‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 451 sur 669 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

NE.MOUUS, COITIER. |

COITtEB. I

Kulrez : j'avais besoin iré|»ancbtT ma iciulrcssc ; Quentin sur sa poilrinc un vieil ami vous presse! | Nsiuias. I

Bon Cotlicr ! 1

COITIER. }

|)c trois tils lui seul est donc resté ; î

Lui, Icnfani de nioii ca*ur, (|u au licreeau j'ai porté. Que mes bras ont revu des flancs qui l’oni fait nailrc ! : Oui, voilà bien les traits, le regard de iitoit maître î

NEMOI RS.

Je lui ressemble en tout. (Voilier, j'aurai sou sort.

CUITIRR.

l’ar le ciel lu vivras!... Eseusez ce transport :

D’un ancien serviteur j’ai râiiie cl le langage, Monseigneur.

TtEMoi R.^, lui aerraut la main.

Digne ami!

CÜITIER. '

Ke perdez pas courage.

NEMUt RS, promciunl »c« regard» aitUnir de lui.

Des verrous, des barreaus:, encore une prison!

COlTiER.

O'esl la cltambre du roi.

Lui montrant un |>oigiurd.

t’ne arme qu’il veut voir et qu’il n'osc loticlier; Des rideaux où la peur vient encor le cberclicr. Sous leurs plis redoublés en vain il se relire ;

Le remords Ty poursuit ; un bras hideux les lire, S'applique sursoit coeur, et ce lit douloureux, iNeiiiours, est le vengeur de bien des malbcurcux. 11 doit vous voir ici.

XEVülRS.

Qu’enicnds-jc?

CUITIER.

Il nous y rejoindra.

Avant une heure.

^Exoïas.

Comment, seul?

CUITIEE.

Que je ineiire.

S’il ii'amèiic avec lui, |>our veiller sur scs jours,

La meule d'Kcossais qu’on laisse il lient toujuuii»!

Il pouvait cependant s’épargner les ularnies;

Tristan n’élait pas liumtiie à vous laisser des amies. Comme il siiivait.de l’œil vus moindres mouvements. Quand ses doilgs exercés toiichaiciil vos vêlements! Comme il lisait du roi l'ordre et la signature !

II est geôlier dans l'ànic et bourreau par nature.

L’iiifàme!

NEXOl RS.

COITIER.

Quel courroux dans son regard allier.

Lorsqu'il vit avec moi sortir son prisonnier!

Sa ligure a pâli, par la rage altérée.

Un eiU dit un limier, les yeux sur la curée. Quand un piqueur du roi, le coutelas on main. Vient ravir sous scs dents un lambeau du fesiin.

XEllIlRH.

Quoi ! ce triste donjon !

COITIER.

Voyez : un crucilix, un missel, des reliques, Qu’ont usés dans scs mains scs baisers frénclii|iics;

I XEROCR?!.

Me voir, moi, dans cc lieu!

COITIER.

I C’est celui qu'il prélërc

; Pour |K*u qu’un enlrelicii exige du mystère.

LOUIS M. — ACTE IV

Voire prison d’ailleurs ne l'aurait pas U'Ulê.

Le frisson dt^vuranl dont il est agité S'accoimiiodiTaii mal de riiorreiir qu’elle inspire El des froides vapeurs qu'un malade y respire.

nivocfts.

Que me veul-il?

COiTIER.

Avant de vous le <léclarer.

C’est moi qu’il a choisi pour vous y préparer.

«(EROtKS.

Mais qui m’a pu trahir? !’a-l-il dit?

COlTlER.

Je l’ignore.

Commine est iiinocciil : sa disgrâce riionore.

Le maître, à son retour, ne l’a pas ménagé:

Vrai Dieu, quelle fureur!

nEXniRS, vivement.

Sur lui s’esl-il vengé?

COITIER.

En paroles; la paii sera facile à faire :

On est bientôt absous quand on c.st nécessaire. Soyez-lc donc.

:<EROlRS.

Qui, moi!

COITIER.

Vous le remirez clémciii :

S'il condamne sans peine, il pardonne aisément.

REXUl K».

Lui!

COiTIER.

La douleur dit vrai ; je dois donc le coimaUre. Peu d'Iionuncs sont luécliaiits pour le plaisir de lelre; Pas un, huriuis Trisum; riiiléréi ici-bas,

Kl non rinslincl du mal, liait les grands scélérats. Instruit de votre sort, j'ai couru vous défendre. D'abord votre ennemi ne voulait pas m’entendre; Mais la douleur l’abat, et j'en ai profilé;

Car vous étiez [lerdu, s'il se fût bien jiorié.

J'ai l'art d’apprivoiser son humeur irascible ; Nentours , j'ai mis le doigt sur la libre sensible :

La Bourgogne est son rêve ; il la veut en vieillard ; Désir de moribond irudmel point de retard.

J'ai dit que vous ^muyiez bâter celte conquête.

Vous, Coilier!

COITIER.

Médecin, je n'agis (|u'â nu léle.

Le peuple croit en vous; cher à ses magistrats,

Vous avez leur estime et l’amour des soldats;

Vos amis dans leurs mains tiennent les forteresses : Vous pouvez donc beaucoup par l'or ou les promesses,

I Soit |wur gagner les cœurs aux Etats assoiiiblés,

[ Soit au pied d'un cliâleau pour en avoir les clés. Agissez; ccsl un mal, j’y répugne moi-méme ;

Mais l'cxlréme péril veut un remède extrême.

Vous vivez, en un mol, si vous obéissez.

Sinon, vous êtes mort; j’ai tout dit : choisissez.

REXOl'RH.

Moi, de mon prolccieur dé|>ouiller rbérilièrc.

Pour qui ? pour le bourreau de ma famille ctuicrc !

COITIER.

Nemours, mon noble maître, accepte par pitié!

I Si c’est un tort, ch bien ! j’en prendrai la moitié, Comme autrefois ma part dans celte coupc amèro ' Que je l’ai vu , mourant, refuser de la mère.

Ta bouche, après la mienne, osa s'cii approcher ;

La vie était au fond et lu vins l’y chercher.

Nemours, je le sauvai : que je le sauve encore!

(a: sont les droits, les jours, l.a grâce que j’implore,

I Moi, ton vieux serviteur, moi qui venaisjadis .Mc penclier sur ta couche en le nommant mon fils ! Oui, mon fils, oui, c’est moi qui demande la grâce,

La mienne, cl je l’aUends à tes pieds que j’oinhrasse. REX4)niS.

Jamais : plutôt mourir!

CUITIER.

Tu le veu.\?

RESOl kS.

Je le doi.

COITIER, qui VA ou%Tir la Un M>n ai>partciucnl.

Itegarilc : cc cadiol, c’est iiiuii asilo à moi ;

Mais tout l'or que prodigue un tyran (|iii siiccomlie M'eiH-il à son cadavre attaché dans sa loiuhc?

Mon, si pour m'y résoudre il ne m'eût assuré l.e droit qu'il avait seul d'en sortir à son gré.

Mon malade céda ; mes soins, c'était sa vie.

Tiens, rcçois-la de moi cette clé qu'on m'envie ; Quand j'obtins cc trésor, il me sembla moins dous. Celait ma lit)crlc ; c'est la tienne.

SESOl BS.

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