‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 41 sur 669 · ADIEUX A ROME · texte numérisé non relu

ADIEUX A ROME

L’airain avait sonné Uiymnc pieux du soir.

Sur les temples de Rome, où cessait la prière ,

La lune répandait sa pisihtc lumière :

Au milieu du Forum, triste, j’allai m’asseoir, J'admirais scs débris, scs longs fiorliqucs sombre.s ,

Et dans ce jour douteux, par leur masse arrêté, Tous ces grands monuments empruntaient de leurs om- Plus de grandeur encore et plus de majesté : [bres

Comme l’objet absent, qu’un regret nous rappelle. Reçoit du souvenir une beauté nouvelle.

Mon luth, longtemps muet, préluda dans mes mains, Et sur l'air grave et doux dont le chant se marie Aux accents inspirés des poètes romains.

Cet adieu s'échappa de mon âme attendrie :

4 Rome, pour la dernière fois I Je parcours la funèbre enceinte :

» Inspire les chants dont ma voix » Va saluer ta gloire éteinte ;

« Luis dans mes vers, astre éclipsé

* Dont la splendeur fut sans rivale;

» Ombre éelatantc du passé,

• Le présent n’a rien qui l’égale!

> Tout doit mourir, tout doit cliangcr :

> La grandeur s’élève et succombe ;

» En culte même est passager;

» il souffre, persécute et toinlic.

> Tu brillais de ce double éclat,

» Et lu n’as pas fait plus d'esclaves

> Avec ta loge du sénat ,

• Que sous la pourpre des conclaves.

> Du sang de les premiers .soutiens » LcUc colline est arrosée;

* Le sang de les héros chrétiens » Rougit encor le Lolisée.

» A travers ces deux souvenirs » Tu m'apparais, pùle cl flétrie,

» Entre les palmes des martyrs » Et les lauriers de la patrie.

» Que (es grands noms, que (es exploits,

• les souvenirs de tous les ùges » Viennent se confondre sans choix « Dans mes regrets et mes liuinmagcs,

» Eomme ces temples abattus,

« (Quinine les lomt)eaux et les ombres

> De les Césars, de (es Rriitus,

» Se confoudenl dans tes décombres.

• Adieu, Forum, que Cicéron » Remplit encor de sa méiuoiro!

• Ici cliaquc pierro a son nom ,

■ Ici cha({uc débris sa gloire.

» Je passe , et mes pieds ont foulé

Dans ce tombeau, d’où sortit Rome,

1 Les restes d’un dieu mutilé,

I > Ou la poussière d’un grand bomme.

■ « .Vdicu, vallon frais, où Nuina

I » (>)nsiiUait sa nymphe chérie!

j • J'eiUcnds le ruisseau qu’il aima

> Murmurer le nom d’b^géric.

« Son eau coule encor; mais tes rois j • Que séduit une autre déesse,

I • .\e viennent plus chercher des lois » Où .\uma puisait ta sagesse.

: » Temple, dont r01ym|>c exilé

! • A fui la majesté déserte,

j > Panthéon, ce ciel étoilé * * Achève la voùlc cnlr'onvcrie;

, ' Kl scs feux, du haut tie rCtlicr

CO

AIIIEIX A HOME.

> Cherchant tes dieux dans ton enceinte,

* Vont sur l'autel de Jupiter

> Mourir au pied de la croix sainte.

> Qui t'éleva, déme cternel,

» Du Panthéon céleste frère?

) Si tu fus l'œuvre d'un mortel ,

» I.cs arts ont aussi leur Homère ;

I El du génie en ce saint lieu » Je sens l'invisible présence,

> Comme je sens celle du Dieu

t Qui remplit la coupole immense.

> Je vous revois, parvis sacrés (i) t Qu'un poêle a rendus célèbres!

» Je foule les noms ignorés

» Qui chargent vos pavés funèbres, i El de tous CCS tombeaux obscurs

> Le marbre, qui lient tant de place,

> Laisse à peine un coin dans vos murs » Pour la cendre et le nom du Tasse!

* Cloître désert, sous tes arceaux » Mourut l'amant d'I'^léonore ,

> Près du chêne dont les rauicaux

» Devaient pour lui verdir encore.

t Avant l'àge ainsi meiirl liyron ;

) Un même trépas les immole :

» L'un tombe au seuil du Parthénon,

» Et l'autre au pied du Capitule »

Je les pleurais tous deux, et je sentis ma voix Mourir avec leurs noms sur mes lèvres tremblantes;

Je sentis les accords s'aflaiblir sous mes doigts,

Pareils au bruit plaintif, aux notes expirantes,

Qui se perdent dans l'air, quand du M'ixcnrc Les sons au Vatican s ‘éteignent par degré.

Jaloux pour mon pays, je cherchais en silence Quels noms il opposait à ces noms immortels t H m'apparaît alors, celui dont l'éloquence Des deinUüicux romains releva les autels;

Le Sopiioclc français, l'oi^ueil de s;i patrie, [

L'cgal de scs héros, celui qui crayonna ^

L’àmc du grand Pompée et l'esprit de (aima. |

(1) I. égUseellc courent de Saiul-Onofiltrc, où mom ul !cT4i»>f, j

Rmu d'uli saint respect, je l'aduiire et m'écrie :

t Chantre de ces guerriers fameux ,

> Grand homme , ô Corneille, ô mon maiire ,

> Tu n'as pas habité comme eux

V Ca'ttc Home , où tu devais naître ;

I Mais les dieux t’avaient au berceau

> Révélé sa grandeur passée,

> Et , sans Héclnr sous ton fardeau , i Tu la portais dans ta pensée!

» Ab ! tu dois errer sur ces bords » Où le Tibre le rend hommage!

> Viens converser avec les morts

> Dont ta main retraça l'image.

» Viens, et, ranimés pour le voir,

> Il vont se lever sur les traces;

> Viens, grand Corneille, viens t'asseoir

> Au pied du lumbeau des lloraces!

) De quel noble frémissement » l/orgucil doit agiter ton Ame,

» Lorsque sur ce froid monument De les vers tu répands la llammc !

Il tremble, et dans son sein profond J Viitcmis murmurer sous la terre Deux llls morts , dont la voix répond Au f/u’i/ mourùl de leur vieux père.

Beau comme ces marbres vivants Dont l'art enfanta les merveilles,

Ton front vaste abandonne aux vents Ses cheveux blanchis |»r les veilles ;

Et quand les hls de Uomulus Autour de toi couvrent ces plaines,

Je crois voir un Humain de plus Evoquant les ombres romaines.

Je pars, mais ces morts me suivront ;

Tu musc a souillé sur leur cemire.

En renaissant, ils graiiJiruiit Dans tes vcr.s qui vont roc les rendre ;

Kl l'nirain, qui vainqueur du leiiqis Jusqu'aux cieux porta 1001*$ images,

Les plaça sur des uiomiinents Moins sublimes que t(^ ouvrages ! i

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