C soleil t’annonçait sur son char radieux
L’Europe t’admirait dans une horreur profoiule,
El le son de ta voix , un signe de tes yeux.
Donnaient une secousse au monde.
Ton soufDe du chaos faisait sortir les lois ;
Ton image insultait aux dépouilles des rois,
Et, debout sur l'airain de leurs foudres guerrières. Entretenait le ciel du bruit de tes exploits.
Les cultes renaissants, étonnés d’élre frères ,
Sur leurs autels rivaux, qui fumaient à la fois,
Pour toi confondaient leurs prières.
I Conservez , disaient-ils , le vainqueur du Tlialioi .
> Conservez le vainqueur du Tibre; >
Que n'ont-ils pour ta gloire ajouté plus encor : c Dieu juste , conservez le roi d’un peuple libre! >
Tu régnerais encor si tu l'avais voulu. *
Fils de la liberté , tu détrônas ta mère.
Armé contre scs droits d'un pouvoir éphémère,
Tu croyais l’accabler, lu l’avais résolu ;
Mais le toml>cau creusé pour elle Dévore tôt ou tard le monarque absolu :
En tyran ioml>o ou meurt; seule elle est immortclh*.
Justice , droits , serments, pcux-lu rien respecter ? D’un antique lien périsse la mémoire!
L’Espagne est notre sœur de dangers cl de gloire;
Tu la veux pour esclave , et, n’osant ajouter A ta double couronne un nouveau diadème.
Sur son trône conquis ton orgueil veut jeter Un simulacre de toi*méme.
Mais non , lu respérais en vain.
Ses prélats, scs guerriers l’un l’autre s’excitèrent ,
Les croyances du peuple à leurs voix s’exaltèrent. Quels signes précurseurs d’un désastre procliain !
Le beffroi , qu’cbranlail une invisible main ,
S’éveillait de lui-même et sonnait les alarmes ;
Les images des preux s’agitaient sous leurs armes ;
On avait vu des pleurs mouiller leurs yeux d airain : On avait vu le sang du Sauveur de la terre Des flancs du marbre ému sortir à longs ruisseaux , Les morts erraient dans l’ombre, et ces cris : Guerre ! S’élevaient du fond des tombeaux. [Guerre !
Une nuit, c'était l'heure où les songes funèbres Apporicul aux vivants les leçons du cercueil;
Où le second Brutus vit son génie en deuil ; Se dresser devant lui dans l’horreur des ténèbres;
Où Uichard, lounnenlé d'un sommeil sans repos.
Vil les in;lncs vengeurs de sa famille entière.
Rangés autour de ses drapeaux.
Le maudire et crier : Voilà la nuil dernière !
Napoléon x*cillail, seul cl silencieux :
La fatigue inclinait celte tête puissante
Sur la carte immobile où s’aliachaîent ses yeux ;
Trois guerrières, trois sœurs parurent Jsous^sa lente.
j Pauvre et sansorncmenls, belle de ses batiLs faiis,
I l..a première semblait une vierge romaine
A NAI’OLÉON.
r>ODt le ciel a bruni les trails.
Le front ceint d’un rameau de chine ,
Elle appuyait son bras sur un drapeau français.
Il rappelait un jour d'ilcrncllc mémoire ;
Trois couleurs rayonnaient sur scs lambeaux sacrés Par la foudre noircis, poudreux et déchirés.
Mais déchirés par la victoire.
I Je t’ai connu soldat; salut : te voilà roi.
• De Marengo la terrible journée
> Dans les fastes, dil-elle, a pris place après moi ;
> Salut; je sois sa sœur aînée.
> Je te guidais au premier rang ;
> Je protégeai ta course et dictai la parole
> Qui ranima des tiens le courage expirant ,
> Lorsque la mort te vit si grand ,
> Qu’elle te respecta sous les foudres d’Arcole.
> Tu changeas mon drapeau contre on sceptre d’ai-
> Tremble, je vois pâlir Ion étoile éclipsée, [rain ; ■ La force est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.
> Adieu ! ton règne expire et ta gloire est passée. >
La seconde unissait aux palmes des déserts Les dépouilles d’Alexandrie.
Les feux dont le soleil inonde sa patrie.
De ses brûlants regards allumaient les éclairs.
Sa main , par la conquête armée ,
Dégouttante du sang des descendants d’Omar,
Tenait le glaire de César Et le compas de Ploléméc.
< le t’ai connu banni, salut ; te voilà roi.
> Du mont Thabor la brillante journée
• Dans tes fastes, dit-elle , a pris place après moi ;
> Salut ! je suis sa sœur aînée.
I Je te dois l’éclat immortel I Du nom que je reçus aux pieds des Pyramides.
> J’ai vu les turbans d’Ismaël
• Foulés au bord du Nil par les coursiers rapides.
> Les arts sous ton égide avaient placé leurs fils ,
> Quand des restes muets de Tbèbc et de Memphis
> ils interrogeaient la poussière;
> Et , si tu t’égarais dans ton vol glorieux ,
• C’était comme l’aiglon qui se perd dans les cieux ,
> C’était pour chercher la lumière.
» Tu voulus rélouifer sous ton sceptre d’airain :
) Tremble; je vois pâlir ton étoile éclipsée.
I La forco est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.
• .Vdieu! ton règne expire, cl la gloire est passée, t
La dernière... û pitié, des fers chargeaient ses bras! L’œil baissé vers la terre où chacun de scs pas Laissait une empreinte sanglante.
Elle s’avançait chancelante En murmurant ces mots : uecet et se se resd i'»s. Loin d’elle les trésors qui parent la conquête,
El l'appareil des drapeaux prisonniers !
Mais des cyprès, beaux comme des lauriers,
; De leur sombre couronne environnaient sa télé.
< Tu ne me connaîtras qu’en cessant d’être roi.
* Ecoute et tremble ; aucune autre journée
• Dans tes fastes jamais n’aura place après mui ,
> El je n’eus point de sœur aînée.
■ Do vaillance et de deuil souvenir désastreux ,
> J’alfrancliirai les rois que ton bras tient en lais.se ,
I Et je transporterai la chaîne qui les blesse
» Aux peuples qui vaincront pour eux.
> Les siècles douteront, en lisant ton histoire,
I Si tes vieux compagnons de gloire,
• Si ces débris vivants de tant d'exploits divers,
> Se sont plus illustrés par trente ans de victoire,
> Que par on seul jour de revers.
> Je chasserai du ciel ton étoile éclipsée ;
I Je briserai ton glaive et ton sceptre d’airain ;
■ La force est sans appui, du jour qu’elle est sans frein.
> Adieu! ton règne expire, et la gloire est |iasséc. >
Toutes trois vers le ciel avaient repris l’essor.
Et le guerrier surpris les écoutait encor ;
Leur souvenir pesait sur son àmc oppressée ;
Mais aux roulements du tambour,
Celte image bientôt sortit de sa pensée ,
Comme l’oinbrc des nuits se dissipe clfacée Par les premiers rayons du jour.
II crut avoir dompté les enfants de Pélage;
Entraîné de nouveau par ce char vagabond
Qui portait en tons lieux la guerre et l’esclavage. Passant sur son empire , il le franchit d’un bond ;
Et tout fumants encor, scs coursiers hors d’llaleill>^ Que les feux du midi naguère avaient lassés ,
De la Bérésina, qui coulait sous sa chaîne.
Buvaient déjà les flots glacés.
Il dormait sur la foi de son astre infidèle.