DANVILLE, BONNARD
BONNARD
Que j’éprouve de joie, el que colle embrassade A récltauITé le cœur de ton vieux camarade !
Débarqué d'bier soir, j'arrive cl je t’écris.
bonnard.
Cher Danville!
danville.
Je viens me fixer à Paris.
BONNARD
Je ne puis concevoir de raisons assez bonnes...
Uab! lu veux plaisanter?
Non, Bonnard.
RONNAED.
Tu nTélonnes.
Toi, grand propriélaire, autrefois armateur.
' Du HAvre, où tu naquis, constant adorateur,
Tu cesses de Taiiner?...
I Qui , moi? cbarmantc ville!
Elle fut mon lu'rcrau ; doux climat, sol fertile;
! D'aimables babilanls... un site! ab! quel tableau !
I Après Constantinople il n’est rien d'aussi l>cau.
BONNARD
! Pourquoi Ten éloigner?
I CVsl que... je vais te dire...
I Mais promets-moi d'abord que lu ne vas pas rire.
BONNARD
Eli! dis (onjours.
Je suis...
BONNARD
Quoi?
Je suis marié.
L’ÉCOLE DES VIEILLARnS. - ACTE I.
BOXXAIin.
Uien qu’à (on cinbniTas je l’aurais |)ari<'.
Pour la seconde fois !
DAHVILLB.
J’élais 1ns du vetiva^^e.
BUIVKABI).
A soixante ans et plus?
DAWIUE.
Ma foi ; c’est un bcT âge.
Sans m’avoir averti !
Bon ! mon billet de part Aurait trop exercé ton esprit goguenard.
BO'f^ARD.
Ta fenmie a quarante ans?
DAÜAII.LE.
Pas encore.
nO^rfARD.
Au moins trente?
I*A?«TIUE.
Pas lüiil à fait.
BOV.fARD.
Condnen?
Bonnard, elle est cbnrninntc!
(resi une grâce unique, un cœur, un eiijortmcnt !... Je me sens rajeunir d’y penser seulement.
Son |M*re, resté veuf, eberebn fortune aux lies. Horlensc, loin de lui, coulait des jours tranquilles Auprès de son aïeule, une dame Sinclair Bonne reifimc;un |>euxive, et feinincdu bol air. Qui sait rire, et qui garde en sa verte vieillesse. Pour les plaisirs du monde un grand fondsde tendresse; Des succès de sa lillc amoureuse à l’excès.
Si l’on peut trop chérir de si justes succès.
Horlensc est un modèle; oui, Bonnard, je l'adore.
Je la voyais souvent ; je la vis plus encore ;
Je la vis tous les jours : bref, je parlai d’Iiymcn :
Je craignais de subir un fâcheux examen.
.^lalgré mes cheveux blancs, dans sa reconnaissance. Dans son respect pour moi son amour prit naissance, Rt je vis s’einbelhr mon arrière-saison Des charmes du bel âge tinis à la raison.
Notre liyiucn fut conclu. Sa rc8|)cctablc aïeule Kul toujours par nature horreur de vivre seule :
Ma maison fut la sienne, et par elle j’appris Qu’en secret leur cbiiiièrc était de voir ]*aris :
Bien plus, qii aieursantérainlu llàvrecsl coiitr.aire... Je les force à partir. Loin d'ilortense une atTaire
M’a retenu deux mois, à mon grand désespoir,
I El c’est à peine hier si j'ai pu l’entrevoir ;
Elle avait pour la cour un billet de SjMîciacle :
Moi, meure à ses jdaisirs le plus léger obslarleî Bien qu’elle y cousoniîi, c’était un coup mortel!
El j’ai, pour me distraire, admiré mon hôtel.
BOXIARD.
; Celui du duc d'Elmar.
i DAXVIUE
[ C’est mon propriétaire.
I BOJIXARO.
j Voici, depuis un mois, son oncle au miuisière.
I Doyen des receveurs dans son déparlcinont,
I Je perçois les deniers d’un arrondissement.
Le duc est très-puissant; c’est un homme à la moile.
*■ DAXVII.LB.
, V’raimcnl?... dansson hôtel, plusgrand/pi’iln’cst com-
I II occupe au premier un superbe local ; (mode, .Mais pour uu philosoplic Un second n’csi pas mal.
EOX!«ARD.
, C’est un palais, mon rher; peste! quelle richesse!
1 En entrant j’ai manqué de le traiter d'altesse...
Ah çà! comment ton fils a-t-il pris ton départ?
I OAKVILIE.
Mon nis, depuis l’Iiivcr, a son ménage à part :
.Ma femme est de trois ans plus jeune que la sienne ; Comment les accorder? pour qu’une maison liciiiie,
I Ilfuiii de Tunilc dans le gouvernement;
I Toutes deux gouvernaicm contradictoirement.
I Horlensc aime l)caucoup... j’aime hcaucouplc inonde:
I Mon fils ne se complail qu’en une paix profonde,
I II a quitté la place et vil comme un reclus.
! Je le chéris toujours.
BOXXARD.
Mais lu UC le vois plus.
I Tes conseils le guidaient dans l'état qu’il exerce.
Tu livres sarorliino aux chances du commerce;
Tu t’éloignes de lui; c’est un grand tort, et lien,
, Je connais en province un fils comme le lien,
Qu un [lère coininc loi vient de laisser sans guide.
Le fils a mal compté, voilà sa caisse vide;
Le mois touche à sa fin; dans ce besoin urgent,
I Bout le tirer d’alTaire il faut !>oaucoup d’argent.
II aurait drt lever cet impôt sur sou |)èrc ;
Maiscommo ils sont brouillés, c’csteii moi qu’il esjwrc.
II faut vingt mille francs : peux-m me les prêter?
I DAXVILIE.
i (Test ma lèiume, monsieur, qui va vous les compter ; Elle est mon trésorier.
1,’ÉCOLE DES VIEILLARDS. — ACTE I
C’csi sii|)crl>c! Cl d'avance Je lui veux de ma place offrir la survivance.
Ta femme !... Ali! mon ami, que les goûls oui changé! Que je Tai vu plus sage à mon dernier congé !
Tu t'occupais alors de les travaux champélrcs , l'ombre des pommiers plantés par les ancêtres ; Dehoul avant le jour, doucement tourmente Ou démon vigilant de la propriété.
Tu pâlissais de crainte au bruit d'une visite ;
A tirer des pcnlrcaux tu bornais ton mérite.
Ta joie à faire en paix bonne chère et graml feu ,
Et ton piquet du soir, quand j'avais mauvais jeu.
Te voilà citadin! le luxe l'environne ;
Un gros suisse est lù-bas qui défend ta personne :
El tout cela , |>oiirqnoi ? ta femme l'a voulu.
DASVILLE.
Hortense! elle me laisse un pouvoir absolu;
Mais elle y voit très-clair ; quand on a ma fortune. Une capacité qu'elle croit peu coninuine ,
Saus prétendre à Paris au rang d'un potentat,
Dans un poste honorable on peut servir r^lut. L'espoir qu'elle a conçu me semble légitime ,
Et je lui sais bon gré d'une si liaulc estime. Toi-méme, qu'en dis lu?
B0V5ASD.
Rien.
OAXVILI.K.
Parle rranchcuieni.