‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 39 sur 669 · A I.A FRA^CI · texte numérisé non relu

A I.A FRA^CI

Rome, villa Paolina.

Non , lu ne connais pas encor C^e sentiment d'ivrcssc et de mélancolie Qu’inspire d'un l>eau jour la splendeur affaildic,

Toi qui n’as pas vu les flots d'or,

Oii nage à son couchant un soleil d’Italie ,

Inonder du Forum rciiccinie ensevelie Et le temple détruit de Jupiter Stator!

Non, tu ne connais pas l’irrésistible empire Des lH?aiités qu’il déploie au moment qu'il expire,

Si les yeux n'ont pas vu son déclin vif et pur.

Qui s 'éteint par degrés sur \lbano et Tibiir,

Verser les derniers feux d'une ardeur épuisée A travers le brillant azur Des portiques du Colisée !

Sur le mont Janiculc et scs pins toujours verts,

T U meurs, mais danslagloire ; on t’admire, on le chante ; Tu meurs, divin soleil , au milieu des concerts De celte Home plus touchante Qui pleure la clarté ravie à ses déserts.

Du tréne tu descends comme elle;

Jadis ses monuments t’égalaient en splendeur :

D’une reine déchue amant toujours fidèle,

Que la lumière est triste et belle Sur les débris de sa grandeur!

Tes rayons amortis, que le r^artl su|q>orie,

Pâlissent en les éclairant ,

Soleil , et ton éclat mourant S'unit mieux à leur beauté morte.

Ainsi l’on voit s’éteindre, environné d'hommages,

\iC talent inspiré qui, pur et sans nuages, •

N’a brillé que par la vertu.

Ainsi nous l’admirons, ainsi nos larmes coulent.

Au milieu des débris de nos lois qui s’écroulent Comme un monument abattu ;

El l’éclat plus sacré de ce flambeau qui tombe Uépand les derniers feux dont il est embrasé Sur le temple détruit et sur l'autel brisé De la Liberté qui succombe.

Dans sa splendeur enseveli ,

Glorieux et pleuré par la reconnaissance ,

Ainsi mourut celui qui vengea notre France.

Ces traits éloquents ont pâli Qui de l’âme élancés pénétraient jusqu’à l'âme;

Il s'csl ouvert ce coeur, il vient de se briser.

Trop plein pour contenir la généreuse flamme Qu’il répandait sans l'épuiser.

La patrie, à l’aspect d'une cendre si chère,

A senti s'émouvoir ses entrailles de mère.

Ah! qu'elle pleure, elle a droit de pleurer :

Pour la défendre encore il déposa ses armes.

Elle s'bunorc en vuulanl l'honorer.

A le nommer son fils qu'elle trouve des charmes ; Fièrc de sa douleur, plus belle de son deuil,

A qui voudra tes voir qu'elle montre scs larmes;

Car il est des enfants qu’on pleure avec oi^ucil.

Home, tes yeux sont morts à ces larmes sacrées Dont ou fait gloire en les versant ;

Les cendres de les fiU ne sont plus boriorées Parce tribut reconnaissant.

Un vain leurs nobles cœurs batlaionl pour la patrie ,

us FUNÉRAILLES

Dans lOD ubaisseinent en vain ils font clicric ; I

C)es murs, dont Michel- Ange a jeté dans les cieux | Le domc audacieux , |

Itéserveni leurs honneurs à la puissance morte : |

Pour elle des concerts , des fleurs et des flambeaux , I El des bronzes menteurs penches sur des tombeaux; Mais pour ta vertu, que t'importe?

Aussi, courbé sous l’or du sceptre pastoral, l'on peuple grave et fier, que ce mépris oflense, Laisse tomber son bras levé pour la défense ;

11 fléchit sous des rois , lui qui n'eut point d'égal Quand la gloire était ton idole;

El l'herbe a désuni le pavé trioniplial Qui conduisait au Capitole.

En passant sur la terre où dorment les héros.

