lors, plus sûr de lui-même, il déploya toute la richesse de son imagination dans la magnifique tragédie du Paria.

Il serait difficile de dire à coiiihieii de sources ignorées Jus(|u’alor8 il fallut que notre i>oete recourût pour peindre avec vérité des morurs à peu près ignorées , et dont nos écrivains ne nous avaient donné qu'une idée faible

et souvent inexacte ; il étudia longtemps cette mytérieuse théogonie de l'Orient |K>éliqiic, berceau de la religion grecque et de quelques autres religions moins anciennes. C'est d<»nc en s'appuyant sur un travail opiniâtre que M. Delavigne, devenu maître de son sujet, put donner à sa |)ensée celte élévation , â son style cet éclat qui lui assurèrent le premier rang parmi nos poètes. La représentation de cet ouvrage fut (>our M. Casimir Delavigne l’occasion d'un nouveau triomphe.

Le fauteuil académique manquait seul â sa gloire ; trois pièces en cin<{ actes et deux volumes de |>oésifS dont le sucrés avait été immense , étaient assurément des titres plus que suffisants pour se présenter aux suffrages des quarante ; alors personne n'en pouvait offrir d'aussi nombmrx et d’aussi réels. Mais â celle époque , le mauvais vent de la restauration soufflait dans toute sa force. L'Académie avait subi l’épiirnUon : <|uelqiies-iins de ses membres avaient été éliminés , d'autres nommés par orduimancc. Auprès de certaines inniiences, c'était une triste recommandalioii ]>our M. Casimir Delavigne que la m.âle énergie de ses chants patriotiques; aussi lui préféra t-on d'nbord , M. révé(|ued’IIermopolis. cl à une seconde élection, M. l'archevêque de Paris. M. Delavigne rciionÇn dès lors à se mettre sur les rangs , désespérant d'obtenir une distinction qui n'avait plus rien de littéraire. vV/ je »ie/7ré#cn/<ii's wwe troisième fois ^ disait-il en riant , ils $n'opposeraicnt le pape , j'en suis sûr,

M. Casimir Delavigne occupait alors à la chaticelleric de France le poste de bibliothécaire. C’était un encouragement dont M. Pasquier, lorsqu'il était garde des sceaux, avait voulu récompenser la courageuse intpiraliuii qui avait dicté les Alesscniennes : la place fut supprimée, et cela |>our e.xercer une petite vengeance contre celui qui l'occupait. Ouïe sut dans le public : l'affaire fit du bruit, et les journaux prirtuil fait et cause pour le littérateur en disgrâce. Ce|>endant un beau dédommagement Fattciidait. Le duc d'Orléans lui offrit la place de bibliothécaire au Palais-Itoyal. La lettre qui annonçait au poète cette faveur contenait ces mots remarquables : Le tonnerre est tombe sur votre maison ,je vous offre un apjfartcment dans la mienne. Ce fut dans une intimité de tontes les heures qu’il put admirer les vertus de celte noble famille et apprécier l’âme si élevée et les connaissances si vastes de son bienfaiteur , qui se faisait son ami.

Cependant le Théâtre-Français , qui voyait avec peine que le public et les auteurs s'nccoiiliiiiiaienl à se |»a$ser de lui, dierclia à se rapprocher de M. Delavigne. Une réconciliation s'opéra donc entre eux ^ et V École des yieillards fut le gage du traité de paix.

Le succès éclatant obtenu par ce nouvel ouvrage donna fortement â penser aux quarante : le public parlait trop haut {Kutr qu'il fût possible de inécounallre sa voix. Oueh|iies amis officieux triomphèrent assez facilement des résistances du poète : il se mit de nouveau sur les rangs, et, sur trente volaiils, il obtint vingt-neuf suf f rages.

Le 7 juillet 1823 , jour fixé pour sa réception , il prit pour texte de son discours l'influcoce de la conscience

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