‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 606 sur 669 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

DONA KLOltlNKE, l-lllLIPi'E II.

PIIII.IPPB II. i part au fond.

L’effroi, qui va me la livrer, rembellil encore. Ou celle nuit, ou jamais î

DOSA FLORISDR, A part.

(k>mmcnt abréger cet entretien ?

PBILIPPB II.

Me pardonnez-vous, madame, de troubler votre rêverie?

DOXA rLORIXDB.

Ah! sire, elle était si triste que... que je dois vous en remercier.

pniLippi U.

Celle fois, ma présence ne vous est donc pas importune?

IK)X\ FLORIXOE.

IVut-elle l'élrc... quand vous venez me défendre? je révère... je bénis votre justice.

PHILIPPE ri.

J'accepterais Uéloge, si un intérêt pins tendre que le l>csolii d'élrc juste ne me ramenait auprès de vous.

DOXA PLüRIXDE.

La pitié, sire.

PHILIPPE fl.

Oui, une pitié pleine de sollicitude et d'alarmes, le dévouement d'un ami , que vous connaissiez mal, quand vous avez pu le croire insensible.

DOXA FLORIXRE.

Ce mot me rend l'espoir : transmis de la part de Votre Majesté, il eût suffi |>our calmer mes craintes... et vous aurait épargne une démarche... dont je suis confuse.

Mais en me privant d'un plaisir dont j'étais jaloux, celui de vous rassurer tnoi-méme; ne me l’enviez pas.

BOXA FLORrnBE. A part.

Il va rester.

Ces instants que je vous consacre, je trouve si doux do les dérober à mes travaux.

DOXA FLORIXOE.

Kl h voire rc|>os peut-être. Je sais combien ils sont précieux; ne craignez pas que j'en abuse.

PHILIPPE II, avançant un fauteuil pour dooa Florindc.

Vous-inémc ne craignez pas trop d’en abuser.

BOXA FLORIXDE, quU'aulcd.

Il le faut !

PHILIPPE il. A part.

Ne l’ai-je point rop tôt rassurée? (a dona rioriodp. ) On a dû vous dire, madame, que la volonté souveraine ]>cut se briser contre un arrêt de l'inquisition. Ce tribunal représente Dieu même, et devant Dieu que sont les rois de la terre? Ce|>cndanl j'ai résolu,

I>UN JUAN D’AUTRICm:. — ACFE IV

quel qii’on fûl le péril, de me jcler cnlrc vos juges | cl vous ; nuis pour prix d'un lel service, qtic dois-je allendre? voire haine pcul-élre! !

IN)X \ ri-ORlxoc , m «« levant. ^

Moi, de la haine, quand vous me s^uivez!... Ah! ( sire, ce serait de Tingratitude, cl...

PHtLirPB II.

El vous en éics incapable, belle Eloriinh*; je le crois. (finvUant du gette il *c ra**coir.) Ah! dc grücc!... j

DOSA FLORISDK, A part en t'auryanl, UmlU quête roi va pren- ' dre un alegc.

Quel supplice!

PHILIPPE II, âppiiyCftiirivachalH'.

Vous ne serez point ingrate; mais vous resterez indilTércnlc. (En a'aaM^yant.) Lc sort d'un roi est de ii’ob- ' tenir que le respect, quand il nlnspirc pas l'aversion ou renvie; cl pmiriant, ncccssibic à toutes les afieclions qu'on lui refuse, brûlé sans es(H)ir de toutes ' les passions qui consument, qu'un roi sent douloureusement le besoin d'être aimé !

DOXA rLUlUXDB.

Vous l’éles, sire, d’un peuple entier qui vous rcs- \ pecie, qui vous admire, qui voit en vous la sourtc dc tous les biens. i

puiLippe 11.

Oui, je le suis par intérêt ; je le suis de cet amour j qui s'adresse, non pas à moi, mais ^ mon pouvoir, non pas à riiomnie, mais an souverain. Que me font | ces hommages, ces acclaiiiaiions dont on me fatigue? ' avec quelle joie je les donnerais pour le bonheur dc sentir la main d'un ami presser la mienne; pour un i soupir de ramante que je me suis créée par la pensée, que je vois dans mes rêves, qui poursuit le monarque au milieu dc scs travaux, et le chrétien jusque dans la ferveur dc scs prières!

DOWA PLORIHDB.

Celle amante, sire. Dieu et la France vous la tiennent : une jeune fiancée vient à vous, célèbre par ses vertus et scs grâces, proclamée belle entre toutes les princesses.

Mais non entre toutes les femmes. I(estc-t-il une place pour elle dans ce cœur possédé d'une autre image? Ne le croyez pas, Florindc; ce mariage politique n'est que le veuvage avec plus de contrainte et ' d'entraves. (En npprocbaal MD AlCgc Ue celui <le Plorlailc.) Ohî^qu'une épouse de ma préférence secrète, dc mon amour, dioisie pour elle-mêroc, cl adorée dans l'om- ' bre, serait plus reine que celte reine qui n’aura qu'im ^

vain titre! Mon sceptre, je le mettrais à scs pieds ; ce droit dc grâce, le plus beau dc mes druit.s, c'est elle qui l'cxcrccrail eu mon nom ; mes trésors iic feraieui que passer de scs mains dans celles des mallicureux ; et ce pouvoir immense dc consoler rinfortiinc, celte royauté cnvelop(M‘C dc mystère, mai.s pins absolue que la mienne, une seule femme ta tncriic, une seule dans le monde, et ccitefcmme, Florimle, c'est vous... (Il tombe A ae« gcnoui.)

