‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 599 sur 669 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DON A l’LOÏUNDK, assise et la tête appuyée sur sa

main; DODOTIIÉE, (fui la regarde en entrant.

DOBüTlitK.

Sa vue oie navre le cœur ; si ces inquisiteurs ctaieiil lies liommes, ils auraient pitié d elle , tuais les démons !...

DOUA rLORiioe.

Don Juan l'ignore ; c'est une douleur de moins pour lui. (A Dorotbee.) Eli bien! ma lettre?

DOIOTHtE.

Elle est partie par ce joyeux muletier qui rit toujours. Que la gaieté d'autrui est mal venue quand on est triste! il siHIe, il chante et il galope eu toute hâte sur la route de Saint-Just.

DUNA FLORtADE .

Parvieiidra-t-clle ?

DOROTHÉE

Vous eu doutez?

DOTA riORINOK.

Sais>jc le nom qu'il a pris, quand il s est retiré tluns ce cloître?

OOROTHtB.

Mais celui qu'il a porté est sur l'adresse; qui ne coiinall pas ('Jiarles-Qiiint ?

DOTA FLORITDR.

J’ai cédé à tes instances ; lu crois que par un reste de bienveillance pour le père, il s’intéressera au sort | de la fille orpheline et menacée.

DORtrriiÉs.

Pourquoi pas? il acquitte par une démarche qui ne j lui codte rien un service reyn argent comptant; décliai'gcr sa conscience, sans rcmlre sa bourse plus . libère, c'est une Imniic œuvre à bon uiarclié. *

DOTA UORHUK.

Il entre toujours de l’argent dans tes r.iison», l>oroiliéi'.

DOROTHÉE

Je ne connais que cet argunicnt-là qui ail le privi- I légo de convaincre quob|triiii sans lu fâclier.

DOTA riURITIiE.

Je le laisse donc ton esiK’niiice.

< DOHUTUÉE

Si je ne l’avais plus, quelle serait ma cuiisolaliun? <'omnient désarmer ct! tribunal terrible devant lequel vous êtes citée?

DOTA nORITDB.

Caline-toi, tu sais que j’ai un protecteur, qui veut , bien me conduire aux pieds de mes juges, m'encoiiru- I ger par ses conseils, m'assister de son crédit.

I DOROTHÉE

Ce {lersomiage mystérieux, qui s’est présenté ici de la part du roi et du comte de Sanla-Fiore, en no se iiommunt qu'à vous seule?

DOTA FLORllDE.

Quand lu es descendue, il n'élail pas venu cncoi e ?

DOROTHÉE

1 Ou doit riutmdiiire dès qu'il arrivera, mais je n’ai pas inéiiie entendu le bruit d'un carrosse: la rue est déserte ; une pluie d'orage commence à lonib<‘i par grosses gouttes; se croirait-on à Tolède? pas une guitare |H>ur égayer celle triste nuit! pas une haleine de vent qui la lafraicliisse.

! DOTA FI.URITUE.

(i’csl \rai ; ou no rcspii'e plus : ouvre la jalousie.

DOROTHÉE

Sur la rue ?

DOTA FLORI.TDB.

Non, celle qui donne sur ce jardin qu’il aimait tant.

DOROTHÉE

l/oileur des jasmins monte jiis(|ii'ici.

DON JUAN D*AUTniCIIE. - ACTE IV.

bO.'IA rLURl?iDK.

N'a&>lu pas éprouvé quclipicfois» Dorotliéc, combien un son vague, une boulTée d'air réveille fortement certaines impressions de pl.'iisir ou de peine et fait revivre un souvenir Jus(}u*à la réalité ?

DOBOTRfiB.

Je devine à qui vous penst'Z.

DOIA FI.ORIRDE.

Le grand mérite! je ne pense jamais qu*^ lui. Nous nous sootmes assis tant de fois parmi ces toufles de Heurs ! une pluie d'orage ne nous faisait pas peur alors; nous ne la sentions pas. Que de longues promenades, qui nous semblaient si courtes! Il n'y avait pour nous que belles nuits, que parfums, que bon- | lieur! Célaienl de douces soirées qui ne reviendront i plus.

DOBOTUÊB.

Pourquoi? ce seigneur en qui vous avez confiance ne vous a-t-il pas dit que le soupçon élevé contre vous j tombait de soi-ménic ; qu'en vous rendant à la preiiiiérc citation du tribunal vous disposiez vos juges en 1 votre faveur; enfin nVl-il pas promis de vous ramener dans mes bras ?

DORA FLORIROB.

Et il tiendra parole, DoroUtee; certainement il le fera... mais... il faut tout prévoir; garde bien ce papier, ce sont mes volontés.

DOROTHÉE

Vous voulez dire les dernières,

DORA FLORIROE.

C'est au contraire ce que je ne voulais pas dire de peur de l’alTligcr: si... je ne revenais plus...

DOROTHÉE

DORA FLOHIRIlE.

Ce n’est qu’un doute ; lu trouverais là de quoi vivre, non pas bcurcusc, mais riche. ;

DOROTHÉE

Je n'aurais plus besoin de rien.

DORA FLORIRUe.

Quant à don Juan, s’il est reudu au monde, je veux | être pour (piclque chose dans son bonheur que je d<^vais partager; je veux que mes bicus soient à lui pour qu’il en disjwse à son grc, sans sc croire engagé même de souvenir envers 1 amie qu’il ii’aiira plus.

DOROTHÉE

Bon cl noble cœur! vous serez lieureiisc : une voix secrète me dit que vous le reverrez. Le brave jeune homme, s’il doit avoir jamais une autre épouse que vous, ccsl rh^liîk', cl vous ne pourrez pas l’accuser

d'infidélité ; assurément rinclinalion n’y sera |mur rien.

DORA PlORtRDB.

Tais-loi, lais-loi : on vient ; c’est celui que j'attends ; j’aurai du courage.

DOROTHÉE

Vos mains sont froides, pauvre chère fille; vous tremblez.

DORA FLUBIRDE.

Non, non; je l’assure.

DOROTHÉE

Ab ! toutes mes terreurs me roprcnnciii.

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