‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 546 sur 669 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

DON QUEXADA.

Asseyons-nous, car je suis las. Il est Imn de m’assurer que je n'ai perdu aucun de mes pa|iicrs en roule.

(Il ouvre un portefeuille et en lire quelques lellres qu*U parcourt.) Ah! le billel de Sa Majesté don Philippe, qui refuse de luc recevoir îi Madrid, et m'enjoint de repartir sur-le-champ pour Villa-Garcia de Campos où , grâce au ciel, me voici de retour. (ii remet le papier et en prend un autre.) i Derniers coiiseils d'Igiiace de

> Loyola â son ami don Quesada, ancien conseiller » intime de l'empereur Charles-Quint... >

C'est la lettre que ce saint homme m'écrivit quelques jours avant sa mort. Aurait-on jamais pensé, quand il commamlait celle compagnie de miquelels au siège de Pampelune, qu'il serait un jour à la tête d'une compagnie... toute dilTérente, et qui promet de devenir une ai^née, si elle continue à se recruter du même train qu'anjourd'hui? Oui, cest bien cela: ciccllente Ictirc! je ne puis me lasser de la relire :

I 11 nous est venu un scrupule, mon très-clier frère,

> louchant un fils naturel de l'empereur Charles- » Quint, le jeune don Juan , né à llatisbonne, le

» fé>Ticr \ qui vous a été confié dès l'âge le plus » tendre, et qui passe pour vous appartenir. Dans le I cas trop probable, me dites-vous, où mon élève ne I serait pas reconnu par le roi Philippe 11, son frère, I malgré la promesse que celui-ci en a faite devant » moi à l’empereur Churics-Quint, aujourd'hui moine I au couvent de Sainl-Jusl, dois-je ou non publier la I vérité? Dislinguon$,je vous prie, disliiiguoiis... i Lors(|u'ii faisait sa sixième, à trente-cinq ans, au collège de Moniaigii, c'était déjà un écolier remarquable pour les cas de conscience : il distinguait toujours.

< Si don Juan ne tenait à rien dans le monde, ou I tenait à peu de chose , je vous dirais : Parlez, c'est » sans inconvénient; mais il s'agit du secret de deux » tètes couronnées, et l'on ne peut pas révéler les » fautes des grands, sans qu'il y ail scandale pour les

> petits. Considérez, en outre, que vous courez vous- » même un danger très-grave. J'aurais donc un biais

> à vous proposer , afin d'accommoder vos devoirs

> avec votre intérêt: ce serait de constater la nais-

> sauce de voire élève par un acte, qu'il pourrait faire » valoir un jour à scs risques et périls, mesure qui I vous offrirait le double avantage d'étre tranquille i de votre vivant, et courageux après votre mort. »

I Je l'ai fait, cet acte; il est ici.

[ < Autre scrupule rcl.ilivcnicnl à la mère du jeune

f » honuiie ! Je vois que vous ne savez pas trop à qui • » faire honneur de celte naissance, et que vous flottez . » entre une royale princesse de Hongrie , une irès-

> noble marquise de Naples , et une boulangère toute * charmante de Ratisbonne. Bien qu'il fût naturel , » mon Irès-clicr frère , de désigner lu bourgeoise, par

> cliarité pour les deux nobles dames, j'approuve votre I * scrupule ; mais alors il vous resterait à prendre un

> biais non moins accommodant que le prcmicr:ce sc- » rail de laisser en blanc le nom de la mère. >

Il est étonnant pour ces biais qui arrangent tout. J'ai suivi son conseil, vu l'extrême difficulté de deviner juste entre tant de faiblesses impériales. Au fait, du cùlé maternel il y a confusion, il y a foule; c'est ordinairement tout le contraire.

Post-scriptum :

4 Je vous dtsais dans ma dernière lettre que je ira-

> vaillais d'un grand courage à la conversion de toutes ) I les femmes égaréesdes l'Uals romains; vous appreii-

I drez avec plaisir qu’elles me donnent infiniment de » satisfaction. >

Homme cliarilable! J'ensuis bien aise, (acmeiuni la lettre Jana le iwrlefeunic qu'il n’fcmic.) Jc crols que tout est tranquille dans la chambre de mon élève : il dort , et je vais en faire autant.

SCÈÎSE 111.

DOMINGO, GINfc.S, DON JUAN,

: p«ù UAPIIAEL.

I lK>ai:4GO, A vola batae.

[ Venez, venez, seigneur don Juan, il est passé chez lui.

1 DOV JCAÎT.

I I^ar tous les démons de l'enfer ! puisqu'il est de rc- I tour, j'arrive trop tard.

I uivts.

I Trop tard.

I UOXIVÜO.

Il jure comme un mécréant.

t IK)V JI A.V.

I Comme un dévot, mon pieux ami; vous ne vous gênez guère, vous autres, sur les sept péchés capitaux.

' Dounco.

Mais nous nous repentons; si les dévots ne péchaient pas, il y aurait une vertu de moins sur la ! terre.

1)ÜN JUAN D’AUTRICHE. - ACTE I

bOTi iVAn.

TaiS’toi, serpent. (Counut a la porte de U ebambre.) HU'

pliaël, HaphatO^cesl moi.

KAI'U AEL, ouvrant ta porte.

Arrive* tlonc, Kxccllcnce! sans une ruse île giicmr ta place était prise. Nous avons parlemente à travers la porte, et je ne inc suis tiré traflaire qu’en me donnant |H)ur vous, cl en dis:ml que je priais. Mais, jour de Dieu ! la supercherie répugne ù un vieux soldat.

VOX JLAfl.

Que ne rc.sscmhle$-lu à Domingo! c'est un métier qui ne lui coiUe pas, et qui lui rap}M)rle. (Tirant *a bourur.) Ticiis, Uinês, prends pour tu discrétion ; cl loi, Domingo, pour les mensonges. Ilunnéies rri|)ons, vous vous laites payer de deux côtés vus bons cl loyaux services.

Que voulez-vous, Kxcüllence ? llieu nous a donné deux mains, cl nous nous en servons pour votre bien.

GI.AÉS.

Pour notre bien.

iM»x

Ccsl la première fois qu’il ail changé quelque chose en répétant. Allons, sortez, (secouant »a iK»ur»e vide.) Voilà cependant où s’en va tout rargenl que la charité de iiiuii Itère me donne pour le rachat îles captils.

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