‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 243 sur 669 · VOTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

VOTE DEUXIÈME

SCÈ.\1Î PIIEMIÈRE

DANVILLE, MADAME SINCLAIll.

Non, VOS façons d'agir ne me vont pas du (oui ,

El les courses à pied sont forl peu de mon goùi.

SADAIIB AIVCL.UR.

Vous prendrez la voiture. Eh bien , voire visite?

DAnVIELZ.

Je no la veux pas faire» et vous m'en tiendrez quitte.

XARAIE SINCLAIR.

Vous avez de rbumeur?

DA7IMUE.

Beaucoup, et j'ai raison :

Je vais chez deux banquiers; mais l'un dinc à Moudon» L'autrecsiàSainl-(«crmain. Jecourscliez mon notaire; Monsieur» jusqu'à lundi, se délasse à Nanterre. Quand on meurt le diiuanche, on peut apparemment Bemcttre au lendemain pour faire un (esiaineiit.

XADi^MB HXCLAIR.

Le dimanche à Paris n'est pas un jour commode.

DA.VVIU.S.

Et puis vantez-moi donc vos jardins à la mo<Ic! Curieux comme un soi» ou pousse par l'orgueil»

J'y vais» pourvoir ma femme cl jouir du coup d’wil; Je ne sais quel démon m'avait mis dans la léic De régaler mes yeux d'un plaisir aussi bétc.

J entre ; un pareil délire a de quoi m’étonner :

Dans un jardin imniense on peut se promener,

On ne suit qu'une allée, une seule, et laquelle?

J'en ai bien compté dix, dont la moindre est plusl>elle. Mais personne n'y va; non : Paris tout entier Vient s'entasser en long dans un petit sentier.

Quelle füulo^ on s'élouflé, cl là, je vois Horlcnsr,

A travers un rempart qui me tient à distance ;

Et s;iiis aiiiilcrie on n'aurait pu )>crccr (ie cortège autour «relie ardent à s'amasser.

Je marchais, j'enrageai.s, j’avais Iwaii faire un signe,

Deux, trois» bon! d'un regard uii mari n'est pas digne ; El revenant toujours et toujours écarté»

El molesté» licurté, porté» presque insulté,

Je m'enfuis tout en eau» je tue sauve, j'arrive;

El qu'ai-je fait?... J'ai vu ma femme en perspective.

■ ADAXB snCLAtR.

Mais quel triomphe aussi ! de quoi vous plaignez-vous? On adopte un chemin que l'on préfère à tous»

Les autres sont déserts» la raison en est bonne ;

Si personne n'y va, c'est qu'on n'y voit personne.

On se promène ailleurs; à Paris, c'est bien mieux» On vient se faire voir ; donc on cberclM: les yeux.

DAVVILLB.

Mais quel est ce jeune houimc, heureux à sa manière , Qui d’un si bon courage avalait la poussière»

Que ma femme écoutait, qui ramassait son gant ,

Qui...

■ ADAME 51VCIA1R.

[ C'est le duc d'Etoiar; beiti? qu'il est élégant! On le croirait chez lui. Quel ton! dans son aisance Perce un air de grandeur qui vous séduit d’avance.

I Qu'un négligé de cour lui sied bien à mon gré I Sous le signe éclatant dont il est décoré!

: Quand ma fille a son bras» que je trouveüc charmes \ voir chaque soldat leur présenter les armes !

C'est glorieux |K)ur vous.

Je vous suis obligé,

I Mais je ne vois pas là le grand lioiiiieur que j'ai.

Ils sont liés? ..

■AÜANK SIXCLAIR.

Bleu plus depuis noire voy.ige!

UASMLl.S.

Il la connaissait donc avant son maruige?

I UAnARK SIXI'LAIR.

Sans doute; auprès du llàvrc il vint passer Télé,

El rendit coiiime un autre hoimiiage à sa Iteauié.

