SCÈNE IV
FAUERO, FEIINAMKI.
FAI-IEBO.
C’esi elle qu’on outrage!
FEBN.^NDO.
Éléna !
FAUERO.
Moi ; cVst moi.
FERNANDO
Vous !
FAUERO.
écoule, et partage Un fardeau qu'a moi seul je ne {xiis supporter.
C'est mon nom, c'est le ndtre à qui vient d'insulter Un de ceux dont nos lois sur les hancs des Quarante Font siéger à vingt ans la jeunesse ignorante.
Lois sages!
FERNANDO
Qu'a-l-il fait?
FAUERO.
\jC dirai-je? Irrité
D'un reproche public, mais par lui mérité. L'insolent sur mon Irène eut l'audare d’éciiro...
Je les ai lus comme elle cl tous ont pu les lire,
Ces mots... mon souvenir ne in'en rappelle rien ;
Mais ces mots llélrissaient mon honneur cl le .sien. FBRnA.NDO.
Le lâche, quel est-il?
FAUERO.
Cherche dans la jeunesse,
Qui profane le mieux dix siècles de noblesse.
Qui fait rougir le plus les aïeux dont il son ?
Tète folle, être nul, qu'un caprice du sort
Fit libre, mais en vain , car son âme .servile ;
: Courageux , on le dit ; courageux entre mille,
! Dont un duel heureux marque le premier pas;
! Du courage! à Venise, eh! qui donc n’en a pas?
Un Sténo!
{ FERNANDO
^ laii. Sténo!
^ FAUERO.
Dieu que brisé par l'âge,
, Je n’aurais pas , crois-moi , laissé vieillir rmilrage. Près de Saint-Jean cl Paul il est un lien déserf,
Ou, pour lui rendre ulUc un de ces jours qn'il {ærd. Mon bras avec la sienne ciU croisé celte epéc...
i FERNANDO.
! Il vil!
I FAUERO.
Pour peu de jours, ma vengeance est trompée. I Sans leur permission pnis-je exposer mon sang?
■ Privilège admirable! il vil grâce à mon rang.
Frrnando fait un mouvement pour Mrl'r.
Où vas-tu?
FERNANDO
I Vous venger.
; FAUERO.
I Bien! ce courroux t'honore.
' Bien! c'est un F'aliero;jenic retrouve encore :
! C’est mon ardeur , c'est moi ; c’est ainsi que jadis ' Mon père .à son appel eût vu courir son Dis.
Maisl'alTronl fut public, le châtiment doit l'étre.
! Les Quarante déjà l'ont condamné peut-être.
I FERNANDO
; Eli quoi ! ce tribunal où tul-mêmc...
FAUERO.
' Tu vois
' (kinine Venise est juste et maintient tous les droits!
: Nos fiers avogadors avaient reçu ma plainte;
Aux droits d'un des Quarante oser ]>orlor atteinte !
; Quel crime ! l’cùl-on fait 7 mais leur prince outragé , Qu'importe? et par ses pairs Sténo sera jugé.
FERNANDO
S’ils l'épargnaient?
I FAUERO,
I Qui? lui! l'épargner! lui, ce traître!
Oui, traître à son serment, à Venise, à son maître ; L'épat^uer! qu'as-lu dit? l'oscraicnl-ils? sais-ln Qn'il faut que je le voie à mes pieds aballn?
I Sais-tu que je le veux , que la hache est trop lente A frapper celte main, cette tête insolente?
FERNANDO
O fureur!
MAniM» FALIERO. - ACTE I.
FAllEKO.
l)e mon nom, loi l'unique hériiiei ;
Toi, mon neveu, mon lîls, connais-moi loul enlier : Us, mon Ame csl ouverte cl montre sa faiblesse.
(Test ]>cu <lo rinfatnie où seU'int ma vieillesse;
Ol ali'roiu dans mon sein éveille des iransporls . iniornbles mouvements inconnus jusqu'alors.
J'en ai bonté et je crains de sonder ma blessure : iJcvinc par pitié , comprends, je l'en conjure , ('iOmprends ce qu'A mon Age un soldai tel rpie mot ^e {HXirrail sans rougir confier, même à loi.
F.léna!... se peul-ii? si ce qu'on ose écrire...
Mais sur ses traits en vain je chcrcbc le sourire.
D'üù vient que monns|)ecl lui fait baisser les yeux? Pourquoi loin dos plaisirs se cacher dans ces lieux? Pourquoi fuir cci asile, où, par la pénitence, l^c <Tiuie racheté rcdoviciil rinnoccncc? l.e sien csl-il si grand, si terrible?... Insensé !
Tout inc devient sus|k*cI, Ic présent, le passé; J’interroge la nnii, les yeux fixes sur elle ,
Jusqu'aux pleurs, aux aveux d'un soiuiiicil infidèle, Kt j'ai vu, réveillé par ccl affreux soupçon,
Ses lèvres sc mouvoir cl murmurer un nom.
FERNANDO
lirand Dieu !
lAUESO.
Ne me crois pas; va, je lui fais injure; Sténo!... jamais, jamais! sa vie est encor pure; Jamais laut de vertu ne desecndrail si bas ;
Je n'ai rien sou|»çonné , rien dit; ne me crois pas! Mais Sténo, mais celui dont le mensonge infâme De cette défiance a pu troubler mon Ame,
La déchirer ainsi , la bi îscr , la flétrir,
(Ju'on l'épargne !ab! pour lui c'esl lrop|>eu de mourir! Il anrail , le cruel qui m'inspira ces doutes.
Plus d’une vie à perdre, clics me devraient toutes. Oui, toutes, sans suffire Ames rcsscniimcnls, [inents. Leur sang, leur dernier souffle ci leurs derniers lour-
I IAI1ERO,
.Allons! calme rc trouble... Us rociieillaicnl les voix ; Qu'ils sont lents !
FER^VAXDO.
Poursuivez.
rALTERO.
Qu ai-je dit... aux (iénois?
FERSAXDO.
Votre Altesse écrivait au sénat de Florence.
! f^l.lERO.
Ah! je voudrais en vain feindre rindiffépcnce !
Je ne le puis : je a\lc cl me trouble à mon l<mr;
I Mais on arrive enfin : je respire!