SCÈNE IV
lUl'Il.VKL, l)ü^ Jl'A.Y
RAPHAËL
Don Quexada peut se vanter d'ètre bien servi, et votre vSaliil C4>( eu liotmes mains; mais, mon cher enfant, car je ne puis m’em|>éeiier de vous nommer ainsi, moi qui vous ai vu si jeune, vous m'aviez promis de rentrer plus tôt.
DON JI AX
Kh ! comment trouver la force de me si‘parcr d’elle? Uc qui m'étonne, moi , ce n'est pas de l'avoir quittée si tard, mais c'est d'autir pu In quitter, et si lu ne me comprends pas, vicnx Uapiiaêl, Unit pis pour loi, c'est ipie lu n 'as jamais aimé.
RAPHALL.
Purdun, seigneur don Juan, j'ai .aimé.
DON JIAV.
\ la façon .
RU'UAEL.
S'il y en a deux, c'éiatl la Ixmiie; mais je ne me
I souviens pas que l’amour m'ait fait manquer un tour de garde, |>as même après la bataille de Pavic, quand nous faisions rafle sur les Milanaises; et cependant, je vous jure qu'à notre départ, les innocentes filles de ce pays-là ne pouvaient pas dire coiimic notre royal prisonnier: Tout est perdu, lors i'hoimeur!
DOA JUAX.
^ Ail! lu cites le mol d'un buimue dont je ralTole, moins encore pour scs qualités que (>our scs défauts. , 11 aimait , celuMà!
lAPUACI..
Klü se battait connue un Uoii,capodi Dio!
I DOR JCAII.
Tu te souviens de Ion italien.
I BAPHAEI..
I Je sais jurer dans toutes les laiq;ucs; c'est une I grande ressource à l’étranger.
\ bu^ iUAR.
I Kl lu ne l’cn acquittes pus avec moins d’énci^ic dans la langue inalcriiellc : témoin le jour où le voile \ de doua Florinde vint à s'écarter )K)'ur la première fois à la promenade, et nous découvrit le plus adorable visage ilonl puisse s'enorgueillir une beauté d'Andalousie.
RAPHAËL
Mort de ma vie! je vous avais bien dit qu'elle en était. Ces Andalouses ont des yeux qui vous |)Orcent I de part en part.
J UOR JCAR.
Les siens, Uaphaél, ils vous pénètrent jusqu'au fond de l'àmc; ils vous enivrent; ils vous rendruieiil fou d'atiioiir et de volupté.
RAPHAËL
.Mlez, allez! j’en disais autant à votre Age; mais où vous mènera cette belle intrigue?
I DOX JIAR.
Une intrigue! lu oses nommer une intrigue l'a- , inoiir le plus ardent, niais aussi le plus pur qui ait ' fait battre ic cœur d'un Espagnol. Quelle autre preuve veux-Ui de celle passion que le rôle même où sa violence m’a fait descendre? (irois-tu que l'hypocrisie répugne moins à la fierté d'un (ils de bonne maison qu'à la franchise d'un vieux soldat? Cc)>cndanl, |>our tromper U vigilance de mou |>èrc, j'ai cédé aux luauvais conseil de ce Domingo.
RIPHAEL.
^ Parlez-moi d’un saint pour vous mener à mal !
DOS Jl'AR.
I J'ai acheté les scrupules de sa conscience et ledévmicinenl imbécile de («inès ; je me suis nfluhlé des
ms Jl’AN D’AUTRICHE. — ACTE I.
deliois d'une vocation que je n'ai pas; j’ai caché sous tout cct attirail iii}S(ique dont j'ai horreur...
SAPHAti..
Vos courses nocturnes, la guitare à lu main.
DOR Jl'AT
Mes promenades solitaires sous sa jalousie.
kAPUAKL.
Vos éieniellcs stations au pied du grand pilier do l'église...
il'AS.
