‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 30 sur 669 · C soleil t’annonçait sur son char radieux · texte numérisé non relu

C soleil t’annonçait sur son char radieux

L’Europe t’admirait dans une horreur profoiule,

El le son de ta voix , un signe de tes yeux.

Donnaient une secousse au monde.

Ton soufDe du chaos faisait sortir les lois ;

Ton image insultait aux dépouilles des rois,

Et, debout sur l'airain de leurs foudres guerrières. Entretenait le ciel du bruit de tes exploits.

Les cultes renaissants, étonnés d’élre frères ,

Sur leurs autels rivaux, qui fumaient à la fois,

Pour toi confondaient leurs prières.

I Conservez , disaient-ils , le vainqueur du Tlialioi .

> Conservez le vainqueur du Tibre; >

Que n'ont-ils pour ta gloire ajouté plus encor : c Dieu juste , conservez le roi d’un peuple libre! >

Tu régnerais encor si tu l'avais voulu. *

Fils de la liberté , tu détrônas ta mère.

Armé contre scs droits d'un pouvoir éphémère,

Tu croyais l’accabler, lu l’avais résolu ;

Mais le toml>cau creusé pour elle Dévore tôt ou tard le monarque absolu :

En tyran ioml>o ou meurt; seule elle est immortclh*.

Justice , droits , serments, pcux-lu rien respecter ? D’un antique lien périsse la mémoire!

L’Espagne est notre sœur de dangers cl de gloire;

Tu la veux pour esclave , et, n’osant ajouter A ta double couronne un nouveau diadème.

Sur son trône conquis ton orgueil veut jeter Un simulacre de toi*méme.

Mais non , lu respérais en vain.

Ses prélats, scs guerriers l’un l’autre s’excitèrent ,

Les croyances du peuple à leurs voix s’exaltèrent. Quels signes précurseurs d’un désastre procliain !

Le beffroi , qu’cbranlail une invisible main ,

S’éveillait de lui-même et sonnait les alarmes ;

Les images des preux s’agitaient sous leurs armes ;

On avait vu des pleurs mouiller leurs yeux d airain : On avait vu le sang du Sauveur de la terre Des flancs du marbre ému sortir à longs ruisseaux , Les morts erraient dans l’ombre, et ces cris : Guerre ! S’élevaient du fond des tombeaux. [Guerre !

Une nuit, c'était l'heure où les songes funèbres Apporicul aux vivants les leçons du cercueil;

Où le second Brutus vit son génie en deuil ; Se dresser devant lui dans l’horreur des ténèbres;

Où Uichard, lounnenlé d'un sommeil sans repos.

Vil les in;lncs vengeurs de sa famille entière.

Rangés autour de ses drapeaux.

Le maudire et crier : Voilà la nuil dernière !

Napoléon x*cillail, seul cl silencieux :

La fatigue inclinait celte tête puissante

Sur la carte immobile où s’aliachaîent ses yeux ;

Trois guerrières, trois sœurs parurent Jsous^sa lente.

j Pauvre et sansorncmenls, belle de ses batiLs faiis,

I l..a première semblait une vierge romaine

A NAI’OLÉON.

r>ODt le ciel a bruni les trails.

Le front ceint d’un rameau de chine ,

Elle appuyait son bras sur un drapeau français.

Il rappelait un jour d'ilcrncllc mémoire ;

Trois couleurs rayonnaient sur scs lambeaux sacrés Par la foudre noircis, poudreux et déchirés.

Mais déchirés par la victoire.

I Je t’ai connu soldat; salut : te voilà roi.

• De Marengo la terrible journée

> Dans les fastes, dil-elle, a pris place après moi ;

> Salut; je sois sa sœur aînée.

> Je te guidais au premier rang ;

> Je protégeai ta course et dictai la parole

> Qui ranima des tiens le courage expirant ,

> Lorsque la mort te vit si grand ,

> Qu’elle te respecta sous les foudres d’Arcole.

> Tu changeas mon drapeau contre on sceptre d’ai-

> Tremble, je vois pâlir Ion étoile éclipsée, [rain ; ■ La force est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.

> Adieu ! ton règne expire et ta gloire est passée. >

La seconde unissait aux palmes des déserts Les dépouilles d’Alexandrie.

Les feux dont le soleil inonde sa patrie.

De ses brûlants regards allumaient les éclairs.

Sa main , par la conquête armée ,

Dégouttante du sang des descendants d’Omar,

Tenait le glaire de César Et le compas de Ploléméc.

< le t’ai connu banni, salut ; te voilà roi.

> Du mont Thabor la brillante journée

• Dans tes fastes, dit-elle , a pris place après moi ;

> Salut ! je suis sa sœur aînée.

I Je te dois l’éclat immortel I Du nom que je reçus aux pieds des Pyramides.

> J’ai vu les turbans d’Ismaël

• Foulés au bord du Nil par les coursiers rapides.

> Les arts sous ton égide avaient placé leurs fils ,

> Quand des restes muets de Tbèbc et de Memphis

> ils interrogeaient la poussière;

> Et , si tu t’égarais dans ton vol glorieux ,

• C’était comme l’aiglon qui se perd dans les cieux ,

> C’était pour chercher la lumière.

» Tu voulus rélouifer sous ton sceptre d’airain :

) Tremble; je vois pâlir ton étoile éclipsée.

I La forco est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.

• .Vdieu! ton règne expire, cl la gloire est passée, t

La dernière... û pitié, des fers chargeaient ses bras! L’œil baissé vers la terre où chacun de scs pas Laissait une empreinte sanglante.

Elle s’avançait chancelante En murmurant ces mots : uecet et se se resd i'»s. Loin d’elle les trésors qui parent la conquête,

El l'appareil des drapeaux prisonniers !

Mais des cyprès, beaux comme des lauriers,

; De leur sombre couronne environnaient sa télé.

< Tu ne me connaîtras qu’en cessant d’être roi.

* Ecoute et tremble ; aucune autre journée

• Dans tes fastes jamais n’aura place après mui ,

> El je n’eus point de sœur aînée.

■ Do vaillance et de deuil souvenir désastreux ,

> J’alfrancliirai les rois que ton bras tient en lais.se ,

I Et je transporterai la chaîne qui les blesse

» Aux peuples qui vaincront pour eux.

> Les siècles douteront, en lisant ton histoire,

I Si tes vieux compagnons de gloire,

• Si ces débris vivants de tant d'exploits divers,

> Se sont plus illustrés par trente ans de victoire,

> Que par on seul jour de revers.

> Je chasserai du ciel ton étoile éclipsée ;

I Je briserai ton glaive et ton sceptre d’airain ;

■ La force est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.

> Adieu! ton règne expire, et la gloire est |iasséc. >

Toutes trois vers le ciel avaient repris l’essor.

Et le guerrier surpris les écoutait encor ;

Leur souvenir pesait sur son àmc oppressée ;

Mais aux roulements du tambour,

Celte image bientôt sortit de sa pensée ,

Comme l’oinbrc des nuits se dissipe clfacée Par les premiers rayons du jour.

II crut avoir dompté les enfants de Pélage;

Entraîné de nouveau par ce char vagabond

Qui portait en tons lieux la guerre et l’esclavage. Passant sur son empire , il le franchit d’un bond ;

Et tout fumants encor, scs coursiers hors d’llaleill>^ Que les feux du midi naguère avaient lassés ,

De la Bérésina, qui coulait sous sa chaîne.

Buvaient déjà les flots glacés.

Il dormait sur la foi de son astre infidèle.

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