ACTE III
Cënéral h Zara,t1ogc à Venise; eli bien!
Je ne veux pas descendre , et me fais citoyen.
riETRO, en frappant sur l'^paulc du doge.
Cest parler dignement!
Le doge IC recule avec un mouvement Involontaire dedédaln.
L)'où vient celte surjirUc?
Entre égaux!...
ISRAËL
Cest à nous d'ol>cir.
I BERTRAR.
I Je (luniierai l'oxem{ilc.
I lin aueiilat jar vous fut coiuiuis dans le (oui|de; Expiez voire faute en vengeant les autels.
FALIERO
Je serai l'instrument des décrets éternelb.
ISRAËL
De ce liirc en vain on s’autorise , Pour sortir du res|>ect qu'on doit à la vertu.
Vous, égaux ! à quel siège as-tu donc combattu ? [sauce, Sur quels bords? dans quels rangs?8'il met bas sa nais- Sa gloire au moins lui reste, cl maintient la distance. Il reste grand pour nous, et doit l'étrc eu eflel Moins du nom qu’il re^ut que du nom qu’il s’csl fait. Sers soixante ans Venise ainsi qu’il l'a servie ;
Hisque vingt fois pour elle et ton sang et ta vie;
Mets vingt fois sous ses pieds un pavillon rival ,
Et lu pourras alors le nommer son égal!
PIETRO
Si par ma liberté j'excite sa colère,
11 est trop noble encor pour uii chef populaire.
FALIERO
Moi t'cD vouloir! pourquoi? Tu n’avais aucun tort, Aucun. Ta main, mon brave, cl soyons tous d’accord ! Je me dé|H>uille aussi de ce nom qui vous géuc :
Pour l'emporter sur vous, inuii titre c’est ma Itaine. Si ce titre par loi m'est encor disputé ,
Dis-moi qui de nous deux fut le plus insulté. Compare nos afironls ; autour du Buccnlaurc,
Quand vos cris saluaient mon règne à son aurore .
Je marcliais sur des fleurs, je respirais l'cncens;
Ces fiers patriciens à mes pieds flcchissanls.
Ils semblaient mes amis... Hélas! j’étais leur maître. Leur politique alors fut de me méconnaître.
Captif de mes sujets, sur mon trône enchaîné,
Flétri, j'osai me plaindre et je fus condamne;
Je condamne à mon tour: mourant, je me relève,
El sans pitié comme eux, terrible , armé du glaive, tii pied dans le cercueil , je m’arrête , et j'en sors l’our envoyer les Dix m’annoncer chez les mûris. Mais prince ou plébéien, que je règne ou conspire , Je ne puis échapper aux soupçons que j’inspire.
Les vôtres m'ont blessé. Terminons ce débat :
Qui me craignait pour clief me veut-il |H>ur soldat ?
Je courbe devant lui nu tète octogénaire,
El je viens dans vos rangs servir en volontaire. Faites uo meilleur choix, il me sera ^acré ;
Quel est celui de vous à qui j'obéirai?
STROZZI
Aux soldats étrangers un a fait des [iromesses , Les tiendrez-vous?
FALIERO, lui JoUnt uiic Loumv ! Voici mes premières largesses.
j PIETRO.
I Mes gondoliers mourront pour leur libérateur.
> PAIIERU.
Tel qui fut gondolier deviendra sénateur.
j TOI».
I Huiineur à Fuliero!
i ISRAËL.
! Jurez-vous de le suivre?
TOLS.
Nous le jurons!
ISRAËL
I Eli bien ! <|uc son bras nous iléiivre !
j AU dogo.
Quand voulez-vous agir?
FALIF.RO.
! Au lover du soleil.
UEBtRAN.
j FALIERO.
; Toujours trop lard dans un projet pareil.
Bien choisir l’heure est tout pour le succès des liumincs. Le hasard devient maître au point uil nous en sommes; Qui sait s'il veut nous perdre ou s'il doit nous servir? Ülez donc au luisard ce qu’on peut lui ravir.
I BERTRAX.
' Mais tous péiH ont-ils?
PIETRO
Sous leurs p.ilais en cendre.
I ISRAËL
I 11 faut achever l’œuvre ou ne pas l’cnlreprenilrc.
Beriram, qu’un d’eux survive au désastre commun ,
! En lui tous revivront; ainsi tous, ou pas un :
Le p<;re avec l’époux , le frère avec le frère ,
Tous, et jusqu’à l’enfant sur le corps tic son père !
BEHTRAR.
; Faliero seul commande cl doit seul décider.
M Utl.\ü FAUERO. — ACTE III.
rSIIABL, au dOK>>.
Prononcer!
FALIEBO, après un RXKnent dcillence.
Ah, cruels! qu'osez-vous demandci ?
Mes mains se résignaient à leur sanglant oflice ;
Mais prendre sur moi seul l'horreur du sacrifice! ..
A Iftracl.
Tu peux l’ordonner, loi ! lu ne fus qu^opprimé;
Mais moi, s'ils m’ont irahi, jadis ils m'ont aimé.
Nous avons confondu noire joie el nos larmes :
Les anciens du conseil sont mes compagnons d'armcK, Mes compagnons d'enfance. Au sortir de nos jeux ,
J’ai couché sous leur tcnle , et j’ai dit avec eux ,
A la table où pour moi leur coupe s'esi remplie ,
Ces paroles du cœur que jamais on n'oublie.
Adieu, vivanis récits de nos premiers combats!
Je ne verrai donc plus, en lui tendant les bras,
Sur le front d’un vieillard raieiini par ma vue.
Un siècle d’amitié m’olfrir la bienvenue.
Je lue, en les frappant, le passé, l’avenir,
Kl reste sans espoir comme sans souvenir.
ISRAËL, avec impatience.
Kli quoi ! VOUS balancez ?
i'X GONDOLIER.
- Gondolier, la mer l’appelle j
• Pars el n’altcmU pas le Jour.
PIBTBO.
C est un avis : silence!
LE GOXDül.IER.
- Adieu, Venise, la belle;
• Adieu, pays, mon amour!
litRAEL.
Uu importun s'approcite; évitons sa présence.
LE GO.SDOLIER.
«• Quand le devoir l'ordonne ,
•• Venise, on t’abandonne , '
• Mais c’est sans l'oublier.
FAMERO. I
Que chacun à ma voix revienne au rciidcz-vuus,
ICt sans nous éloigner, amis, séparons-tious. !