‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 285 sur 669 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

UÉATUIX , l'OLlCASTHO, cnlrniit par k foml.

Béatrie, qui pnMude Rtir une gtiUare, «’lnterrompl t-n apcrcevanl Poilcasiro.

Docteur, docteur, un mol!

POLICASTRU.

A moi, l)clle comtesse? Mes livres, mes trnA’nux, cl jusqu'à Son Altesse, I*our un seul mol de vous que iraurais-jc quillé?

DÉATRISL.

Qui vous! brusquer nin.si sa royale santé!

Vous ne lauricz pas fait.

POLICASTRO

C’esl la vérité pure.

BÉATBLV.

Bon! vérité de court

I PULICA.ATRO.

Eli bien! je vous le jure,

BÊATBIX.

Parole de doclciir! Allez, on vous connaîl :

’ Je vois un eourlisan sous ce docie bonnet.

< Vous cics très-malin...

j POUCASTRO.

Ab ! quelle calomnie!

I Je voudrais que la grâce au savoir fût unie;

Plaire est loin «à Salerne, ci c*esi là rembarras ; Depuis que le vieux prince, en mourant dans mes I ras, Remit à trois régents sa suprême puissnm c.

. La princesse elle-mémc est sous leur dépendance ,

1 El ne SC mariera qu’à sa roajorilé, i A moins que des régents rexpresse volonté N’abdique, en approuvant l’Iiymen formé par clic,

I En pouvoir qui dès lors tombe avec leur tutelle, i î>ans ce conflit de goûts, d’Inlércls opj>osés,

L\ PRINCESSE AIRÉLIE. — ACTE I.

Voulez-vous réussir? Commcnl faire? Amusez. Sachez envelopper, selon ta convenance,

D’un pelil conte aimable une grave ordonnance. Il faut d'un peu de miel, avec dextérité, (Couvrir les bords du vase où l'on l>oit la santé : Le Tasse nous Ta dit, et ces fous de poêles Nous offrent quelquefois dcxcclIciUes recettes. Le malade distrait se sent mieux quand il rit ;

El , pour guérir le corps, je m adresse â/esprit.

{ Et ilont la pauvreté ne peut ternir le lustre.

I Son nom toticlie au berceau de la principiité ;

Même il cul pour aïeule une aimable l>eaatt‘...

El notre roi Tancrède est, selon la chronique, j Pour une branche ou deux dans son arbre héraldique. I Ainsi, par alliance, il remonte aux Normands.

{ OtATRIX.

: La belle caution pour la foi des serments! j Qu’en dites- vous?

BtATIlX.

Eli bien! guérissez-moi, car j’ai l’esprit malade; Oui, cher Policastro,jc suis triste, maussade.

POUCASTBO.

Vous dansez!

dZatmx.

Par devoir.

POLICASTRO

Vous riez !

bZatrix.

Sans gaieté,

Et j’ai, je le sens bien, le moral affecté.

POLICASTRO

Si je disais tout liaut ce qu’au fond je suppose , L'amour dans tout ceci serait pour quelque chose.

nÊATHIX.

O science profonde! oui, l'amour.

POLICASTRO

Et constant?

BtATRIX.

Non, j’ai cessé d’aimer.

POLICASTRO

.\h ! c’csl inlcmiillcnl ;

Bon signe !

BÉATRIX

Dégagé d’üiic première entrave.

Mon coeur; mon faible cœur...

POLICASTRO

Bcchulc, c’est plus grave.

BÉATRIX

Pour sortir d'embarras à vous seul j'ai recours.

Et je meurs de cbagrin sans voire prompt secours.

PULtCAKTBO.

Danger de mort! voyons. Mais notre art d'ordinaire Allciid pour s'éclairer quelque préliminaire;

Vous aimiez! et qui donc?

BÉATIIX.

Alphonse d'AvclIa.

POL1CA8TBO.

L’était un fort bon choix que vous aviez fait là.

Il est beau, jeune, lier, d’une maison illustre,

i POLICASTBO.

; Bouillant, mais d’un esprit très ferme,

j II ouvrit un conseil au siège de Palcrme,

I Qu’un jour, où j’excJiais nos soldats d’assez liaui ,

^ Nos preux à barbe grise ont suivi dans l'assaut ;

, C’est lin brave.

I BÉATRIX

1 Officier dans les gardes du prince,

11 soutenait son nom d'un revenu fort mince ;

Car le duc d’AIhano, qui depuis fut régent.