Où je lui présentais l'eau bénite. Mais conviens que jamais plus jolis doigts de reiiimc n'ont Alé leurs gants pour toucher ceu\...
HAPUACI.
D'un cavalier plus parfait.
DOV JCAV,
Plus amoureux, mon vieil ami, plus amoureux! Aussi tant de constance l'a touchée ; a son retour de Madrid, où dans mon déseS|H)ir j’ai failli la suivre elle n'a pu refuser de iiradmeitrc chc7. elle. Plus je l'ai vue et plus j'ai senti que je ne pouvais me passer de la voir. Ah! Uaphaél, c'est qu'elle est unique dans le monde : soit qu'elle parle ou qu'elle se taise, clic a une manière de porter sa léie, de marcher, de s'as> seoir, qui n'appartient qu'à elle seule.
RAPDAEI.
La femme qu'on aime fait-elle rien comme une autre?
OOV JIAV. î
Non, la passion ne m'aveugle pas. Je te dis qu'il y ) a en elle quelque chose d'étrange, je ne sais quoi d'oriental qui s'empare de mon iui.iginalion, qui inc : maitrise et m'enchaîne à ses pieds pour la vie. Da- ; phaél, il laiil qu'elle soit à moi.
RaPHAEI- I
Qui s'y oppose? A la l>oi)ne heure; finissez une fois 1 comme je commençais toujours.
Don Ji'AX, tvec aignUe.
Elle sera ma femme : vous noms faites injure àtous deux.
RAPHAU.,Al>«rt.
Il a souvent un regard qui m'impose.
UOV JL A5.
Kl, puisqu’elle y consent, demain je suis heureux.
RAPBAEI.
Demain! mais considérez les obstacles...
DO!» JVA't.
J'aime les obstacles.
RAPHAËL
CharmaiU, channani! comme moi à son âge!
ROV JIAX.
D'ailleurs un mariage secret n’en offre aucun. Au pis-aller, si mon père le découvre cl me déshérite, j’ai mon épée dont lu m’as appris à roc servir : c’est assez pour soutenir un nom qu'on ne |>cul pas m'ùter, et (K>ur me créer une fortune que je n'aurai plus. Mon bras a déjà fait son devoir, aHle nuit, sur je ne sais quelles gens que j'ni rencontrés autour de la maison de dona Florindc, cl qui resscinblaient foil à d’Iionnôics espions du saint ollice. Je les ai chargés viclorieuseroeiU à coups de plat d'épée, et le clumip d'honneur m'est resté.
RAPHAËL
I Malédiction! prcnez-ygardc; n'altezpasnousmcUre le grand inquisiteur sur les bras.
DOV Jt'AV.
Toi qui ne crains rien , as-tu peur de lui ?
RAPHAËL
J'aimerais mieux avoir affaire au diable.
DUV JCAIV.
Parce que lu n’y crois pas.
RAPHAËL
Si fait , j'y crois; mais le diable ne hrùlc que le^
' morts cl le grand inquisiteur brûle les vivants.
DOV JLA7T.
L'est une raison. Hé! que l'a fait celle Icllic dont il ne restera que les lambeaux si tii cuiiliiiues à la froisser de la sorte?
RAPHAËL
Je n'y songeais plus; pauvre innocente, elle |«»yail pour vos folies! C'est Domingo qui l'a glissée sous la porte. (Laiiii preaenunt.) Kn voilà uuc du moins qui arrivera à son adresse sans passer à la visite de don Raymond de Taxis, le grand maître des postes, et ri.onimc le plus curieux du royaume.
DOX Jl’AV.
Il s'en vengera sur bien d'autres.
RAPHAËL, pf nilAnt que do» Jiiau lU.
C’est une manière de confesseur nommé par le roi pour toute la monarchie. On peut dire de noire gra cienx souverain que son peuple n'a pas de secrets [K)ur lui.
I »ü!1 JCAIV, Apre» avoir lu.
