‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 234 sur 669 · DANVILLE, BONNARD · texte numérisé non relu

DANVILLE, BONNARD

BONNARD

Que j’éprouve de joie, el que colle embrassade A récltauITé le cœur de ton vieux camarade !

Débarqué d'bier soir, j'arrive cl je t’écris.

bonnard.

Cher Danville!

danville.

Je viens me fixer à Paris.

BONNARD

Je ne puis concevoir de raisons assez bonnes...

Uab! lu veux plaisanter?

Non, Bonnard.

RONNAED.

Tu nTélonnes.

Toi, grand propriélaire, autrefois armateur.

' Du HAvre, où tu naquis, constant adorateur,

Tu cesses de Taiiner?...

I Qui , moi? cbarmantc ville!

Elle fut mon lu'rcrau ; doux climat, sol fertile;

! D'aimables babilanls... un site! ab! quel tableau !

I Après Constantinople il n’est rien d'aussi l>cau.

BONNARD

! Pourquoi Ten éloigner?

I CVsl que... je vais te dire...

I Mais promets-moi d'abord que lu ne vas pas rire.

BONNARD

Eli! dis (onjours.

Je suis...

BONNARD

Quoi?

Je suis marié.

L’ÉCOLE DES VIEILLARnS. - ACTE I.

BOXXAIin.

Uien qu’à (on cinbniTas je l’aurais |)ari<'.

Pour la seconde fois !

DAHVILLB.

J’élais 1ns du vetiva^^e.

BUIVKABI).

A soixante ans et plus?

DAWIUE.

Ma foi ; c’est un bcT âge.

Sans m’avoir averti !

Bon ! mon billet de part Aurait trop exercé ton esprit goguenard.

BO'f^ARD.

Ta fenmie a quarante ans?

DAÜAII.LE.

Pas encore.

nO^rfARD.

Au moins trente?

I*A?«TIUE.

Pas lüiil à fait.

BOV.fARD.

Condnen?

Bonnard, elle est cbnrninntc!

(resi une grâce unique, un cœur, un eiijortmcnt !... Je me sens rajeunir d’y penser seulement.

Son |M*re, resté veuf, eberebn fortune aux lies. Horlensc, loin de lui, coulait des jours tranquilles Auprès de son aïeule, une dame Sinclair Bonne reifimc;un |>euxive, et feinincdu bol air. Qui sait rire, et qui garde en sa verte vieillesse. Pour les plaisirs du monde un grand fondsde tendresse; Des succès de sa lillc amoureuse à l’excès.

Si l’on peut trop chérir de si justes succès.

Horlensc est un modèle; oui, Bonnard, je l'adore.

Je la voyais souvent ; je la vis plus encore ;

Je la vis tous les jours : bref, je parlai d’Iiymcn :

Je craignais de subir un fâcheux examen.

.^lalgré mes cheveux blancs, dans sa reconnaissance. Dans son respect pour moi son amour prit naissance, Rt je vis s’einbelhr mon arrière-saison Des charmes du bel âge tinis à la raison.

Notre liyiucn fut conclu. Sa rc8|)cctablc aïeule Kul toujours par nature horreur de vivre seule :

Ma maison fut la sienne, et par elle j’appris Qu’en secret leur cbiiiièrc était de voir ]*aris :

Bien plus, qii aieursantérainlu llàvrecsl coiitr.aire... Je les force à partir. Loin d'ilortense une atTaire

M’a retenu deux mois, à mon grand désespoir,

I El c’est à peine hier si j'ai pu l’entrevoir ;

Elle avait pour la cour un billet de SjMîciacle :

Moi, meure à ses jdaisirs le plus léger obslarleî Bien qu’elle y cousoniîi, c’était un coup mortel!

El j’ai, pour me distraire, admiré mon hôtel.

BOXIARD.

; Celui du duc d'Elmar.

i DAXVIUE

[ C’est mon propriétaire.

I BOJIXARO.

j Voici, depuis un mois, son oncle au miuisière.

I Doyen des receveurs dans son déparlcinont,

I Je perçois les deniers d’un arrondissement.

Le duc est très-puissant; c’est un homme à la moile.

*■ DAXVII.LB.

, V’raimcnl?... dansson hôtel, plusgrand/pi’iln’cst com-

I II occupe au premier un superbe local ; (mode, .Mais pour uu philosoplic Un second n’csi pas mal.

EOX!«ARD.

, C’est un palais, mon rher; peste! quelle richesse!

1 En entrant j’ai manqué de le traiter d'altesse...

Ah çà! comment ton fils a-t-il pris ton départ?

I OAKVILIE.

Mon nis, depuis l’Iiivcr, a son ménage à part :

.Ma femme est de trois ans plus jeune que la sienne ; Comment les accorder? pour qu’une maison liciiiie,

I Ilfuiii de Tunilc dans le gouvernement;

I Toutes deux gouvernaicm contradictoirement.

I Horlensc aime l)caucoup... j’aime hcaucouplc inonde:

I Mon fils ne se complail qu’en une paix profonde,

I II a quitté la place et vil comme un reclus.

! Je le chéris toujours.

BOXXARD.

Mais lu UC le vois plus.

I Tes conseils le guidaient dans l'état qu’il exerce.

Tu livres sarorliino aux chances du commerce;

Tu t’éloignes de lui; c’est un grand tort, et lien,

, Je connais en province un fils comme le lien,

Qu un [lère coininc loi vient de laisser sans guide.

Le fils a mal compté, voilà sa caisse vide;

Le mois touche à sa fin; dans ce besoin urgent,

I Bout le tirer d’alTaire il faut !>oaucoup d’argent.

II aurait drt lever cet impôt sur sou |)èrc ;

Maiscommo ils sont brouillés, c’csteii moi qu’il esjwrc.

II faut vingt mille francs : peux-m me les prêter?

I DAXVILIE.

i (Test ma lèiume, monsieur, qui va vous les compter ; Elle est mon trésorier.

1,’ÉCOLE DES VIEILLARDS. — ACTE I

C’csi sii|)crl>c! Cl d'avance Je lui veux de ma place offrir la survivance.

Ta femme !... Ali! mon ami, que les goûls oui changé! Que je Tai vu plus sage à mon dernier congé !

Tu t'occupais alors de les travaux champélrcs , l'ombre des pommiers plantés par les ancêtres ; Dehoul avant le jour, doucement tourmente Ou démon vigilant de la propriété.

Tu pâlissais de crainte au bruit d'une visite ;

A tirer des pcnlrcaux tu bornais ton mérite.

Ta joie à faire en paix bonne chère et graml feu ,

Et ton piquet du soir, quand j'avais mauvais jeu.

Te voilà citadin! le luxe l'environne ;

Un gros suisse est lù-bas qui défend ta personne :

El tout cela , |>oiirqnoi ? ta femme l'a voulu.

DASVILLE.

Hortense! elle me laisse un pouvoir absolu;

Mais elle y voit très-clair ; quand on a ma fortune. Une capacité qu'elle croit peu coninuine ,

Saus prétendre à Paris au rang d'un potentat,

Dans un poste honorable on peut servir r^lut. L'espoir qu'elle a conçu me semble légitime ,

Et je lui sais bon gré d'une si liaulc estime. Toi-méme, qu'en dis lu?

B0V5ASD.

Rien.

OAXVILI.K.

Parle rranchcuieni.

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