TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
RLrftÊ-SKNTKK Slft lE TIEATEE UE l.A METS f(AI<«T-XA»TII« ^ lE 30 MAI 18'i9.
On a expliqué diversement les motifs qui m'ont déterminé à transporter cet ouvrage de la Comédie français^' au théâtre de la Porte Saint-Martin. II en est qui me sont personnels et dont je crois inutile d'entretenir le public : je ne traiterai ici qu'une question générale.
J'ai conçu l'espérance d'ouvrir une voie nouvelle, ofi les auteurs qui suivront mon exemple pourront désormais marcher avec plus de hardiesse et de liberté , où des acteurs, dont le talent n'avait pas l’ot casion de se produire, pourront s'exercer dans un genre plus élevé. Le public a semblé comprendre les conséquences que devait avoir , dans l'intérêt de tous, cetic tentative, et j'en attribue le succès à ses dispositions bienveillantes.
Deux systèmes partagent la littérature. Dans lequel des deux cet ouvrage a-t-il été composé? c’est ce que je ne déciderai pas, et ce qui d'ailleurs me parait être de pc-n d'importance. La raison la plus vulgaire veut aujourd'hui delà tolérance en tout; pourquoi nos plaisirs seraient-ils seuls exclus de cette loi commune? L'histoire contemporaine a été féconde en leçons; le public y a puisé de nouveaux besoins : on doit Itcaucoup oser si l'on veut les satisfaire. L'audace ne me manquera point pour remplir autant qu'il est en moi cette târhe difficile. Plein de respect pour les maîtres qui ont illustré notre scène par tant <le chefs-d’œuvre, je n-g.ndc coniine un dépôt sacré celle
langue belle et flexible qu'ils nous ont léguée. Dans le reste, tous ont innové; tous, s<‘lon les mœurs, les l>e5oins et le mouvement de leur siècle, ont suivi des roules différentes qui les conduisaient an même but. C'est en quelque sorte les imiter encore que de chercher à ne pas leur ressembler , et peut-être la plus grande preuve, l'hommage le mieux senti de notre admiration pour de tels hommes est ce désespoir même de faire aussi bien qui nous force à faire autrement.
J'ai toujours livré mes ouvrages au public sans les défendre : je n'ai |>as pris parti contre mes juges. J'aurais mauvaise grâce â le faire aujourd'hui où une bienvciltanre presque générale est venue adoucir pour moi ce que la critique pouvait avoir de sévère. Je ne combattrai qu'une seule assertion. On a dit <|iie mon ouvrage était une traduction de la tragédie de lord Dyron. Ce reproche est injuste. J'ai dù me rencontrer avec lui dans quelques scènes données par l'histoire; mais la marche de l’arlion. les ressorts qui la conduisent et la soutiennent, le développement df'S c.nractères et des passions qui la modifient et l'animent, tout est différent. Si je n'ai pas hésité ù m'approprierplusieiirs des inspiralionsd'un pocieque j'admirt! autant que personne, plus souvent aussi je me suis mis en opposition avec lui ;>our rester moi-méme. Ai-je eu tort ou raison ! 0»e le lecleiir compare et prononce.
MÂRINO FÂLIERO.
PERSONNAGES
M.\R1N0 FALIERO, dont*.