‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 250 sur 669 · I.a conversation périrait de langueur · texte numérisé non relu

I.a conversation périrait de langueur

Sans ce tour amusant qu’un esprit fin lui donne;

A Bortenac.

Tout le monde y perdrait, et vous, plus que personne.

DAtniLLE.

Je n’en disconviens pas; mais brisons sur ce point.

LE PCC.

Et pourquoi votre ami ne vous suivrait-il point?

BORTENSB.

Sans doute !

Un patriarche a l’humeur sédentaire,

El s'arrange assez peu d'un bal au ministère. D'ailleurs souper ensemble est pour nous un bonheur.

HORTBNSB.

Souper! il vient souper?

BANVILLE, a M feiunie, avec dignité.

Il nous fait cci honneur.

Au due.

Bien que de refuser mon regret soit extrême, Trouvez bon qu'à mon tour j’en appelle à vous-méme, Monsieur; vous m’approuvez, et, connaissanlBonnard, Vous me reprocheriez de traiter sans égard l/ami qui m'est lié par un commerce intime,

El que vous honorez d’une si haute estime.

LE Bl'C.

C4îtte excuse m'arrête, et je n'ose insister;

Mais, madame, parlez : qui peut vous résister?

; Non, je vous jure.

BOETENSE.

Eh! pourquoi, sans raison, vous priver d’y venir?

C'est que ce plaisir-l.à ne peut me convenir.

I BORTENSE.

' Mais quel est le motif de celle répugnance?

Pouvez-vous m'accorder un moment d'audience?

BORTENSE.

. Moi!

B.iNVILLE,

Depuis mon retour des soins plus importants, Des amis plus heureux s’arraciiaiciil vos instants;

1 El, las de renfermer ce que je veux vous dire ,

J'ai cru dans mon dépit qu’il faudrait vous l'éci irc? ; Mais, puisqu’il m'est pennis d'en décharger mon cæiir. Je vous le dis tout net, ce petit air moqueur Pour mon ami Bonnard m'ofrense cl me chagrine.

Le besoin de briller à tel point vous domine , j Qu’avec un jeune fou je vous vois de moitié Contre ce digne objet d’une ancienne amitié.

' Vous riez du bonhomme, ch oui! c’est un l)onhommc‘. Un bonhomme que j’aime ; et plus d’un qu'on renomme,

I Dont l'honneur fait grand bruit, dont l'esprit est vanté, I N’a ni son noble cœur, ni sa franche gailé.

On l’attaque lui seul, et tous deux on nous Idcssc, El chaque trait piipiaiil lancé sur sa vieillesse , No peut (levant un tiers l’immoler anjouririiiii.

Sans retomber sur moi qui suis vieux comme lui.

L’ÉCOLE DES VIEILLARDS. - ACTE IL

H0KTB5St

Mais le duc vous Ta dil, ce n'est qu’un badinage,

El le duc, :i mon sens, raisonnait comme un sage.

DANVIUB.

Votre duc! il me cltoque au suprême degré.

Je connais peu de gens qui ne soient à mon grc ;

Mais lui , de me déplaire il a le privilège.

Me croit-il, ce monsieur, dupe de son manège?

Ce zèle officieux qu'il fait sonner si fort ,

Cet air de vous blâmer, pour mieux me donner tort, Tout ce jeu me déplaît. Pour des raisons sans nombre, Il n'est pas bon qu'un duc soit là comme votre ombre. La réputation d'une femme de bien Dans la communauté ne compte pas pour rien ;

Et, s'il n’est défendu contre tous, à toute heure.

Ce fruit de tant de soins en un instant s'effieure.

Il ne faut qu'un jeune homme un peu trop assidu,

Que le discours d'un sot ppr un autre entendu :

Le mal est déjà fait : le mensonge circule ; l.a femme est méprisée, et l'époux ridicule,

El trente ans de vertu , loin du monde et du bruit ,

Ne sauraient réparer ce qu'un jour a détruit.

nORTE!VSE.

Pour quel écrit moral faites- vous ce chapitre?

Mais dans un autre temps vous m'en direz le titre. Irez- vous à ce bal où l'on veut vous avoir?

DASVILLB.

Non : je vais chez les gens que je peux recevoir.

BORTEXSB.

Mais le duc vient chez vous.

D.VX>ILLB.

C'est trop de complaisance.

Qu'il daigne à l’avenir m’épargner sa présence, il me fait un honneur dont je suis peu flatté.

Hicn de mieux, j'en conviens, qu'un beau nom bien A sa juste valeur j'estime la noblesse. [porté; Qu'on reçoive chez soi marquis, duc et duebesse. C'est bien , si l'on est duc, et je ne le suis pas.

Ma maison me convient; mais, si je risque un pas Dans ce cercle titre dont l'éclat vous transporte ,

A cent devoirs fâcheux je cours ouvrir ma porte.

Mon appétit s'en va. lorsque je vois siéger

Tout l'ennui des grands airs dans ma salle à manger ;

Ma langue est paresseuse à rompre le silence.

S'il faut, nu lieu de vous, dire votre excellence.

Ou, Mécène du jour, fiaiicr les favoris De r.Apollon bâtard qu’on adore à Paris.

Je ne sais p;iS encor de quel air on écoute

Vos auteurs nébuleux auxquels je n’entends goutte,

Et tout leur l>cl esprit ne fuit que m’étourdir.

Moi, qui clicrclic à comprendre avant que d'.npplaudir.

De traiter ces messieurs j’aurais en la manie,

Si j’étais assez sot pour roc croire un génie ;

Mais, grâce à du bon sens, je sais ce que je x’üiix. Jouissez sans fracas du fruit de mes travaux,

I Avec de bonnes gens , des gens qu'on puisse entendre,

I Qui de leur nom pour nous ii'aicntpasl’airde descendre*, ' Qui ne m'observent pas pour me prendre en défaut,

I Si je parle sans gène ou si je ris trop haut,

! El ne croient pas me faire une grâce infînie En me trouvant chez moi de bonne compagnie.

Voilà mes gens ; voilà les amis que je veux ,

' Sûr qu'ils seront pour moi ce que je suis pour cnx.

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