‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 3 sur 669 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L’AUTEUR · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L’AUTEUR

en littérature. La solennité fut brillante; mais des applaudissements unanimes éclatèrent de tontes parts au moment où le récipiendaire, jetant les yeux sur la tribune occupée par la famille du duc d'Orléans , prononça d'une voix émue ces paroles : • Ln prince qui avait coiii-

• battu sous les drapeaux de la France passait du champ

• de bataille dans un obscur college , et demandait aux

• lettres, sans rien perdre de sa dignité, l'appui qu'il » devait leur rendre un jour , sans rien ravir à leur indé- •• ])endance. ■ L’assemblée entière sympathisa tout d'un élan avec cette reconnaissance si justement acquise, si noblement exprimée.

M. Casimir Dclavigne entrait trop jeune â l’Académie pour que le fauteuil l'invitât au repos ; d'ailleurs il est du petit nombre des hommes pour qui le tra\ail est un besoin et qui ne se permettent que de lalmrieiix loisirs.

Depuis longtemps U songeait à produire sur la scène le personnage si éminemment dramatique de Louis XI , de ce génie qui mil les rois de France hors de page , et qui fut à la fois le plus habile et le plus fourbe de tous les monarques. Mais ce n'était pas l'œuvre d'un jour : il fallait compulser les mémoires du temps , fouiller dans les anciennes clironiqiies , étudier à fond celte époque intéressante de notre histoire et méditer profondément pour peindre toutes les nuances d'un caractère varié et insaisissable.

Cetravail assidu compromit une sanlédéjà affaiblie. De fréquentes 0)ipressiuii8 se manifestèrent : ces symptômes parurent inquiélanU; les médecins ordonnèrent le voyage d'Italie et défendirent en même temps toute espèce d'application: de ces deux ordaiiiiances Tuiic était plus facile h suivre que l'autre. Visiter le berceau des arts ce n'était pas un remède bien redoutable pour un grand artiste ; mais condamner à l'inaction une vie jusqu'alors si occu|>éc , faire taire à tout moment cette voix intérieure qui lui criait sans cesse d'avancer, c'élail un effort audessus de ses forces. Il partit cependant. Ce voyage fut un véritable triomphe ; car en dépit de toutes ses précaulions il ne put se dérober aux bruyants témoignages d'admiration qui raccueilluieiil sur la route et répiaient pour ainsi dire au passage.

I n séjour de trois mois à Naples sufRl pour rétablir complètement sa sauté. 11 est vrai de dire que tout le monde, étrangers et compatriotes, UiUèrcnl de soins et d'efforts pour lui rendre l’exil agréable. A Home il trouva le même accueil. Venise la hidle n'avait pas moins de droits à son hommage. Il y passa un mois , et ce fut en voyant le voile noir tendu dans la galerie des Doges sur le jKirtrajt de Marino Faliero , qu'il conçut la première idée delà tragédie que sa muse devait enfauter plus lard. Les impressions profondes et variées qui dominèreuL le voyageur à la vue de tant de monuments, derniers vestiges d'une gloire morte , furent consignées dans sept Messéniennes que le poète écrivit sous le beau ciel de ritalie.

Le premier ouvrage que donna M. Casimir Dclavigne au théâtre; après son retour, fut laprince$se ^urvtie f spirituelle comédie s’il en fut , enlevée au public au milieu de son succès par suite de quelques obscures intrigues de coulisses.

F.n 1890 parut .\far!no Faliero. Celle tragWie avait été destinée au Théâtre-Français; mais quelques difliciiltés s'étant élevées au sujet de la distribution des rôles, M. Dclavigne, dont le caractère ferme n'a jamais su ployer devant .aucune exigence , relira sa pièce et conçut le hardi projet de la faire représenter sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin.

Nous ne rendrons pas compte des raisons toutes particulières qui forcèrent l'auteur à prendre ce parti ; dans un court avertissement dont il a fait précéder son ouvrage, U croit inutile d’en insfr«/re le public; nous imiterons sa réserve. Du reste cette tentative fut couronnée d'un plein succès, l’ouvr.age fut bien joué, et tout Paris accourut en foule au nouveau rendez-vous que lui assignait le pneie.

La révolution de juillet 1850 trouva M. Dclavigne ce qu'il s'éUit montré toute sa vie, dégagé de toute ambition personnelle, et inébranlable dans ses principes.

/.a Par/s/enwe, œuvre du moment et composée quelques jours avant la réouverture de l'Opéra où elle fut chantée, courut hi France entière : cette rapide coinposl- (iüu était l'expression fidèle de tous les sentiments qui agitaient alors la nation. Partout adoptée , elle fut partout un drapeau de liberté sage , la seule qui soit raisonnable en théorie et possible dans la pratique. Mais il était réservé au poète de peindre dans un ouvrage plus étendu les travaux et les douleurs de celte grande semaine qui devait changer la face de l'Eungie. Sa dernière Messènienne intitulée : w/ie .!»emame de Paris ^ présente un récit vif et animé des principaux épisodes de ce drame imposant et mémorable. On reconnaît dans le noble langage du poêle celui d'un homme libre qui parie à des amis de la liberté.

La révolution accomplie, M. Casimir Delavigno reprit sa tragédie de Louis X/, interrompue depuis la mort de Talma. Alors, une seconde réconciliation s’opéra entre lui et le Tl»éàtre-Français, qui retentit longtemps des acclamations dont le public saluait cbaipie soir l’auteur du nouvel ouvrage.

D.ans l'opinion de quelques bons juges, Louis XI passe pour le chef-d'œuvre de M.CaiiuiirDelavigne : que cette tragédie doive être préférée tous ses autres ouvrages , c'est ce que nous ne sommes pas appelés ù décider ici ; mais il est certain que la vérité avec laquelle il a peint le caractère dissimulé du monarque, les mille nuances si variées et pourtant si distinctes dont il a enrichi ce beau porlr.iil, la poésie répandue sur le personnage mélancolique de Nemours, la grâce ineffable de la jeune Marie, la brusque franchise du médecin Coitier; entlii la fidélité des mœurs du temps si fortement empreinte dans cette grande composition , en font un de ses plus beaux cl de ses plus incontestables titres de gloire.

Les principes politiques de M. Casimir Dclavigne sont formulés en termes si clairs et si précis dans scs Messé niennes et dans une foule de |>oèsies, qu'il ne de>ail pas croire qu'on pùt suspecter sa pensée et calomnier ses intentions , quand il donna au théâtre la tragédie des Enfants d'Édouard. Cependant quelques personnes n'hésij (èrent pas à regarder l'ouvrage comme un éloquent

-joogle

Page 1