SCÈNE IX
DÜ.NA FLORINDE, DON Ul!Y C.OMES.
DONA FU)niNPE.
Grâces vous soient rendues, don (ioiuès ! vous ave/, tenu votre parole; mais |>ardonnez .. (Tombant «ur un aicgc.) mes genoux ircmbleitl sous moi.
GUXÊS.
('.cl interrogatoire vous a laissé une impression pénible.
I DONA FLORINDE
^ Douloureuse, accablante connue un réve qu'un ne |Kiut chasser, liette vaste salle tendue de noir, ces ! torches qui n'éelaircnl que pour rendre l'obscurité ! plus aCTrcusc, ces juges voilés, dont les yeux seuls ' sont visibles et se fixent sur vous avec une immobij lité qui glace même la pensée... Quel spectacle! la j justice des Itommes ne peut -elle donc nous ap|>arjUrc I que sous ces dehors terribles?
I GORBS.
Oui,seüora, quand c’est Dieu qu'il venge; ro.iis j'espère que vos juges s’adouciroul en votre faveur.
I DONA FLORINDE
Vous n’en avez pas la cerliliidc ?
j CODÉS.
Je voudrais l'avoir.
I DOTA FLORINDE
I Ils ont donc résolu de me rappeler en leur pré- 1 scncc ?
GOXtS.
^ Je l'ignore , mais c’est possible.
I DONA FLORINDE
j De me soumettre à celte épreuve de douleur, dont ^ les instruments épars autour de moi m'étaient pres- '■ que l'usage de ma raison.
COXÉ9.
Je répugne à le croire , mais...
DONA FLORINDE, ae levant.
C'est encore possible ! Ab! vous ne le permeUrez pas; vous prendrez pitié de moi ; le courage de mourir, je l'aurais: je suis si malheureuse! Mais devant de telles souffrances je ne me sens plus que la faiblesse d'une femme; elles me font peur. Comment me les épai^er?jc me soumets d'avance à tout ce qu'on exigera de moi; tout ce qu’on voudra que je dise, je I le dirai ; pour mourir plus vite, pour ne mourir qu’une fois! oh! je le dirai.
\ GOXtS, A part.
{ L.i voilà donc où je désirais ramener, (a tiona riorinJc.)
! Cnc seule personne peut intervenir entre vous et vos ' juges; une seule, je vous le répète : c’est le rui.
I DONA FLORINDE
; Le fera-t-il ?
I GOXts.
I Ln pouvez-vous douter, quand il daigne venir vous , l'assurer lui-meme?
DONA FLORINDE
Qu'il vienne donc!
GOXES.
(domine je vous l'ai dit, madame, je croyais le j trouver ici; dans quelques iuslants il sera près <le
1)0X JUAN b’AllTRICHR. - ACTE IV.
vous; ne lui monlroz aucun rcssenilment : songez que l'inquisilion intimide jusqu*aux rois, qu*unc démarclie auprès de ce tribunal est hasardeuse, inèiiic pour lui, cl qu'clie mérite quelque rccou' naissance.
boxA rioBiaDr..
Hélas! que pcuUil attendre de la mienne?
GOXÉS.
Je vous quitte, senora, et c*cst encore pour m'occuper de vous ; je veux revoir vos juges, comhaltre des préventions qui, je l’avoue, me font frémir malgré moi.
DOaA FLOBIXDK.
Courez : je vous remercie, cl du fond de Tâme.
cosU.
Pourrai-je les détruire?... (u regardmi.) Quoi! tant de beauté! ce serait horrible.
DOVA FLOBIXUE.
Ah ! je tremble , je tremble.
GOllZS.
Ayez donc autant de pitié pour vous que j'en ai moi-mème. Don Philippe ne peut tarder : vous allez le voir; votre sort est dans vos mains. Hesiez, restez, seiiüra.
DOVA ri.OMFiDe, retombant asiiftc.
Du moins, mes bénédictions vous acouinpngncni.
GOXfcS A part, en «ortant.
Que lo roi promette maintenant, et ramniil va tout obtenir.
SCÈKE X.
DOMA Fl.ORINDE.
Je n'ai pitis qu'une espérance; mais que va-t-il m’ordonner? de renoncer à don Juan: ne soriitnesnous pas sépares? de ne plus l’aimer, cst-cc en mon ]>ouvoir?... Oh! que la terreur a d’empire sur nous! c'est son ennemi «juc j’appelle de tous mes vœux, son ennemi mortel, le roi!... il faut que je sois bien luallieurcusc ou bien faible puisque je peux souhaiter de le revoir; je le souhaite pourl.ant : j'en ai honte, mais je ne saurais me vaincre. Mon Dieu, faites qu'il vienne !
SCÈXE XI.
DONA FLORISDE, DOROTHÉE.
DOSûTBÉE, K’élançant vers doiiit Florlndo.
Ail! c'est vous, vous que je presse dans mes brus!
IKlftA FLORinOE.
Dorothée, ma mère I...
dobotbZe.
Vous frissonnez.
DOXA FLOBIXDE.
N’ajoute pas à mon émotion |>ar In tienne : je vtMix me calmer : j'attends quelqu’un.
doeothEc.
Moi, je vous annonce une {>crsonnc que vous iraiteiidiez plus.
1K)XA FLOaiXDE.
Que veux-tu dire?
DOBOTBÉE.
C’est lui.
DOXA PLOBIXDR.
Don Juan?
DOBOTUÉB.
Lui, qui vient d'arriver.
DOXA FLOBIXDE.
Don Juan est libre : ô ciel! je te rends grjee !
DOBOTBtB.
Retiré dans ma chambre, il m'envoie m'assurer que vous êtes seule : un mot de vous cl il est à v<ks pieds; irai-je le clicrchcr?
DOXA Ft.OBrXDE.
Mais sans doute; mais à l’instant; mais va donc si lu m'aimes! (U rcleaant par Ic bra».) N’as-lu p.ns entendu ?...
DOBOTHâB.
Non rien; rien, je vous jure.
DOXA FIjOBIXDB.
Arrête ? la joie m’ôlait le sens : que don Juan |Kiric (|ii’il fuie !
DOROTHÉE
Avec vous, cette nuit; sans vous, jamais!
DOXA FLORIXDB.
Ct comment fuir? il va le rencontrer.
DOBOTBtB.
Qui donc?
DOXA FLOBIXDE.
Je (c l’ai dit : le comte, le comte, qui ne |>eui tarder; qui sera près de moi dans un moment ; qui monte peut-être pendant que je te parle. Dieu! s'ils SC trouvaient en face l'un de l'autre!...
DOKOTHÉE.
Kh bien ! don Juan le tuerait.
DOXA FLOBIXDE.
Iji tuer! que dis-tu? mais tu ignores... ce serait le plus cpouvaniablc des crimes ; et j'ai pu soub.iiter sa présence!... Llcoutc, Dorothée : don Juan est chez loi ; il faut l'y retenir.
ms JUAN D’AUTniClIE. - ACTE IV.
dokothU.
S'il consent h se laisser faire.
IM)?IA FiomoE.
Sans lui parler du corole.
DOROTU&K.
Je m'en garderai bien ; mais voudra-t*il attendre ?