‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 603 sur 669 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DON JUAN, IK)N UUK.VADA, DOUOTIIÉE.

IHIROTHEE.

.Vh ! seigneur don Juan !...

UOR JiAR.

Que vois-je? tii détournes le visage; lu pleures; il

s'est passé quelque horrible aventure que lu veux me ' caclter!

Dotornti.

^ Je le voulais, et je nu le peux pas.

DOR JltAR.

Kxplique-loi; je suis au supplice. DonaFlorindo !... dorotuZb

N'est plus ici.

DOR JCAR.

Achève.

DOROTBtB.

I On l'interroge.

! DUR JCAR.

; Où dune? qui donc? Achève par pitié.

^ DOBUTHtS.

I L'inquisition.

, DOR JCAR.

L’inquisition ! une Juive! clic est perdue.

I DOR gCBXADA, courant A lui.

Qu'est-ee que vous venez de dire ?

; DOR JCAR, ATcc d(l«c«polr, à gucxaüA.

1 Perdue sans ressource!

DUR QUEXADA.

Ce n’est pas là ce que je vous demande. Vous avez parlé d'une Juive ?

DOR Ji.in,

Moi !

DORQCEXADA.

! Dona Florinüe est une Juive?

DOR JCAR.

Puis4|ue je l’ai dit, c'est vrai.

DOR giEXAUA.

Soupçonnée d’a(>osiasic après abjuration... Là! je ! l'aurais juré ; mais il n’y a plus de sûreté pour nous j chez elle.

' DOR JCAR.

Allons !

I DOR gCEXADA.

' L'inquisition ne .se borne pas à brûler les Juifs, elle , brûle aussi leurs adhérents; m'ciilendcz-vous? leurs adhérents.

DOR JCAR.

' Kh ! oui , je vous entends : leurs adhérents. Qu'estco que vous voulez que j'y fasse? et que m’importe?

DOROTHEE.

Eh bien ! nous périrons tous ensemble.

DOR JCAR.

} Tous ensemble.

I DOR gi'EXAD.A, furieux, A Dorothée.

' Parlez {mur vous, la duègne. Si celle partie de

DON JüAN D’AUTRICHE. ~ ACTE IV.

|)lai$ir>lù vous Icnlc, donnoz>votis-€n la joie; nuis je ne vcui pas en être. Je veux sortir d’ici...

DORUTBCE.

Sortez. !

Qui vous relient?

Du:« Ql EXADA.

El derE^pagne.(Aiion Juan.) Mais vous me suivrez; nous ne pouvons aller, ni irop vile, ni trop loin. A la veille d’un aiilo-da-fé, avec l'ennemi que nous avons sur les bras une telle liaison suflil pour nous mener ' droit au bdeber. Parlons, venez, mon clier don Juan,

DOV Jl'AV, le prenaol par le braapoar l'entraîner.

À l'inquisilion? je le veux bien. |

DOV QIBXADA. ^

Pour Dieu ! Idclicz-moi. Quand il parle ainsi , il me : semble que j’ai les pieds sur des charbons ardents.

DORUTBtB.

De grdee, seigneur don Juan, pas d’imprudence! ; Un des {lersunnages importants du saintollice protège doua Flurindc, l'accompagne, et doit la ramener chez elle.

DOM JCA^.

Cette nuit même?

DOROTUkB.

El bientôt; il me l’a promis.

bo.v JUAn.

Que ne e disais-tu?

»OV QCEXAOA.

Je ne veux pas qu’il me trouve dans colle maison. Encore un coup, suivez-moi.

DOX Jl'AN.

Quand je devrais abjurer |>our partager son sort, je reste.

DON Ol'EXADA.