Tient à ce cher neveu bien moins qu’à son argent. Mais la cour l’esiiinail, d'autant que scs ancêtres Ont prodigué leurs biens pour défendre leurs luaürcs. Il m'aima; tout dès lors rcmbellii à rocs yeux :

^ Ses soins toujours nouveaux, l'éclat de scs aïeux , Son mérite , à son âge une gloire si belle...

Kl puis, comme il dansait, docteur, la larciuclle !

: Dame de la princesse, et voulant son aveu I Pour conclure un hymen dont on jasait un peu,

J’cii parle : avec froideur on reçoit ma prière,

El l’on envoie Alphonse au nord de la frontière.

. Le dépit nous dicta les plus tendres adieux :

1 Nous primes à partie et la mer et les deux;

F^l devant ces témoins d’une longue tendresse,

De ne jamais changer nous fîmes la promesse.

! POUCA?(TRO.

^ Jamais! c’est long , comtesse , et ce mol à la cour I Nous tronqie en politique aussi bien qu'en amour.

‘ BÉATRIX

I Je ne le sais que trop. Opendanl sur ces rives, Mélantau bruit des mersqiiclques chansons plaintives, Aux rochers d’Amallî , sous ces orangers verts, Confidents de mes pleurs, de nos chiffres couverts,

; De tristes souvenirs j'allais nourrir ma flamme, Hormis les jours de bal où la cour me réclame;

El quand l’asirc dos nuits répandait ses clartés, Sassanc quelquefois errait à mes côtés.

BOI.1CASTBO.

Sassaiie I un des régents î ce politique habile, j Qui s’accommode à tout d'un esprit si mobile!

11 a donc pris alors un goût qu’il n'nvnit point:

^ Je ne le savais pas idolâtre à oc point :

LA l'HINCESSK AURÉLIE. — ACTE I.

Aüi)

De CCI astre des nuits, |irovidcncc éternelle Du poète rêveur et de l'amant fidèle.

BÊl^TRIX.

Il me pnriail dWlplionso , et moi, je Técoutais;

Je ne vis pas le piège , aveugle que jVtais !

Plus hardi par degrés, il parlait de lui-inémCf Je récoulais encore... Enfîn , c'est lui que j'aime. L'hymen doit avec lui m'unir dans quelques jours»

Kl je sens cette fois que j'aime pour toujours.

PULIC.\»TBO.

Pour toujours! Réalrix, voilà comme on sc vante!

Bien que pour l’avenir le passé m'épouvante,

Je vous crois sur parulc... El d'où naît votre ennur?

BtATRIX.

C'est qu'.\tpbonse à la cour reparaît aujourd'hui;

11 revient. Cher docteur, mon appui tutélaire,

Bravez le premier feti de sa juste colère.

P0LIC4STR0.

L'emploi serait piquant, pour moi dont les aveux Vous ont toujours trouvée inscnsiolc à mes vœux. Car enfin, je vous aime!...

BEATRIX

Et vous êtes aiinahle ;

Mais la robe d’hermine est par trop respectable. Pouvez- vous m'on vouloir, docteur, si le hasard Nous fit naître tous deux, vnustrop lut, moi troptard?^ El puis, c'est un malheur, mais s'il faut vous le dire, Je n'ai jamais pu voir un médecin sans rire.

POLICASTRO

Voilà bien sur les fous rcffci de la raison!

.\vec vous scs avis sont pourtant de saison :

Je blâme votre choix ; malheur à qui sc lie Aux amours calculés de la diplomatie!

Votre comte, entre nous, je le crois ruiné ;

Car, Lien qu'il soit régent, on dit qu'il est gêné.

Il eut mainte ambassade et savait qu'en affaire Un cuisinier profond vaut un vieux secrétaire ;

Aussi de ses festins la royale splendeur, mérite obligé de tout ambassadeur,

A fait sa renommée , et dès lors je soupçonne Qu'il a payé fort cher tout l’esprit qu’on lui donne.

Je sais qu'à tous les yeux vous avez mille appas;

Mais croyez-vous qu'aux siens votre dot n'en ail pas ? Tenez, s'il est permis que tout bas je m'explique.

Je crains après riiymen un retour politique ;

Il peut , s'indemnisant de scs frais amoureux,

IVélever sur vos biens des impôts onéreux ,

Et, quand par un contrai vous lui serez soumise , Administrer sa femme en province eoinpiise.

DEL.VVICXE.

BEATRIX

Ainsi riiitérétseul formerait ces liens,

El l'on ne peut alors m'aimer que pour mes biens!

} POLICASTRO

Vous ai-je dit cela? Puis-je, quand je vous .aime, Douter de ce pouvoir que je ressens rooi-méme ? Blâmant ma folle ardeur, déses}M‘ré, confus.

En ai-jc moins cherché vos dédains, vos refus,

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