1 Une partie de citasse que don Ribéra me propose j dans les plaisirs de Sa Majesté ! j'ai bien autre dwse I en létc.
j RAPHAËL.
D’ailleurs voire dernière campagne contre le gibier du roi a failli vous coûter cher. Vrai Dieu ! il vaudrait mieux tuer dix hérétiques dans scs I-Uats qu’un lièvre I sur scs dumaiiies.
DON JUAN D’AUTRICHE. — ACTE I
DON jr\N.
Kh!si l'on n'y couraii risque de la vie, qui donc s'en donnerait la fatigue ? c'est le danger qui me tente et non le gibier, dont je n'ai que faire. J'abattrais sans émotion un troupeau de daims sur mes terres , et le ! cœur me bal pour une |>erdrix tirée par contrebande.
AAPBAEL.
Toujours comme moi; chasseur avec plaisir, braconnier avec volupté.
DON iUAN.
AhI le danger! le danger! voiU l'cmollon qui me plait. Dans un duel ou dans une bataille, sousquelque | forme qu'il se présente, il est le bienvenu. Si j'étais né roi, j'élouflTerais dans mes Étals, et je ne pourrais resl>irer à l'aise que dans ceux des autres. |
RAPDAEL. I
J'étais de même en mariage. Mais concevez la na- ' Inie humaine : une buineiir si belliqueuse dans le fils du seigneurie plus pacilique!...
DUN JCAN.
Cela te surprend.
RAPHAËL
Jusqu’à un certain point; ce|)cndaiit il me vient toujours une idée qui me fait rire quand je vois un üls qui ne ressemble pas à son père.
DON JL AN.
Écoute donc : j’entends le bruit d'un carrosse.
RAPUAEU
A celle lieure ! eh ! oui vraiment : on s'arrête ; on frappe à la porte.
DON JVAN.
Serait-ce don Ribcra? quelle imprudence! (Cou- j rant A U fenêtre.) Non ; je vois deux cavaliers que je ne connais pas.
raprael, oui l'a «ulvi.
Grands chapeaux rabattus, manteaux sombres, figures à l'avenant : c'est une grave visite pour don I Quexada.
DON JUAN, faisant UD pas vers sa cliambre.
Prenons garde qu'on ne nous surprenne ici : viens donner à ma toilette et à mou air quelque chose qui sente la vocation.
RAPMABL.
Nous aurons de lu peine.
DON JI AN, s’amlUnl.
Mon pauvre iwre ! comme je le trompe ! cl je l’aime )H)urtaiil. Ab ! Rapliaél , si mon père n'était que mon I oncle I...
RAPHAËL
Il jmurruil se vauicr d'avoir |>our neveu le plus dé-
I terminé démon de toutes les Espi^ncs. Si celui-là entre dans un couvent...
DON JUAN
Ce sera dans un couvent de femmes.
RAPHAËL
Je vous y suivrai, sœur Juan.i.
DON JtlAN.
Oui, frère Raphaël, pour ui'ahsoudre de mespécliés; et l'occupalioii ne te manquera pas. (Enrenlraotüa[MMcluinbr«.}.\ Ilia loilcllc! à m i luilcllc!
RAPHAËL, coarant après tul.
Le joli moine qu'il aurait fuit!
SCÉMi V.
DON nu Y GOMÈS, PHIUPPE II, DOMINGO.
Dites à votre inaiire que le comte de Sanla-Fiorc désire lui parler.
DOHINGO.
Don Quexada vient d’arriver d'un long voyage; il repose, et je craiiisque Votre Excellence nesoiifurcéc d'attendre.
J'ultcndrai.
DOHINGO.
Mais avec tout le respect que je dois à Viiii c Excel Icncc...
Vous ne voyez pas que j’attends déjà.
DOHINGO, A part, i>n sorUnt.
Il parait qu'il n'en a pas riiabiludc.