Tenez, don Juan, vous êtes un ingrat; vous me désespérez. Tout ce qu'il ci.'iii humainement possible de faire pour tenir ma promesse, je l’ai fait; vous avez ri des conseils du vieillard, cl il a mieux aimé redevenir jeune homme pourextravaguer avec vous que d'avoir raison en vous abandonnant à votre mauvaise tête; mais tout a son terme. La rage de l’aulo-da-fé vous tourne l'esprit, et je me perdrais m.ilntenant sans vous être bon à rien. Adieu donc !... mon élève, mon clier enfant , c’est avec un serrement de cœur que je vous le dis; c’est en pleurant que je vous ombrasse; mais adieu; car enfin la }Kiternité la plus dévouée ne )>cut pas aller jtis4|u'.\ vous faire brûler vif |K)ur un fils... qui n’est pas le vôtre.

DON JVAN.

Écoulez; votre parole donnée, votre temiressopour moi, vous |K>uvcz tout concilier avec sûreté.

DUN Ql'EXADA.

Comment? ditcs-lc en deux mots.

DUN JCAV.

Dès que doua Elorimlc sera seule, je me montre, et je fuis avec elle avant d’attendre une seconde citation du tribunal.

DOtOTOEB.

Ah! sauvcz-la!

DUN Jl'AN.

Sortez : procurez-vous des chevaux , et revenez nous prendre; alors à vous le commaïulcmeni.

DON Ql'EXADA.

Comptez sur la plus belle retraite!... mais écoutezmoi à votre tour; je viendrai sous la fenêtre vous faire un signal.

DON Jt AN.

Oui.

DON QI BXADA.

Trois cou|>s dans la main.

DON JEAN

Bien.

DON QIEXADA.

Si je puis rentrer dans cette maison sans danger, vous me répondrez; autrement...

DON JEAN

Je ne vous répondrai {>as.

DON Ql'XXAOA.

Vous me le promettez?

DON JIA.N.

C’est convenu.

DON QCEXADA, A DorolbCc.

.Maintenant conduiscz-uioi , cl avec prudence. DODOTHEE.

Personne sur le seuil. Ne craignez rien.

DON Ql’EXADA, qui «url avec DorolbOr

Los Juifs et leurs adbérctils; miséricorde!...

DON Jt AN.

Il n’a que scs .idbcaMits dans la tête.

SCÈXE VII.

DON JUAN

Oli! quand une |»eurqui lient du délire, vous crie aux oreilles, le moyen d'assembler deux idées!.... (Il ft'auied.) Hénccbissoiis, maintenant queje suis seul: quoi me rf*soiidre?.,. à l'attendre? et si elle ne reve-

DON Jt’AN D’Al TRICHE. — ACTE IV.

liait pas! j’irais la clicrchcr jusqu'au fond de celle caverne du saint ollice... mais je mourrais mille fois avant de m’en ouvrir l’entrée! .Vesl-cc pas le eoinble du malheur que de n’avoir pas même la ressource de faire une folie? (se levant.) Attendre est impossihle, agir ne l’est pas moins; quel supplice que de ne (Kiuvoir prendre un parti ! Le ]ilus mauvais de tous vaut mieux que l’indécision, et je donnerais dix années de ma vie pour m’épargner une heure de celle insupportable angoisse ; ( Rcumibant auii. ) j’y succombe. Ab! Florinde, Florinde! vous ai-je jierduc pour toujours?

SCÈ.NE VIII.

DO.N JLAN, DOROTHFÆ.

DOROTUÊE, accouniita

La voilù, seigneur don Juan! je l’ai revue : la voilà.

D07( il’An.

Je cours au-devant d'elle.

DOROTar.1.

Mais elle n’est pas seule; celui dont je vousai|>arlé 1.1 ramène ; voulez-vous la perdre ?

DON iCAn.

IMulôt cent fois me perdre moi-méme !

bOROTHÉB.

Gardez-vous donc de vous montrer, et laissez-vous conduire.

DON JCAN.

Où tu voudnis.

DORuTHftS, cHtvraot une porte latérale.

Dans le lieu le plus retiré de la maison; clicz moi , et jM>ur n'en sortir qu’à propos.

DUN n'AN.

Mlle est de retour; je suis ici pour la défendre : ali! je respire , cl je l’obéis. { ii son avec Dorotuce. )

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