SCÈNE
ZAllfcS, NI'.ALA, IDAMORE, ALVAR, |
Le Cikecb. !
ALVAR,Ald.niorv. |
Aux portes de la ville.
Sur une pierre assis, il pleurait immobile.
Je m’approche,.! scs pleurs je me laisse attendrir.
I Idamore est le seul qui les puisse tarir. •
II dit. Je cours au temple, où ma voix importune Trouhle de ce récit votre heureuse fortune;
Mais j’ai fait le devoir d’un ami , d’on ehréticn;
Et c’est à riiomme heureux que la pitié sied bien. Consolez ce vieillard.
nÊALA , t'approchant indamorc.
Ail! si je vous sms clière,
Daignez en sa faveur accueillir ma prière. i
IPARORE. j
Eh quoi! près d’Akébar au temple rappelé, !
Quand j’apprends que par vous mon esimirestcomldé, ; Quand cet aveu m’arrache aux horreurs de l’attente, 1 Celle à qui je dois tout me p.irle en suppliante !
Ah! venez...
IDAVORE.
étranger, quel revers faut-il que je répare?
Puis-je vous rendre un bien dont le sort vous s<'‘parc? Répondez.
ZAIlZS.
C’est lui-mcnic ! il m’a parlé ! j'entends Celte voix, dont les sons m’avaient fui si longtemps!
IDAMORE
Dans mon cœur attendri quel souvenir s’éveille?
Où suis-je, cl quels accents onlfrap|)é mon oreille?
Je les connais... Que vois-je?
ZARZS.
Un vieillard insensé ,
Qui poursuit un ingrat dont il fut délaisse.
Qui voulait de rigueur armer son front sévère ,
El sent frémir pour toi scs entrailles de père.
IDAMORB.
Dieux ! vous m’ouvrez vos bras !
zarEs.
La nature a scs droits,
I‘lus forts que ma raison. Viens, viens je le revois! J'ai pardon né I
IDAMOHC.
Mon père !
zarEs.
O moment plein de charmes!
Idamore, û mon fds ! è jour! û douces larmes!
Tu m’aimais, je lésons; pourquoi m’as-lu quitté? Quel horrible abandon! et je l’ai supporté!
Je résiste à l ivres.se où mon âme se noie!
On ne peut donc mourir de douleur ni de joie!
IDAMORE
Quoi ! vous me pardonnez?
Z.SRÈ9. Il CO lèAO et renarde too (11*.
Heureux pre^rès (Ic.s ans !
Que son port est plus fier, scs traits plus im|>o$ams! Que son aspect m'cnclinnic!
IRARORE.
O ciel ! p.ir (jiiel ravage Les ans sur sou front pAle ont mnnjric leur passage'
LE PAÏUA. ~ ÀCTK III.
ZARÊS.
O ne sont pas les ans , mon lils, mais les chagrins. Vos jourstlans les ciiës ne sont ]ias tous sereins ;
Et pourtant quel morid , maudit des destinées.
Vil en plus souil>rcs nuits s y changer scs journées? Eut’il pour l'œil d'un père un plus affreux réveil? Matlicurcux, j’ai vu naître et pûlir le soleil.
Sans que ses premiers feux ni sa clarté mourante Itc mes sens éperdus aient calmé ré|>ouvanlc.
Je marchais, je courais , je criais :0 mon fils!
Mon fils!... L’écho lui seul ré|>ondaii à mes cris.
Je rentrai vers le soir, me disant sur ma route :
Près du toit paternel mon fils m’attend sans donle. Personne sur le seuil, nul vestige, aucun hruit;
Je m’y retrouvai seul, et seul avec la nuit.
Que son astre îi regret sembla mesurer l’heure! Comhicn ma solitude agrandit ma demeure!
Mes yeux, de pleurs noyés, s’attacliaienl saiis&sjmir Sur celte place vide, où tu devais t'asseoir.
J'accusais de ta mort le tigre, le reptile ,
Nos rocliers , dont les lianes lu devaient un asile ,
Ces arbres du vallon, mes bûtes, mes amis,
Muets témoins du crime et qui l'aTaiciU |>crmis.
Tout, l'univers entier, les humains eimoi-méino , Avant de t'accuser, û toi , mon bien suprême.
Toi, l'unique soutien d'un piTC vieilliss;inl ,
Toi, que j'avais nourri, toi mon fils, toi mon s;mg! Confondant jusqu’aux dieux dans ma haine implacable, Je n’excusai que toi, toi seul étais coupable!
