UOM, STÉNO
Voyons , j'aime les arts cl prends tes inlcréts :
A voli bas*c.
Les Dix, pour luut s.svoir, oui des agenis sccrels,
Kl nous payons fort cher leurs utiles services ;
Tu nous pourrais euuiiiie eux rendre ces lions ufliccs. De nus palriciens plus d'un s'eu fuit liomicur.
BcnTBxa.
Je préfère iMiurUiil ..
Qui? vuus, Siéno, chez moi!
I STÊ.XO.
("esl mal me recevoir.
I MUXI.
; Condamné le malin, venir au bal le soir!
I STÊXU.
Mu journée est cuui|délc et la nuit la coiiroime :
Je veux prendre congé de ceux (|uc j'abandonne.
M VniNO FALlEno. — x\CTE 11.
Demain je suis captif; à votre prisonnier Laissez du moins ce jour, ce jour est le dernier. uo:ii.
Le doge vient ici ; je reçois la duchesse ;
Et...
8TESO.
Sa beauté vaut mieux que son titre d’altesse. Que ne m'est-il }»ermis de choisir mes liens!
Les fers de son époux sont moins doux que les siens.
LIUXJ.
U no faut pas plus loin pousser ce badinage.
Même en vous punissant croyez qu'on vous ménage.
5TÉXO.
J'aime votre clémence et l'elTort en est beau : .M'ensevelir vivant dans la nuit du tombeau!
Et pourquoi ? pour trois mots que j'eus le tort d'écrire ; Mais le doge irrité, jaloux jusqu'au délire.
Prouva que d'un guerrier mille fois triomphant La vieillesse cl l’hymeo ne font plus qu'un CJifant.
Au reste il est ici l'idole qu'on encense ,
Pour luirendre en honneurs ce qu’il perd eu puissance, uoxi.
.V ces honneurs, Sténo, gardez-vous d'aUciiier.
Par égard pour nous tous, qu'il doit représenter .Vu timon de l'Etat, dont nous tenons les rênes.
Il faut baiser scs mains en leur donnant des chaînes. .Vinsi donc pour ce soir, je le dis ù regret.
Mais...
SIEl^O.
Mon déguisement vous répond du secret.
Non : ne me privez pas du piquant avantage D'entendre , ù son insu , l'auguste personnage.
Autour de la duchesse heureux de voltiger,
C'est en la regardant que je veux me venger.
Je veux suivre ses pas, dans ses yeux je veux lire, Tout voir sans être vu, tout juger sans rien dire,
Kt de votre pouvoir invisible et présent Olfrir, au sein des jeux, l'image en m'amusant.
llÜXI.
Veiller sur vous, Sténo, n'est pas votre couiuuic.
STÈVO.
Vjui peut me deviner, caché sous mon co&iuiiie ?
Sous ce masque lroiu|)Cur, le peut-on? regardez :
Noir comme le muntoau d'un de vos aOides. uoxi.
Kcspcctous les premiers ce qu'il faut qu'un redoute.
STÉXO.
Je ne ris plus de rien : je sais ce qu'il en coule ,
Pas même des époux! N'csl-il pas décrété Que c'est un crime ici de lèse-inajeati'*?
Incorrigible !
LIOÜI.
STEXü.
Eh non! un mot vous é|>oiivantc ;
I Mais ne redoutez plus ma liberté mourante :
C'est son dernier soupir ; il devait s'exlialer I Contre un vieillard chagrin qui vient de riniiiioiei . uoni.
Vous abusez de tout.
STÈXO.
n le faut à notre âge :
Le seul abus d'un bien en fait aimer l'usage.
Quoi dcq)lus ennuyeux que vos plaisirs sensés?
Ils rappellent aux cœurs, trop doucement liercés Par un retour prévu d'émotions communes ,
Ce fade mouvement qu'on sent sur les lagunes.
En ôtez-vous l'excès, le plaisir perd son goût.
I .Mais l'cxccs nous réveille, il donne un charme à tout, i Ln amour voussiiflîi; moi, le mien se promène De l'esclave de Smyrne à la noble Uomaine,
El de la courtisane i! remonte aux beautés j Que votre bal promet à mes yeux enchaînés.
I Le jeu du casino me pique et m'intéresse;
.Mais j'y prodigue l’or, ou j’y meurs de tristesse .
' Si la liqueur de (diyprc est un heureux poison ,
: C'est alors qu'alTranchi d'un reste de raison,
Mon esprit pétillant qui fermente comme elle,
Dos éclairs qu'il lui doit dans Tivresse étincelle.
Mes jours, je les dépense au hasard, s;ms compter ;
' Qu'en faire ,on en a tant, jieul-on les regretter?
Pour les renouveler, celle vie où je puise . Est un trésor sans fond qui jamais ne s'épuise;
Us passent pour renaître, et mon plus clier désii Sei*ait d'en dire autant de l'or cl du plaisir.
Je parle en philosophe.
LIOXI.
Et je réjmuds en sage ;
Vous lie pouvez rester.
STÉNO
Quittez donc CO visage ; Dans la salle des Dix il vous irait au mieux . Mais tout, excepté lui, me sourit en ces lieux.
LtOM.
Elatieur!
STÉNO
Chaque ornement, simple avcco|mleuce.
Prouve le goili du maître et sa magniücence.
Plimcur* |ier*oimc» parce» iru niasquect Iraxericoi ta galerie du
romi.
LIONI
Soyez donc raisoiiiialilc ; ou vient de Ions eûtes , J'aurais tort de pcrmciire...
MARI>0 FAUERO. — \CTE 11.
KTtiVO.
Oui ; mais vous pcrmcuez.
Vous lie «)iii ta raison plane aiMlessus des noires. Ayez, lorl quelquefois par pilié pour les autres.
Mes adieux au plaisir seroiU cruels el doux :
O’esl vouloir le pleurer que le quiller chez vous. rn SERViTEra de Uoxi, annonçant.
l.c doge
uoxi.
Fuyez donc : s'il vous voit...
RTÉXO.
Impossiidc I
Je me perds dans la foule cl deviens invisible.