‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 631 sur 669 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

l’AOLO, suii'i d'un messager à qu'i du remis sa besaee et son bt'ilon de voyage et gui reste au fond ; MARCO, rcUré dans un eain d'où d observe Vaolo.

PAOLO, â voIxba«« fO lombaiil Mir uii «1^66.

Dieu vengeur, je l'oflense, Mais à l'aspcci des lieux témoins de notre enfance, Je me sens défaillir sous rborriblc dessein Que, depuis mon départ, je porte dans mon sein.

MARCO, qui s'Approcbc.

Mon ancienne amitié ne i>eiil le méconiiallre ;

Non, c'est toi, c'est bien loiî...

MARCO

Pourquoi donc ne l’avoir pas cliassce?

PAOLO

Mais loi, toiijoiii's dispos; l'œil vif, le teint fleuri ; Satisfait de ton sort!

MARCO

Bien vêtu, bien nourri.

Je suflis, sans fatigue, aux soins du jardinage. L’hiver j'ai du loisir; l’été je me ménage.

Si mes melons ont soif, je suis leur sommelier ; Aïais quand j’ai soif aussi , je me sers le premier.

P.AOIO

Kl ta religion?

MARCO

Je la suis.

INK FAMILLE AL TEMPS DE LLTHEB

Km fidèle?

Connue aulreruis, oui; mai);...

.Mais eu vieillard.

Il est toujours le même.

Uui , pour moi ; mais... |iour Home ?

A ma façon.

Kapliquez-vous.

|j<|uclle?

lAaeo.

Vous jeûnez; moi, je liens que, passé soiianlc ans. Ou peut en prendre à l’aise avec les Quatre- Temps. Pour les veilles, néant; hors si Noël arrive.

Vu que le réveillon me met sur le qui-vive.

Quant à mon confesseur, ses avis sont ma loi;

Mais le vieux que j’ai pris dit toujours comme moi; Et si, par grand hasard, il me prêche abstinence. C’est chose de santé plus que de continence.

Je ne hiéme personne et ne m’émeus de rien.

Doux pour moi, bon pour tous, je ris et mène à bien. Sans faire l’esprit fort, ni trancher de l’apélre.

Ma joie en ce bas-monde et mon salut dans l’autre.

rAOLU.

Et tu vis d’un œil froid nos autels profanés?

El) bien !

On assure, et je crois... non, non, je ne crois rien. S’il était vrai!

I Je ne le puis; je Irenible.

j Oh ! non ; je maudirais le jour qui nous rassemble ; : Imigi, traître à son Dieu !

Qui répand ce bruit-là?

C'est faux?

Quelque ennemi !

Tu l'allirmcs ?

Leurs trésors détruits?

•Ao]| pas.

Abandonnés

Au pillage, aux fureurs d’un peuple frénétique?

MAACO.

Et que pouvait contre eux un pauvre domcslic|uc? J’ai crié, mais tout bas; car à ne |K)int mentir.

Je n'eus jamais en moi l’étulTc d’un marty r.

fAOlO.

Je devais donc trouver cette tiédeur de zèle Dans le vieil héritier de la foi paternelle!

Et de CCS insensés il n'est pas le plus graml :

Le moindre crime ici, c’est d’étre indilléixiit. Luigi?...

Vous hésitez !

•Mon bon frère...

I Coiuinc on brouille les gens !

PAOLU.

! Achève; je t’écoute,

j J’arrivais convaincu ; tu m’as |>arlé, je doute :

I Le rc|>ousual.

Je lioulc ; ail! sois béni!... .Mais |>uis>jc croire en (oi.

Lh ! pourquoi pas?

Cliréiien incertain dans la fui !

Incertain!

(Àœur j;lacc !

XARCU.

Soijflicz que je in c\plii|iu\

FAOLII.

Tu le souviens encor que lu fus cailioliquc;

Tu ne l'es plus.

11 vous aiim*.

l'NK FAMILKF AU TEMPS DE LUTHER.

COÜ

rioi.o. I

Tu ne l’es plus ; va, fui.

■ ASCO, A lurt. ,

Je le suis trop pour elle cl pas assez [tour lui. !

PAüLO, OKEntrant le mesMger.

J'ai besoin d'<}tre seul; chez moi conduis cc( lioimue : Je yeux lui confier une lettre pour Uouic ; i

Je vais l'écrire.

H&ICO. !

Au moins... i

PAOLO. I

Qu'il la prenne en parlant. |

MABCO.

Au moins voyez lacliambreoù vous vous plaisiez laiit. ,

PAOLO

Non, sors! j

XABCO. ^

Des <leux côtés voilà qu'on nie soupçonne : | Soyez donc modéré pour ne plaire à personne. |

Au meuas^r en lui montrant lej ilogrëi qui conUulienl A 1a

ctumbre de Paolo. |

.Moulez.