IDAXtIBB.
O crime! à quels tourments je vous ai condamné?
IKtlts.
Ce n'était rien encor, mais je te soupçonnai;
Sur mes lèvres soudain mes plaintes expirèrent ,
Un frisson me saisit, mes larmes s’arrêtèrent;
Je crus mourir. Alors la triste vérité Jusqu'au fond de mon âme entra de tout côté. ^ Dans toute sa grandeur j'embrassai ma misère : bijustcmcni flétri dans les flancs de ma mère,
En horreur aux humains que j'aimais malgré moi,
(.et amour dédaigné je le versai sur loi.. .
Et (U m'abandonnais! dans un transport de rage, Quoi! m’écriai-je enfin , voilà donc ton ouvrage , Brama! tu l'as voulu! Non, lu n'existes pas;
Je ne crois plus aux dieux , je crois aux fils ingrats ;
Je crois à mon malheur! Mais hélas! quel supplice Oc nier dans son cœur rélcruelle justice,
I>e vieillir s;uis espoir de revoir scs aïeux , vScul au monde, étranger entre riiomine et les cieux; Iroppiciii d’unscntimcnlque nul ne veut vousrendre, ht qui même en un dieu n'a plus où se répandre!
I Tel fui mon sort. Trois ans j’en supj)oriai rhorreur : • J'avais de ton retour nourri la folle erreur.
I Tu ne revenais pas; las d'espérances vaines,
' Je feulai du désert les roules incertaines;
' J'uiïris ma tête nue à l'ardeur des étés;
Je |M>ursuivis la mort jusqu’au sein des cités.
Plaint, sans être connu , j'y dus à la nuit sombre ! Quclqueshabiisgrossiersquc j'implorais dans l'ombre. Caché sous ces lambeaux, j'errais sur les chcuiins. Pour la première fois j'ulxtrdai les humains;
Ton nom, qu'ils publiaient, me découvrit les traces ; Je me hâte, j’accours, je le vois, lu m’embra.sscs ,
I Kl c'est lorsqu'aux autels tu vas par tes scrineuts ! Me priver pour toujours de les embrassements!
I lOAXORB.
, Ciel! que vous a-l>on dit?
> ZARÈS
ProuvC'luoi qu’un m'abuse;
Je le croirai : parlons.
j IDARORB.
Eli! le puis-je?
ZARÊS.
’ Il refuse!
IDAXüRE.
l>aiis quels lieux cherchez-vous eelto IranquilÜté,
I Ce huidieur mutuel qu'eu fuyant j'einporlai ?
; l>à, chaque inonurueiit de ma première eiifaiicc.
Me reprochant ma faute, aigrit votre soufl'rance. i Là, tout parle à vos yeux de malheurs trop connus...
I zarBs.
On se plaît nu récit des maux qii'oii ne sent plus. .Allons.
IDAXORB.
Ah! laissez-inoi, comhalUint votre mivie,
I \ leur charme funo.sie arracher voire vie;
; Avec elle au désert loin de m’ensevelir,
Au fond do mou palais (aissez-moi !’eml>ellir, Entourer sou déclin de plaisirs, dont fivresso Ecarte leslaiigneiirs où s’éteint la vieillesse, Hassembler sur vos pas tous les tributs des arts ;
Que leur faste opulent éclate à vos reganls.
Partagez mes honneurs, jouissez de ma gloire.
{ ZARÈS
' Après l'avoir perdue , Aie-moi la mémoire ,
S'il faut que je préfère à mes plaisirs p.ossés
Tes faux biens sans attrait jniur mes sens émoussés.
Que m'iin|>ortent des .arts dont j'ignore l'iis;igc!
Tout leur faste vaut-il ma liberté sauvage?
Par quels spectacles vains crois-tu tenter mes yeux? Quels trésors me plairaient? quels lioimcurs glorieux?
LE PARIA. - ACTE 111
Messpectacles à moi sont un ciel sans nuages, 1/iiuiiiensiié des mers, les astres, les orages. L'aurore, dont l'cclat va renaître iH)ur moi ,
.Si je puis sur nos monts l'aduiircr avec loi;
Mes honneurs sont tes soins; mon unique richesse, Crcsl toi , c'est le bonheur de te parler sans cesse.
De reposer ma léie en le voyant le soir,
Ll de la relever, mon fils, pour te revoir.
