‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 54 sur 669 · DISCOURS D’OUVERTURE DU SECOND THÉÂTRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DISCOURS D’OUVERTURE DU SECOND THÉÂTRE FRANÇAIS

Notre orcbcsire... ou celui du TliéAtre-Franvais,

Kl nous eût épargne les sinistres augures

Qu’ont rendus contre nous les cent voix des brocliiires.

Deux tlwûtrcs! dit-on ; mais le seul existant ,

Faute d'appuis nouveaux, ne marche quVn boitant. KIi ! messieurs, partagée le champ le plus stérile :

Un seul le négligeait , deux le rendront fertile.

Les talents sont les fruits do la rivalité :

Souvent un fils unique est un enfant g:Ué.

Que n'a-t-il pas proiluit ce siècle de miracles,

Où le Pinde français a rendu ses oracles?

Mais, illustrés par lui, deux théâtres rivaux Luttaient dans la carrière ouverte à scs travaux.

De Uacine au combat l'un suivait la bannière ,

L'autre avait arboré l'étendard de .Molière ;

Kl l’auteur immortel du Cni et du Menteur Versait sur les deux camps son éclat créateur.

Du zèle et des succès le public tributaire l*ortait de l'un à l’autre un appui volontaire;

Et , fidèle au talent qui cliarmaitson loisir, N'embrassait de parti que celui du plaisir.

Quand l'astre de Ferney n'éclaira plus la scène ,

Il laissa dans la nuit Tbalie et Mcipomène;

Mais la rivalité , divisant leurs sujets,

Du jour qui n'était plus nous rendit les reflets.

Fabre prêtait alors à la musc comique La mordante âpreté de sa verve caustique;

Sur les }>as de Chénier, Legouvé prit l'essor;

Cet aimable Collin que Paris pleure encor ,

Par l'abandon naïf de sa facile reine,

Mérita le surnom qu'ennoblit I^ Fontaine;

Ducisnous attendrit pour d'illustres mallieurs! Ducis, dont l'art sublime éveillait nos terreurs. Inspiré par Shakspear qu'il imitait en maître ,

Kgala Crébillon , le surpassa |>eut-élre.

(>aln , aux spectateurs , retraçait sur ces bords L'horreur du premier crime et des premiers remords; Tout près du Luxeml)Ourg, le vieux célibataire.

Sous les traits de Molé, captivait le parterre ;

De Marius aux fers la sombre majesté Désarmait d'un regard le Cimbre épouvanté ; Cependant qu'Oiliello, Polynice et son père,

Fénelon et Boulcn , etMacl)elh cl Fougère,

Du bruit toujours croissant de leurs brillants destins , Fatiguaient les échos des bonis uliraponlains.

Quelque splendeur alors couronna nos poètes;

Mais n’onl-ils pas trouvé de dignes interprètes? Contai , Gaumont, Uancourt , Sainval et Dugazon ,

' Laissaient-ils au besoin les enfants d'Apollon?

* Fleuri , dont ce théâtre a gardé la mémoire ,

Survit â nos plaisirs sans survivre à sa gloire.

; Saint-Prix, digne héritier du sceptre de Brizanl ,

A des collatéraux vient de léguer son art ;

Mais Paris se console en écoulant Oreste,

' El rit de deux jours l'un : Célimène lui reste.

, Si la rivalité fut féconde en succès ,

Pourquoi désespérer de ses nouveaux essais?

Un moment chaque soir ce combat dramatique Ne peut-il dérider la sombre politique?

, .Animant de la voix deux empires jumeaux ,

I La grave déhé qui préside aux journaux ' Ne peut-elle au budget dérober une page,

. Pour peser les destins de Rome cl de Carthage?

I Plus d'un guerrier captif, et longtemps sanscs|>o<r, I S'apprête â secouer la poudre d'un tiroir;

I Plus d’un prince indécis entre les deux frontières ,

I N’attend que nos succès pour franchir nos I>arrièrc>. i Venez, tristes héros, nos bras vous sont ouverts;

! Affrontez parmi nous des flots souvent amers.

I Le Permesse à la fin est pour vous navigalde ,

I El vous n'attendrez plus comme une ombre insoivahh I Qui, suppliant C^ron de la prendre au rabai.s,

I Errait au bord du Styx sans le passer jamais.

! Notre esquif lève l'ancre et va braver l'orage;

I Mais c'est peu d'un esquif, il faut un équipage.

Que le nôtre à former nous a coûté d'efforts !

I Nous avons parcouru la province et ses ports ,

I Dépeuplé la Rclgiquc, cl du Conservatoire I Appelé dans nos rangs et rélite cl la gloire.

’ Si nous vous présenlon.s quelques heureux talents,

, Pardonnez des écarts à leurs nobles élans.

; Faut-il rejeter l'or pour un peu d'alliage?

I Que son éclat plus pur devienne votre ouvrage. Songez qu'avec le temps le bien se change en iiiiciix. Que le plus beau talent ne prend que sous vos yeux C.e goût, celle nature élégante et fidèle,

Ce I>un ton dont Moncade emporta le modèle;

' Que le Garrick français s'éleva par degré I Aux célestes transports de Joad inspire ;

, Qu'enfin d'uo geste vrai la muette éloquence ! Ksi fille d'Apollon... et de la Patience.

; C/C propos me rappelle un conte d'autrefois;

, Veuillez l'entendre : Ésope en faisait même aux rois, , Les rois, vous le savez, sont des dieux sur la tern'. ; I j ce qu'on dit aux dieux peut se diix‘ au parterre.

< Dans un pays que je ne nomme point ,

Pays des arts, du goût , de rélégauce.

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