‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 392 sur 669 · LOUIS XI · texte numérisé non relu

LOUIS XI

TIlAGftDIK F,N CINQ ACTKS,

RF.PBÊâE!<IT£E SIR Ut TilK\TSt FRANÇAIS, It 11 FÉVRIER 183â.

DELA'^lliNE.

• ]| y a quatre ou cinq jours que

passant devant la maison d'un de mes compagnons, je le voulus visiter : et après avoir faict quelques tours dans sa sale , je demande de voir son eslude. Soudain que nous y sommes entrés, je trouve sur son pulpitre un vieux livre ouvert. Je m'enquiers de luy de quoi il traitoit, il me respond que c'estoit rhUlolre du Roy Louys onzième , que Ton appeloit la mesdisante. Je la luy demande d’emprunt, comme celle que je cherchois, H y avoil long-temps, sans la pouvoir recouvrer. Il me la preste. Hé! vrayement (dy-je lors) je suis amplement sàtisfaict de la visitation que j’ay faicte de vous. Ainsi fusse-je promptement payé de tous ceuxqui me doivent. J'emporte le livre en ma maison, je le lis et digère avec telle diligence que je Fais les autres. En un mot , je trouve que c’estoit une histoire, en forme de papier Journal, faicte d'une main peu industrieuse, mais diligente et non partiale, qui n'oublioit rien de tout ce qui estoit remarquable de son temps. Tellement qu'il me sembla qu’il n’y avoit que les iiiesdisansqui la puissent appeler mesdisante. Appelez-vous mesdisance en un historiographe , quand il vous eslalesurson papier la vérité toute nlle? Nul n’esl blessé que par soy-mesme. Le premier scandale provient de celuy qui faict le mal , et non de celuy qui le raconte.

•» Je trouve en ce Roy un esprit prompt , remuant et vers^til, fin et feint en ses entreprises, léger à faire des fautes, qu'il réparoit tout h loisir au |>oix de l'or, prince qui savoit par belles promesses donner la muse «I ses ennemis , et rompre tout d’une suite, et leurs choléres, et leurs desseins; impatient de repos, ambitieux le possible, qui se joUnit de la justice selon que scs opinions luy coinmandoyent, et qui {mur parvenir à son but ii’espargnoit rieu ny du sang , ny du la boiirce de ses sujets ; et ores qu'il fil conlenauce d'eslrc plein de i‘eligiou et de piété, si en usoit-il taiitosl selon la commodité de ses affaires, lantost par une su(>erstition admirable ; estimant luy estre toutes cimses ^lermises, <(uand il s'estoU acquitté de quelque |>ellehnage. Brief

I a plein de volontés absolues, |)ar le moyen desquelles .

! • sans cognoissance de cause, il appointoit et des- , " appointoit tetsofficiers qu'il luy plaisolt : etsui-ccmesme : » moule se formoit quelquefois des fadaises et sottises i * dont il ne vouloil estre dédit.

• A manière que se trouvant tous ces mélanges de bien » et mal en un sujet, ce n'est point sans occasion que ce I » roy ayt esté exiollé par quel<|ues-uns, et par les autres ] • vitupéré. Voyla ce que j’ay pu recueillir en-i)rief de tou- , » les ses actions.

B Je voy au bout de tout cela un jugement de Dieu, qui • courut miraculeusement dessus luy, car tout ainsi que I » cinq ou six ans auparavant son advèncmeiit à la cou- ! » ronne, il avoil affligé le Roy son père, et qu'il se bannit ! « de la présence de luy, ayant choisi pour sa retraite le I • duc de Bourgogne, qui estoit en mauvais inesnage avec . * nous, aussi sur son vieil Age fut-il affligé, non par son I « fils, atns par soy-mesmes, en la |)ersoniiede son fils, * • qui n’estoit cncores capables pour sa grande jeunesse I " du rien attenter contre l'Estal de son |>ère. Tellement I • que pour le rendre moins habile aux affaires, Il ne ! * voulut qu’en son bas Age il fust institué aux nobles B exercices de l'esprit : et encores le confina au chasteaii « d’Ainboise.lVsloignanlcn ce qui luy estoit possible delà » vue de sa cour. Davantage ayant excessivement affligé i> son peuple en tailles, aydes et siilisidcs extraordinaires, n et tenu les princes et seigneurs en grandes craintes de n leurs vies, ainsi que l’oiseau sur la branche. (Car nul M nu se ponvoil dire assuré , ayant affaire avi'C un prince ! B infiniment diversifié.)

1 » Aussi sur le déclin de son Age, commcnça-t-il à se

» desfier de tous ses principaux sujets, et u’y avoit rien

«> vation de sa vie <|ue de son Ame. C’est la plus belle ptii- » loHophie que je rap|K>rle de son histoire. Je dirols vo- » lonlicrs que les historiographes se donnent la loy de B Caire le procès aux princes : mais il^faut que je passe B plus outre et ajoute , que les princes se le font à eux.

uiesiiifü. Dieu les marlellede mille liiiluiiis qui soniau- » (ant de bourreaux en leurs roiisriences. Ce roy qui » avoit faict mourir lant de (jens. ainsi que sa iiassion liiy

• en dictoit les mémoires, |tar t'entremise de Tristan » Phermilejiiy -mesme <*sloit son triste prévost, mourant

• d’une infinité de morts le jour avant que de |iouvuir X mourir, estant entré on une générale desfiance de tout •» le monde. Ceste-ry est une l>elle leçon que Je soubaitc X estre emprainte aux cœurs des Roys, à fin de leur en

» soigner de mettre frain et modestie en leurs actions X Commines fera son profit de la vie de ce roy pmir mon « trer avec quelle dextérité il sut avoir le di>ssiis de • ennemis : et de moy toute rmilité que j'en veux ra|»- " porter sera, pour faire entendre comme Dieu sçalt X avoir le dessus des roys quand il veut les ehaslicr. " Adieu. A

Lettre d'Estibnwe Pasv' ieh A M. oeTiard, seigxbcr dr bissv.

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PERSONNAGES

Loris XI.

LE DAIPUIN.

LE DlC DE N'EMOIRS.

CÜMMINE.

COITIER » mt'dfchi du roi.

FRANÇOIS DE PAlSI.E.

OLÏVIÉR-I.E-DAIM.

TRISTAN, grand prévôt.

MARIE, fille de Commîiie.

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