Que nroflrc.s>lu? des jours passés dans la contrainte , A gémir, à t'attendre, à te voir avec crainte,
Quand la gloire ou l'amour voudra bien par pitié Te céder pour une heure à ma triste amitié.
Je t'aime avec excès, sois à moi sans partage :
Ne crois pas que ce cœur, que ta froideur outrage. Ce cœur, qui brûle encor, se donne tout entier Pour ces restes du tien dont tu le veux |Kiycr.
Nou, c'est trop me celer le lien qui l'arréie; t’ii noble hymen l'appelle et la ponqie en est prèle.
Je sais tout par l'objet de les feux insensés...
inxHORE.
Vous voulez que je parte et vous la connaissez?
C'est peu de tant d'attraits dont l'heureux assemblage Sans (loulc a dès l’abord emporté votre bomniage ;
.Sa bonté, pardonnez si j'en appelle à vous,
Prèle une grâce auguste à des charmes si doux.
Je l'adore, elle m'aime... Ah ! tendresse intrépide!
Lllc m’aime, cl mon sort n'a rien qui l’intiinide. Oi^ueil du sang, devoir, elle a tout oublié ;
\ l'exil qui m’attend son destin s'est lie.
Kl je n'acccpiais donc ce touchant sacrifice,
Que pour lui préparer un éternel supplice?
Dois-je rabandoiiner, ou le soin de .scs droits Doit-il se révolter contre nos justes lois?
Quoi que mon choix décide, il fait une viclime,
Kl mon honneur flottant, que presse un double crime, »Ne peut par un refus payer votre panloii ,
.Ni trahir son amour j>ar ce lâche abandon.
ZARËS.
C'est tenir trop longtemps votre choix eu balance.
Je me rends importun par tant de violence.
Je pars; mais satisfait, car je puis vous haïr...
Lue seconde fois courez donc inc trahir; llrjoigncz la beauté qui m'a ravi voire âme:
Votre heureux |>èic attend, allez, il vous réclame. Moi, qui ii'.vi plus de titre et rcs]iecle les leur.s,
J'irai jusqu'où mes pas porteront mes duuleu !>>...
Rcpr«.mt)t MU bAlun de voyage.
Seuil et fidèle appui, qui reste à ton vieux maître, Viens, sois mon guide au moins puisqu’il ne veut pas forêts «rOrixa, bords sacrés, doux sommets, [l’élre.
llumblo toit, qu'il jura de ne quitter jamais,
Mer prochaine, où mes bras instruisaient son courag*- , A se jouer des flots brisés sur ton rivage, i Mc voici, recevez un |>ère infortuné;
I Je reviens mourir seul aux champs où je suis né.
{ Celui qui me doit tout re{>oiissc ma prièm;
Scs mains ont refusé de fermer ma (laupière;
I IIm retire A pju icnU.
1 Je n'attends plus de lui pitié ni repentir;
I Je le fuis, je le hais... Tu me laisses p.irtir,
' Idamorc?
; 1D.VXUSB.
j Arrêtez.
I ZARtü.
I X Tu me retiens! tu pleures!
I Ah! le remords le parle : à regret tu demeures;
. Tu me suivras. Pour vaincre il siiflil d'un eirort;
Prends courage à ma voix, achève, plains mon sort,
, Songe à mon désespoir; regarde-moi : mes larmes, Pour dompter ton amour, le doniierunt des anuov.
I llemls-moi ton co!ur,iiies droits, mes plaistrs,inoii pys I Keii(U-tnoi,rends-moi mesdieuxen me rendant muntib. I (^Ic, obéis, partons; ah! p.ar(ons!...
lUAVuse.
Kli I mon |>èiT,
Puis-je en l'abandonnant cmporlcr sa colère? Soufl’rez que je la voie une heure, un seul inunieni , Kl je vous jure....
ZARÉS.
Kli bien !
mARURE.
Je vous suivrai.
Oui , j’en fais le M-nueiil.
I ZARES
Je crains cet entretien funeste; j Mais je veux croire encor ce que la bouche ailesic. I lleviens me joindre ici ; sois fidèle , ou je cours ^ Livrer au |)cuplc entier mon secret et mes jours ; Je me jæi drai , le dis-je !
I IbVROUE
I Ah! c;tlmez-vuus! je Ireiuhtc :
6\ des yeux ennemi.') nou.s surprenaient cii>{unhle. Le trouble où jevoiis vois, les pleurs que lions viTsoii' liaient iiieiitùt du Drame éveiller les .suU[m;uiis.