DOXA PIORIXOB. te Icvanl.

Moi, juste ciel! qui? moi!

PUILIPPE II.

Vous, â qui je l'offre à genoux, à qui je demande, en tremblant, un peu de cette pitié que je ne vous ai pas refusée pour vous-même.

ÜOXA FLOBIXDE.

Mais que vous vouliez me vendre au prix de riionneiir... Oh! non, vous n'avez pas eu colle peusêe ; je m'abuse et je vous fais injure. Pardon, sire, ah! pardon dç mon erreur!

Ne feignez pas dc vous méprendre; n'en appelez pas à des vertus dont Dieu m'affraiichil, en me les rendant impossibles, (se relevant.) Je l'ai résolu : crime ou non, de votre volonté ou seulemeiU de la mienne, Florindc, vous serez à moi.

bUXA ri.ORlXDE.

El je me suis livrée !... et je suis seule !

Oui seule; cl rien ne vous trahira ; mais rien ne peut vous sauver.

DOXA FLOEIXDE.

Que mon désespoir et mes cris...

Vos cris ne seront pas entendus.

DOSA FLOEiXOE.

Vous vous trompez, sire, on viendra ; je vousjurc qu’on viendra.

Et qui donc? ^

DOXA FLORIXnC.

Personne, ohî non, |>crsonne. 11 est vrai; je suis sans appui, sans défense ; ou plutôt, je n'ai qu'un refuge, et c'est vous, vous à qui je confie cet honneur que vous veniez me ravir ; vous, sire, qui serez mon défenseur contre VOUS-mèuiC. (»*avan<;3nl vert lui avec eiauaiion.) Don Philippe, l'action que voua voulez commettre est horrible, (Tombant a gcnoxix.)ei j'en demande justice au roi d'Espagne.

nON JUAN D’AIÎTIUCIIE. — ACTE IV.

pniLIl*PE II, larogiirdant aroclrsruport.

Ravissante de terreur et de fierté! Florindc, c'est le seul vœu de loi que je n’accomplirai pas : le roi d'Kspagnc sera ton maître aujourd'hui et don Philippe Ion esclave toute sa vie.

IM)V\ n.oRtV0E, ()iil rppouuc ic roi en te relevant.

1-A’outez-moi donc, liomme cruel, chrétien sans pitié;je ne dirai qu'un mot, puisque j’y suis réduite...

Il ne changera pas ton sort.

BOflA FLÜBISBE.

Qu'un mol qui va me perdre, mais qui vous fera reculer d’iiorreiir.

PliiLlPPE il,a'£bn<;anlvcraeUc.

C’est trop me résister.

nOMISDE.

Mais j'irais martyre à ce Dieu qui est le mien comme le vôtre, cl qui jugera mes juges; mais je mourrais digne encore de celui qui m'a tant aimée.

PHIUPPB II.

Oh! pourquoi as>lu rappelé ce souvenir? il étouffe on moi toute compassion ; c’est la sentence, Florindc, la sentence de mort. (Enlcndanl frapper â coup* redonl>lC( à la porte de la paierie voisine.) Qucl CSt CC bruit?

DO?IA PLOBIfiDE, tu comble de la terreur.

Quoi? je n'ai rien entendu... je ne sais... Dorothée, peut-être.

005 n'A5. en debon.

Ouvrez celle porte; ou je la briserai.

DOI^A PL0RI5DE, etlfUjranl.

Pitié ! sire ; grAcc !... ou je dirai tout.. .je suis...

PHIUPPB II, qui la aaUll dana «et bra».

Kl que m’importe!

D05A Fumi:<iDE.

Je suis une Juive!

PHIMPPC II, reculant d'borretir.

Un homme ici!

D05A rL0Bl50K,qiil t'aiancc ver* U porte, et viuit arriMcr le I roi.

' Je vous en conjure... \h! par tout ce que vous ave/

. de sacré dans le momie!...

j PHILIPPE II, l'écartant pour ouvrir la poric.

I Un témoin de ma honte! je saurai qui c’est.

Toi! Qo’cnicmls-jc! (Apre* un long •iience.) AhimaU j heureuse fille, puisses-tu, pour ton salut dans ce | monde et dans l'autre, avoir poussé la vertu jusqu’au | mensonge!

D01A FLORINDE. '

Mon mensonge fut de dcsccndi-c par nécessite à feindre une croyance qui n’ctail q:ie sur mes lèvres; 1 voilà mon crime, et j’en serai punie ; mais si vous faites un pas vers moi, je répélcrdi au pied du tribunal, je proclamerai devant mes juges, qu’un Espa- > gnol a clé assez lâche pour vouloir triompher de rinnocenre par la force ; qu’un chevalier a fait ou- ' Iragc à une femme ; que le plus saint roi de la chré- j licnté, que toi, don Philippe, toi le roi catholique tu i t'es souillé d'une passion infâme pour une Juive. I (Avec cAimtt.) Et bien! vous vous arrêtez maintenant; | r’est moi qui suis tranquille et c’est vous qui trem- i hicz. '

Pour les jours. Sais-tu que si, à mon éternelle confusion, tes paroles avaient frappé une autre oreille que la mienne, sais*tu qu’il n’y aurait plus d’es|>oir pour toi (bns celte vie?

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