Je sus. quand il partit» saisir la circonstance, Apjiulanl ses bontés sur le jfére d'Hoi tensc ,

L’ÉCOLE DES VIEILLARDS. — ACTE II

Je parlai d'un retour, impossible aujourd'hui : duc fera pour vous ce qu'il eût fait pour lui.

Nous nous sommes revus par un bonheur unique :

Je ciiercbais un hôtel, c'est le sien qu'on m’indique.

Le hasard fait chez lui vaquer un logement,

Celui-ci, c'est heureux.

DA'VVILLE.

Oui, ma foi, c'est charmant !

MAD.VMS BINCLAia.

Tour comble de bonheur son oncle est aux finances; Le duc, à lui tout seul, vaut deux ou trois puissances. Pour vous, grûce à nos soins, le voilà trés-zclé ;

Mais de vos soixante ans nous n'avons point parlé.

Par son Age souvent la vieillesse indispose, (chose, El l'on croit qu'un vieillard n'est pas propre à grand*

Merci !

MADAME SI!«CLA1B

Mais vous pouvez cacher dix ou douze ons.

DAUVILLS.

Non, vos honneurs pour moi ne sont plus séduisants; J'entrevois des dangers à trop courir les places.

MADAME SINCLAIR

Lesquels? A pleines mains le duc répand les grâces. Courage ; Hortense cl moi nous avons du crédit.

Le duc uic rend des soins dont tout bas ou inétlit ;

J’ai sa loge aux Français quand un acteur débute. Pour les chambres, j'y vais les jours où l'on dispute. J'ai vu dans leur splendeur les quarante immortels,

Et suivi par plaisir deux procès criminels.

Le duc me conduisait, cl quand j'étais rentrée,

Ici, loin du grand monde, il passait la so’rée.

DANVtLLE.

C’est vous qu'il venait voir?

MADAME SnCLAia.

Au point qu'on s'en moquait ; Un jour que j'étais seule, il a fait mon piquet.

Je dis seule, ma fille était là; mais qu'importe!...

Il importe beaucoup, cl j'agirai de sorte

Que CCS vastes salons ne soieiu plus encombrés

De tous vos beaux messieurs titrés ou non titrés;

Et qu'Korieiise, loin d’eux, cherche dans son ménage Un plaisir moins bruyant qui convienne à mon âge. Que fait-elle? en visite elle a (>erdu ses pas Chez des gens très-connus, que je ne connais pu’’^.

Kl par rcs|>ocl humain, {>our hriller, asservie A de frivoles soins qui surchargent sa vie,

De peur que mon bonheur ne me fil des jaloux.

Elle a vu tout le monde excepté son époux.

Moins d éclat, plus d'égards. Ai-jc pris une femme

Pour illustrer monsieur du bruit que fait madame, Rester veuf à sa suite avec vos bons maris,

< Ou pour en décorer les jardins de Paris?

Diies-Iui s'il vous plaît...

' MADAME SIMCLAII.

I Vous parlerez vous-méme.

; Je vous trouve aujourd'hui d'une injustice extrême; i Et je ne vois pas, moi , le mal assez urgent Pour me cliarger d'un soin qui n'est point obligeant.

Je vous laisse y rêver, et ne sais pas, mon gendre,

’ Supporter une humeur que je nc^puis comprendre.

I SCÈNE II

le hasarde uii conseil ; mais qu'il soit sage ou non , N'importe : elle est graiid'inèrc, et veut avoir raison , Ne voit de mal à rien, tant sa b!le est frivole ,

Et sa petite-fille est pour elle une idole.

I Elle a beau se placer entre ma fcuime et moi ,

Moi, je veux me fitcher, car le duc... ild bien, quoi? Ce duc perdra scs pas, et le mieux est d'en rire...

Ab! ceducmetourmcnle.Onvient;manDieu!quedirc? : Bonnard, et pas d'argent!

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