SCÈ^t Vil. j

PAOLO

Dieu me l'a dit; Dieu m'a dit ; t Je le veux. > ^ J'ai senti sur mon front se dresser mes cheveux;

Il m'a répété : i Marche ! > et, jdein d'un saint couragi'. J'ai pris, pour obéir, mon bâton de voyage ; I

J'ai marché; me voici!... Mais devant raitciilai j

Qui sans vie à mes pieds doit jeter l'apostat, |

Mon bras peut hésiter si Dieu ne le décide. {

Apostat? lui. jamais! plutôt moi... fratricide! I

Kl puisque j'ai faibli malgré tous mes efforts, j

Je ne puis me lier par des nceuds assez forts ;

Kerivoos.

Il a'aHlcd prù‘< de la table. j

< Au révérend frère Anaslasio, )H'niieiicier de j

I Sainie-Maric-Majeure. ^

t Mon père, » |

Ma main tremble. j

( Peut-être le bruit répandu sur l'apostasie de inun ^

> frère n'est qu'une œuvre de mensonge, ou, du moins,

> je pourrai par mes paroles raffermir sa foi chancc-

> lanic. Tel est le devoir que je me suis imposé en ,

> in'édairaiil de vos conseils, cl qu'il me sera donne | » de remplir si votre pieuse inspiration m'anime. > i

Inexprimable ivresse!

Mon cœur sc rouvrirait, et des pleurs de lendrcsst', 1^8 pleurs rafraichissanls, par la joie arracliés, Jailliraient vers mon Dieu de mes yeux desséchés!

« Mais il est une autre mission connue de moi seul * et que j'ai reçue d’un plus grand, d’un plus saint que ) vous, du Tout-Puissant, qui ne veut pas que je sois » séparé de mon frère durant cette vie dont les joies » ou les tourments seront sans fin. Priez donc, oh ! » priez à genoux, pour qu'il ne se fasse pas, en s'ob- » stinant à se perdre, une vertu de rendurcissement ; I car, je l'ai juré à Dieu, et je vous écris pour vous le » jurer à vous-méme, la veille de son abjuration... » l.a veille! et si demain... Ah! qu'il cède, qu'il vive. Qu'il vive, et que jamais cette veille n'arrive!

< La veille de son abjuration, je supplierai le ciel,

> les mains jointes et le front contre terre, de répan-

> dre sur lui les grâces d’un dernier repentir, cl, diU

> mon âme sc déchirer.... je sauverai la sicnrre. i

SCEiNE VIII.

PAOI.O , MARCO , ijiii cUscend tiiii'i du mesmyu . mzu).

Je cours vers voire frère.

PAOLO, *e roluuriijiitl bruMiiicuK'iil.

Hein ! quoi? qui m'a parlé?

Où vas-tu ? Que vcux-lu ? T’avais-je rappelé ?

Que m’as- lu dit ?

MABCO, intlmlilr.

Pardon !

PAOLO

, Vers mon frère!

MABCO.

Sans (lunfc,

El je vais, j'en suis sûr, le trouver sur ma roule,

Qui, les deux bras tendus, cl de larmes baigné...

PAOLO, av«c douceur.

Va, Marco!

MABCO, soft«nt.

Je m'y perds.

SCÈ.NE IX.

l’ACILO, i.E MESSAGER, OU joml.

PAOLO, reiirru4itl la pltinic.

AcllCVüIIS.

* Si je reviens parjure, nionlrcz-moi celle lettre, et

COG

tXK FAMILLE Al* TEMPS DE UTllER

» «jiie laïualédiciion de mon souverain juge |>èsc sur i » moi dans ce monde et dans l'auirc; je l’accepte. En

I signant ce que je vous écris, je mets mon nom au '

» bas de mon éternelle condamnation. i |

Il se iè«c. I

J'ai signe.

Au messager.

Piétro, rends celte lettre à celui qui m'envoie.

Le messager sort.

J'aurai consoimnc l’œuvre avanl qu'il me revoie.

TlltCLA, au dehors.

II est ici!

LtlGl, de mime.

Mon frère?

p.voio.

Ail ! qn’enlciids-je? à ce cri,

('.e cri qui m'est si doux, frissoniiani, attendri,

De joie et de douleur je sens mon cœur se fondre : iNos bras vont s'enlacer, nos sanglots se confondre,

El j'ai signé !...

LIIGI.

Réponds-nous.

PAOLO

Ne vivant qu'à demi,

Chancelant sous le poidsd'un bonbeurqui m'oppresse, > Puis-je trouver des mots pour en |>cindrc l ivrcssc ! Lvicr.

I Nous teregrcUionsiaiil!

I TDÉCLA.

‘ J’ai tant eémi sur toi !

Moi, sur vous!

PAOLO, A Thêcia.

TIltCLA.

Je n'étais que mallicurcusc.

PAOLO

El moi ,

J'étais coupable?

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