Par les mugissements 4p sn voix importune Le boeuf pesant d'Oslie insulte à leur repos,

Ou, syiuholc vivant de ta triste fortune,

Endormi sous le joug du char qu'il a traîne,

Courbe sa corne noire et son front enchaîné A la place où fut la tribune.

Et c'est là qu'autrefois les publiques douleurs Paraient l'urne des morts de gazon et de fleurs !

Vous le savez, race guerrière,

O vous, ossements oubliés.

Muets débris, noble poussière,

Que je sens tressaillir sous les touffes de liciTc De CCS tombeaux qu'on foule aux pieds!

Vous le savez, vous tous, qui, pour vos funérailles, Avez vu Rome en deuil sortir de scs murailles!

Ah ! s'il a pu cesser ce culte glorieux

Qu'on rendait au courage, à la sainte éloquence.

Levez-vous, U renaît; Romains, ouvrez les yeux,

Ne regardez pas Rome , cl regardez la France.

11 Alt orateur et guerrier,

Celui que la France attendrie Couronne d'un double laurier!

Entendez-vous ces mots : < Valeur, Talent, Patrie! > Entendez-vous ce cri d'une éloquente voix :

< Ses enfants sont ceux de ta France! i Ce cri, qui d’un seul cœur s'élance.

Semble de tous les cœurs s'élèvera la fois...

Orateurs, répondez : jamais plus digne hommage llonora-t-il un père en sa postérité ,

Et jamais votre pauvreté Laissa-l-clle à vos fils un plus riche lærilagc?

El vous aussi, guerriers, levez-vous : coiilcmpicz

lUI GÉNÉRAL KOY. M7

De nos vieux étendards les vengeurs niiiiilé>!

Ces Romains qui suivaient vos |>onipe8 funéraires Par des exploits plus grands s 'étaient-ils signalés Autour des faisceaux consulaires?

Les travaux, les hivers et l'ardeur des clés Avaient-ils sur leur front mieux gravé leurs services, El leurs pleurs en coulant sc sont-ils arrêtés Dans de plus nobles cicatrices?

Non, guerriers, non (jamais, mânes victorieux, Jamais, fiers défenseurs des libertés publiques,

Rome ne sc couvrit, pour vos vertus antiques.

D'un deuil plus unanime et plus religieux.

Non, non, sur vos tombeaux, Rome, lu vieille Rome N'ofTrit pas dans sa gloire un s|>cclaclc plus grand Que ce concours sacré d'un peuple entier pleurant , Pleurant la perte d'un seul homme!

Reçois, é mon pays, ce tribut mérité!

France, de quel orgueil mon cœur a palpite En t'adressant ces vers sous les ombrages sombres Qui couronnent le Célius,

Au pied du Palatin, devant les grandes ombres Des C.'uiiillc cl de Tullius.

El toi, qu’on veut flétrir, jeunesse ardente et pure, De guerriers, d’orateurs, toi, généreux essaim,

Qui sens fermenter dans ton sein Lcsgcnnc.s dévorants de ta gloire future,

Pcnciié sur le cercueil que tes bras ont porté ,

De ta reconnaissance ofl'rc l'exemple au monde : Honorer la vertu , c’est la rendre féconde ;

Et la vertu produit la liberté.

Prépare son triomphe en lui restant fidèle.

Des préjugés vieillis les autels sont usés;

II faut un nouveau culte à celle ardeur nouvelle Dont les esprits sont embrasés.

Vainement contre lui l'ignorance conspire.

Que celte liberté qui règne par les lois Soit la religion des peuples et des rois !

Pour la mieux consacrer on devait la proscrire;

Sa palme, qui renaît, croît sous les cou|>s mortels;

! Elle eut son fanatisme, elle louche au martyre,

I Un jour elle aura ses autels.

! verrai-je ce jour, où sans intolérance I Son culte relevé protégera la France?

O ch.'unpsde Pressagni, fleuve heureux, doux coteaux ' Alors, peut-être, alors mon humble sépulture Se cachera sous les rameaux I Où souvent , quand mes pas erraient à ravenliire ,

SS

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