SCÈNE VI
CLOCESTEU, BECKI.NGHAM.
BlCklRGUAV.
Salut au protecteur!
CLOCE.STEr.
C'est donc fait?
BrCKIVGRAV.
Et mon zèle
N’a pas permis qu’un autre apportât la nouvelle.
Au palais, d’où je viens, je n’ai pas attendu :
Vous étiez cliezla reine, et je m’y suis rendu.
GLOCBSTER.
Gloire à toi , Buikingham! tu me combles de joie; Cousin, pour réussir, il sulDt qu'on t'emploie.
On t'a bien accueilli ?
BICKINGHAII.
Mieux que je ne pensais.
Tout ce qui n'est pas nous me dégoûte à l’excès.
Mon horreur pour le peuple est chose assez notoire : El vous voyez d’ici mon illustre auditoire :
Le lord-maire d’abord, enilé d’un tel orgueil Qu'à peine il tenait dans son large fauteuil ;
Des graves aldermaiis la majesté robuste.
Et ce que la cité contient de plus auguste Eu figure de banque , avec leur front plissé ,
I Où l'on voit que la veille un total a passé;
Leur bourbe, où vient errer, dans sa béalitude,
O sourire engageant dont ils ont riiabitude. Aus.si,j'ai laissé là l'urbanité des cours.
I l'ne odeur de comptoir parfumait mon discours, j Le senliinoiil banal qui boursouflait mes phrases I Jetait ces braves gens dans de telles extases,
I Qu'endüiileurdelouliqtie on n’ajamais vu mieux [yeux. I Que les gros pleurs luiurgeois qui tombaient de leurs Enfin je inc suis fait plus marchand, plus vulgaire I Que tous les aldcnnans, la cité , le lord-maire,
; El j’ai tant descendu dans le émirs de.s débats.
Qu’il fallait bien , milord, nous rencontrer en bas ;
I Tout le monde était |>ei]plc. Ils ont signé ce titre Qui vous rend de l’Etal le souverain arbitre;
I Vous êtes protecteur du royaume cl du roi.
I Ils ont crié |K)ur vous; ils ont cric pour moi ;
I Je ne .sais plus pour qui leur poitrine s'exerce; j Mais je suis confondu despouiuuiisdu couuiierrc.
RtnCLSTEB.
j Ce pas peut mener loin.
I DCCklNGHAM.
I De ce que j’enlrepri.s
I Le comté d’IIereford devait être le prix.
’ Milord s'en souvieiil-il?
I GLOCESTtR.
I D'accord : si ma puissance
Est (|ue1quc jour égale à ma rcconnaissam e .
Je ferai plus pour loi. Que dit-on de Hivers?
BtCklXGUAM.
* Cet acte est le sujet de mille bruits divers :
Mais vous ne craignez pas du moins qu'on le délivre. GI.OCESTEB , lui inonlranl l'appjrt«mrnt Uc la reine.
Sois prudent. Celle nuit U a cessé île vivre?
BICklNGHAM.
^ Ainsi le commandaient vos ordres absolus.
liLOC ESTER.
. Dors en paix , bon Hivers ; nous ne l'en voulons plus : N’esl-ce pas, Buckingham?
BICKIXGHAX.
Pour lui j’étais sans haine.
I Gcnllllâlrc adoré sur son petit domaine,
I Que ne SC livrait-il au bonheur campagnard : IPessoufller ses limiers, de traquer un renard, t De trancher du seigneur dans sa fauconnerie,
I Sans faire avec son nom tache sur la pairie ?
I Je respecte sa soeur ; elle est mère du roi ,
I El ce titre toujours sera sacré pour moi, i Mais CCS (iray, CCS Hivers, son étemel cortège : De parents, de cousins, pctits-coiislns... que sais-je?
LIiS KNFANTS D’ÉDOUARD. — ACTK 1.
