I.C ciel vous a dotés de ses faveurs secrètes
Vous avez vu les fruits de vos nobles travaux D'un public idolâtre emporter les bravos :
Soit que, les yeux en pleurs, sur la scène il contemple Benjamin, Clyiemnestre et les héros du temple;
Que deux amis rivaux, pour corriger Paris, Reproduisent Térence cl Plaute en leurs écrits ;
Soit que vous décriviez, sur le mont d’Aonie,
Les doux travaux des champs et les lois d'Eranie; Que la grave Clio vous prèle son burin ,
Ou qu'Apollon vous guide, un Homère à la main ;
Je le sais, une étude et constante et profonde Des triomphes pour vous fut la source féconde, l/étudc, à vous entendre, est un divin secours;
De rexisiencc entière elle cnibcllil le cours...
Hèlielle sur ce point , pardonnez si ma plume Prouve que ces plaisirs sont roélés d'amertume ;
' Que, semblable à ce mets du bossu Phrygien,
I L’étude est un grand mal comme un souverain bien.
Le besoin de parler m’entraîne à contredire ;
I Je suis vieux et docteur, passez-moi mon délire.
' Hcoreux, heureux le temps où les premiers humains j Du temple de Mémoire ignoraient les chemins!
I Non pas qu’au siècle d’or ma muse les couronne I Des éternelles fleurs d’un printemps monotone;
Non que je prise fort l’innocence des mœurs,
I Qui dans un lourd repos assoupit nos humeurs , Ëicint des passions les flammes immortelles;
I II u'est point de grandeur, point de bonheur sans elles. ! Humains, j’aime â vous voir, en ce siècle vanté,
' Jouir avec excès de votre liberté.
Dans de vieux préjugés votre esprit à la gène N’était pas en naissant accablé sous sa chaîne ;
Vous n’aviez |M)inl payé, par d'arides travaux ,
IvCS tristes visions qui troublent nos cerveaux ;
De la nature encor vous respectiez les voiles ;
Qui de vous disputait sur le cours des étoiles ? j la* fanatisme ardent, qui parle au nom du ciel ,
J Ne gonflait point vi»s cœurs d’arrogance et de fiel ;
' Des socles et des lois dédaignant l'esclavage ,
Vous réfléchissiez moins, vous sentiez davantage. Votre amour est farouche et tient de la fureur;
Votre prompte injustice imprime la lerrciir;
Él'lTRE A MESSIEURS DE 1,’ACADÉMIE FRANÇAISE.
Mais dans Taspérilé de vos vertus naïves Brillent du naturel les traces primitives.
J'admire plus cent fois ce lion furieux ,
Qui y la gueule béante et le sang dans les yeux ,
Les ongles tressaillants d'une effroyable joie ,
Suit son instinct féroce et déchire sa proie,
Que ces ours baladins, sous le bâton dressés ,
Étalaul aux regards leurs ongles émoussés,
Iveur gueule sans lionncur, ijuc le fer a flétrie, Attributs impuissants d'une race avilie.
Las d'un libre destin , las de sa dignité,
L'bonime sur scs autels plaça la vanité.
Le front chargé d’ennui l’élude prit naissance ,
Et l'erreur, à sa voix, détrôna l’ignorance.
L'homme a dit (1) : < Je sais tout et j'ai tout défini :
* J’ai pour loi la raison, pour borne l’infini.
> L 'étude nie ravit à des liaulcurs sublimes :
* De ce globe étonné j'ai sondé les abîmes
* Cet élément subtil dont il roule entouré,
* Ce feu, de tous les corps le principe sacré,
» L'onde qui les nourrit de scs flots salutaires,
* N'ont pu contre mes yeux défendre leurs mystères.
» Est-il quelques secrets, cachés au fond des deux ,
» Que n’ait point pénétrés mon regard curieux?... » Moins fier de sa raison, il eût mieux dit peut-être :
4 J'ai su tout expliquer, ne pouvant tout connaître. * L'insensé! quels combats il s'épuise à livrer,
Pour détruire un mensonge ou pour le consacrer!
Que d’elTorls malheureux, que de veilles stériles!
Qu’il érige à grands frais de sysièuic.s fragiles! Ploléinéc, illustré par cent travaux divers (2) ,
Dans un ciel de cristal fuit tourner fuiiivers;
D’autres, soiiinellatu tout aux lois de Polymnie (5), Des cercles étoilés ont noté rbarmonie.
Si le temps nous éclaire et les a réfutés Le temps de mille erreurs a fait des vérités.
Tout le savoir humain n'est qu'un grand labyrinthe. L’élude nous conduit dans celle obscure enceinte:
De son CI embrouillé, qui s'allonge toujours,
On suit péniblement les tortueux détours;
ft) l.ocuUis snm in rordc m«o. dierns : Frce maj'nua ciTcctus «uni , ftt præceMÎ omnc« supieutiA qui fuerunt inic me in Jeru- Micm ; et mens mea Cûo(cm|ilala eti miiit a aapiriile r , cl «lidici.
Iicüique l'or meum iil ftcii-cm pnulcnli«m aiqiic JoclrinAm, erronu cl stultitinm ; cl ajjaovi qiiod in hi« qimquc eeset Ubar rt afflietto kpirilûi. ( EccLCtucTa», rap. 1.)
(9j rtolciu^, Mirnommc le Trè*-Sa^ et le Dirin , «uppoAA l'enistcnce iTun dernier cîc) de crUlal qui imprimait le mou- Acnient A loua Ica antre».
(7) On connaît le» idée* de» anciens sur l'Iiarmonie des corju cclesie*. P>tha('orc et ses disciples avaient représenté parle» ! sept notes de la musique les sept planètes alors connues.