‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 52 sur 669 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

PurM

Passatil , que ion front se découvre :

Là , plus d*un brave est eiidoruiî.

Des fleurs pour le martyr du Louvre !

Un peu de pain pour son ami !

C était le jour de la bataille :

Il s'élança sous la mitraille;

Son chien suivit.

Le plomb tous deux vint les atteindre; Est-ce le maître qu'il faut plaindre?

Le chien survit.

Morne, vers le brave il se penche, L'appelle, et, de sa tête blanche Le caressant,

Sur le corps de son frère d’armc,s Laisse couler scs grosses larmes Avec son sang.

Des morts voici le char qui roule ; l/C chien , res|>ec(é par la foule ,

A pris son rang.

L'œil .abattu, l'oreille basse.

En tète du convoi qui passe,

Comme un parent.

.\u lK>rd de la fosse avec ^tciiie ,

Blessé de juillet, il se traîne Tout en boitant;

Et la gloire y jette son maître,

Sans le nommer, sans le connaîirc ; Ils étaient tant!

Ciardicii du tertre funéraire ,

.Nui plaisir ne le {leul distraire De son ennui ;

î Et fuyant la main qui l'attire.

Avec tristesse il semble dire :

< Ce n'est pas lui. >

Quand sur ces toufles d'immortelles Brillent d'bumidcs étincelles Au point du jour,

Son œil se ranmic, il se dresse.

Pour que son maître le caresse A son retour.

1 Au vent des nuits, quand la couronne Sur la croix du tomt)cau frissonne , Perdant l'espoir,

11 veut que son maître l'ctilciidc ;

• 11 gronde, il pleure, et lui demau Je

! L’adieu du soir.

Si la neige, avec violence,

De scs flocons couvre en silence Le lit de mort,

11 pousse un cri lugubre et tendre Et s'y couche pour le défendre Des vents du nord.

Avant de fermer la paupière ,

11 fait, pour relever la pierre.

Un vain eflbrl.

Puis il se dit comme la veille :

4 11 m'appellera s'il s'éveille. »

Puis il s'endort.

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