Je no Buis pas forcé (l'honoror tout cela ;
La COUP csi une .aubci^c où passent ces gens-là : Fussenl-ils de nioriiiitie aiïublés au passage,
Ils viennent, on sVn moque, ils partent, Ih)ii voyage L'infortune J’IIastings doit seule niaflligcr;
Celait, quoi qu’il eût fait, du sang à ménager.
Du sang comme le nôtre.
I GLOCBSTBB.
Je pui.s avoir mal vu; mais toi qui vols si bien ,
Tu crois que le conseil ne t'a déguisé rien?
B1 CkCtUBAH.
Ils portent, ces l)Ourgcois, leur cœur sur leur visage.
I GLÛCtSTCa.
j Ils m ont fait protecteur, s'ils voulaient davantage?...
GiocESTBt. ;
Il avait des scrupules
Dont sa lin guérira queb|ucs esprits crédules.
Le jour, où quand je marebeon me laisse en ebemin, Le jour (>our mon ami n a pas de lendemain.
Quant à l'autre, en tout temps il fut mon adversaire: ' L'ordre de rarrêier devenant nécessaire.
Je l'ai rendu publie, on l'a crié partout : !
Le |>euplo doit savoir, cousin , que j'ose tout. j
Mais sa mort, cachons-la ; lady Gray , que j'cnmièno, | Ferait en l'apprenant de la vertu romaine.
Voudrait garder scs fds, et, pour répondre d eux ,
Il est bon qu'à la tour je les tienne tous deux. j
Alors...
OtT.klXGlUV.
Que ferez-vous? '
CJIOCESTER.
Ami, riiomme propose...
Tu sais le vieil adage? i
BlCklITGaAll. >
Fnlin? I
GLOCBSTER. |
Kt Dieu dispose.
Mais dans ce long discours , où lu t’es surpasst-.
Du bruit qui se répand tu n'as donc rien glissé? |
BtckrvGHAX. ;
Quel bruit ?
BICKISGHXX.
Quoi donc?
GLOCESTEB.
M'avoir...
BCCKIRGHCV.
Parlez.
GLOCESTEB.
Tu dois m'entendre.
BCCEnCHXl.
Non.
GLOCESTEE.
Toujours pour protecteur, mais sous un autre nom.
DCCEnCHAX.
Celui de roi?
GLOCESTEB.
Je crains qu'ils n'en aient la pensée.
DlICklSGOAX.
Ils ne l'ont pas.
GLOCESTEB.
.Mors j’aurai la main forets.
nrckixcuAX.
Erreur!
GLOCLSTEB.
Si le conseil abuse de scs droits , Que faire, Buckingbam?
GLOCESTEB.
Sur les enfants , sur leurs droits , leur naissance.
BlCklVGliAX.
A quoi bon démentir un bruit sans consistance?
GLOCESTEB.
On le répt'ie au moins , puisqu'elle a tout appris.
DCCklVGIlAX.
Refuser.
G.OCB.STEB.
Ab! lu crois?
BlCklSGHAB.
Oui, refuser, milord.
La reine?
BlCklSGBAE.
GLOCESTEB.
Lady Gray; d’abord c'éiaicnt des cris; El puis, par un retour qui m'étonna moi-iiiéme , (Ui fut, pour s excuser, un end>arras exiréuic.
Oui, là, coimiic un remords, enlinjc ne s;us qiim De quelqu un qui se trouble cl ii’esl pas sur de soi. Bi'ekiXGiivx.
De sa confusion n'abusez pas contre elle ;
La reine est des vertus le plus parfait mudèle.
GLOCESTEB.
Parle plus bas.
BlCklVGHXX.
De grâce !
Quand vous accepteriez, comment vous faire place? Sur les fds d'Edouard un faux bruit débile .Ne saurait prévaloir contre la vérité.
I II faudra donc s’armer d’un liieii triste courage,
El fr.ip|»erdes «leux mains pour s'ouvrir un passage. J’accepte : ce seul mol reniéniie leur trépas;
Et ce mol plein «le sang, vous ne le direz pas.