SEPTIÈME MESSÉNIENNE
PROMENADE AU IIDO.
VeuiiC.
Arrête, gondolier; que ta barque un moiucnt Cesse de fendre les lagunes;
L'essor qu'elle a reçu va mourir lentement Sur tes sables noirs de ces dunes.
Gondolier, je reviens : je viens dans un moment Prêter roreille aux infortunes De Cloriode et de son amant.
Souvent un étranger qui parcourait ces rives Prit plaisir aux accords de vos stances plaintives.
Je veux voir si ces lieux déserts Ont gardé de lui quelque trace;
Car ilaio)a, souflVil, clianta comme le Tasse,
Dont tu viens de chanter les vers...
Lido, triste rivage! o mer, plus triste encore,
Qui frémissais d amour, quand les (lots empressés Seiilr'ouvraicnl jiourranncau tombant du Buccntaiire: Des fêtes de Saint-Marc les beaux jours sont passés!
Hiallo n'entend plus le chant des barcarules :
Adieu la soie et l’or molleinent enlacés.
Qui tombaient en festons sur le fer des gondoles ; Des fêles de Saint-Marc les beaux jours sont passés!
En vain du marronnier les (leurs et le feudlage Parent de la Brciita les palais délaissés,
La gloii-e cl les amours n’y cherchent plus roiuhrage : Des fêtes de Saint-51arc les beaux jours sont passés!
Que lie fois dans sa rêverie,
Sur ce Imrd dont l'écho réjicle encor son nom ,
Alors qu'il errait sans patrie,
Ges souvenirs de deuil ont jmursuivi Byroii! Souvenirs où son cœur, abreuvé (raincrlunic , Trouvait dans ses ennuis de douloureux appas,
Tandis que le coursier, qu'il blanchissait d'écume, Faisait jaillir le sable où s’imprimait ses pas.
O ciel! la voilà donc, cette beauté si fière Qu'adoraieiil, en tremblant, les peuples asservis,
Le jour qu’un empereur, dans scs sacrés parvis Sous les pieds d'un pontife a baisé la poussière !
Des siècles, pour grandir ; {>our mourir, des instants 1 Tels furent ses destins; sa longue décadence D'une lutte sans 6n n’a point lassé le temps :
Un peuple a tout perdu s’il perd l'indépendance.
C’est en vain que Venise a revu ces coursiers Attelés si longtemps au char de notre gloire,
Qui s’csi enfin rompu sous le poids des lauriers,
Use par trente ans de victoire.
! Le lion dans les fers en vain menace encor;
Il ne secouera plus sa crinière sanglante,
I Et ses ailes d’airain ne prendront plus l’essor j Pour suspendre au retour, sous la coupole d’or,
Les drapeaux conquis àLépanlc.
Won , V'enise n'est pins : ses tranquilles tyrans Marchent, la tête haute, entre les deux géants Qui virent de ses chefs le courroux tutélaire Frapper les cheveux blancs qu’elle avait révérés, Quand la hache des lois, de degrés en degrés ,
Fit bondir d’un tyran la tête octogénaire.
Ou sont donc ces héros ! où sont-ils ? -Sous la main , Qui louche leurs froides reliques.
Où sont-ils?- Chcrche-les, au seuil de res portiques, Ihuis riminohililé d’un simulacre vain,
! Dans ces marbres debout surdeslomlieaux gothiques...
I Ses héros aujourd’hui sont de marbre cl d’airain.
l^ROMENAWK AU LIÜÜ.
Que dis-je? de leurs yeux leclair encor sVlancc ;
Us rospirciil encor sur ces murs où Paloia,
Où du lier Tinlorel la main les anima.
Le pinceau du Bassan fait parler leur silence.
Vous vivez, lx)réüan , IkMiilK), Conlarini,
Vous vivez sur la toile, où le Croissant puni Livre scs crins captifs ù vos pieux courages;
Vous ne pouvez mourir... les morts sont vos entants, Les morts sont les guerriers qui |)oupleiit ces rivages, Et passent devant vos images San.s s’alîmncliir de leurs tyrans.
Père de tous les biens , l'aDioiir de la patrie l'ondc seul la grandeur d'un pcmple à son l>crccau;
Il fit régner Venise, et Venise flétrie,
Le jour qu'il expira, dut le suivre au tombeau.
Sa grandeur sVconla comme le flot qui roule.
Sans laisser ù mes pieds de trace sur ce l»ord.
Us dorment, scs vengeurs, comme le flot qui dort Dans scs canaux déserts où le marbre s'écroule...
\jis Grecs aussi dormaient ; ils sc sont nivcülés!
Ils ont levé leurs bras si longtemps immobiles.
Leurs glaives, si longlcnq)S rouilles.
Brillent du même éclat qu'au jour des Tltermopy les. Fiers, quand ils ont péri, d’un trépas glorieux ,
Les Grecs, le front levé, regardent leurs aïeux;
Et tout couverts d'un sang qui lave tant d’injures, Quand ils nionlreut du doigt leurs corps percés tic Lcüuidas recule en complanl leui'S blessures ,[ coups, Et Tliéinistocle eu est jaloux.
La république est opprimée;
Et vous aussi, réveillc»-vous,
Guerriers, dont la main désarmée I.,anguit sans force et sans courroux f Fils de saint >!arc , réveillez-vous ;
Qu'un peuple devienne une année.
Saint Marc! Gloire cl saint Marc!... A ce cri répété Le lion a rugi, du beffroi qui résonne L'airain pieux s'est agité :
Gourez, obéissez au signa! qu'il vous tioiiiie;
I Frappez, il vous appelle, il sonne I l^s vêpres de la liberté!
! « Désarmés! »diies-vous?...Vostyransontdcsarmcs:
I Osez les leur ravir. Forcez vos arsenaux ,
Ucprenezccs poignards, ces glaives, ces dra(>caux.
Que /ara , que Byzance arrosa de ses larmes.
Reprenez-les pour conquérir ■ Ces lois, de tout grand peuple uniques souveraines ! Rcprcncz-lcs pour secourir
El pour imiter les Hellènes! I
Ucpreiiez-les pour vaincre;... et fût-ce pour mourir, f Us seront moins lourds que vos chaînes.
Vainqueurs, sauvez lcsGrccs!...Votis manquez de vais- I Venise traîne encor son linceul en lainlH;au\ : [seaux!
I Coniinc une voile immense, ch hicii, ([ii'il se dépltnc .Vu faite de scs tours qui nagent sur les eaux , i A scs flèclies de marbre, aux pointes des créneaux Où volent CCS oiseaux de proie !
Venise avec scs tours cl scs palais mouvants,
Ses temples que la mer balance ,
Va flotter, va voguer, conduite par les venu.
Aux bords où pour les Grecs le passé rceoinincuce.
, l'arlcz! cl puisse-t-elle, aux flots s'ukmdoniiant , |
I Redeurir près d'Atbène a sa splendeur l'ciuluc, I
El recouvrer en la donnant La liberté quelle a perdue !
I Tais-loi, musc , tais-lol ! le sommeil de la mort Pèse encor sur oc peuple cl ferme son oreille.
En voulant réveiller cet esclave qui dort,
Oains pour toi l'oppresseur qui veille.
Dans CCS murs, où souvent un seul mol répété A provoqué des Dix la rigueur ténébreuse,
La tyrannie est ombrageuse Comme autrefois la Ulicrtê.
I Gondolier, je reviens; en femlanl les lagunes, i Rends à ton noir esquif son doux balancemeiil,
I Kl chante-moi les infortunes j De Clorinde cl de son amant.