‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 66 sur 669 · I.C ciel vous a dotés de ses faveurs secrètes · texte numérisé non relu

I.C ciel vous a dotés de ses faveurs secrètes

Vous avez vu les fruits de vos nobles travaux D'un public idolâtre emporter les bravos :

Soit que, les yeux en pleurs, sur la scène il contemple Benjamin, Clyiemnestre et les héros du temple;

Que deux amis rivaux, pour corriger Paris, Reproduisent Térence cl Plaute en leurs écrits ;

Soit que vous décriviez, sur le mont d’Aonie,

Les doux travaux des champs et les lois d'Eranie; Que la grave Clio vous prèle son burin ,

Ou qu'Apollon vous guide, un Homère à la main ;

Je le sais, une étude et constante et profonde Des triomphes pour vous fut la source féconde, l/étudc, à vous entendre, est un divin secours;

De rexisiencc entière elle cnibcllil le cours...

Hèlielle sur ce point , pardonnez si ma plume Prouve que ces plaisirs sont roélés d'amertume ;

' Que, semblable à ce mets du bossu Phrygien,

I L’étude est un grand mal comme un souverain bien.

Le besoin de parler m’entraîne à contredire ;

I Je suis vieux et docteur, passez-moi mon délire.

' Hcoreux, heureux le temps où les premiers humains j Du temple de Mémoire ignoraient les chemins!

I Non pas qu’au siècle d’or ma muse les couronne I Des éternelles fleurs d’un printemps monotone;

Non que je prise fort l’innocence des mœurs,

I Qui dans un lourd repos assoupit nos humeurs , Ëicint des passions les flammes immortelles;

I II u'est point de grandeur, point de bonheur sans elles. ! Humains, j’aime â vous voir, en ce siècle vanté,

' Jouir avec excès de votre liberté.

Dans de vieux préjugés votre esprit à la gène N’était pas en naissant accablé sous sa chaîne ;

Vous n’aviez |M)inl payé, par d'arides travaux ,

IvCS tristes visions qui troublent nos cerveaux ;

De la nature encor vous respectiez les voiles ;

Qui de vous disputait sur le cours des étoiles ? j la* fanatisme ardent, qui parle au nom du ciel ,

J Ne gonflait point vi»s cœurs d’arrogance et de fiel ;

' Des socles et des lois dédaignant l'esclavage ,

Vous réfléchissiez moins, vous sentiez davantage. Votre amour est farouche et tient de la fureur;

Votre prompte injustice imprime la lerrciir;

Él'lTRE A MESSIEURS DE 1,’ACADÉMIE FRANÇAISE.

Mais dans Taspérilé de vos vertus naïves Brillent du naturel les traces primitives.

J'admire plus cent fois ce lion furieux ,

Qui y la gueule béante et le sang dans les yeux ,

Les ongles tressaillants d'une effroyable joie ,

Suit son instinct féroce et déchire sa proie,

Que ces ours baladins, sous le bâton dressés ,

Étalaul aux regards leurs ongles émoussés,

Iveur gueule sans lionncur, ijuc le fer a flétrie, Attributs impuissants d'une race avilie.

Las d'un libre destin , las de sa dignité,

L'bonime sur scs autels plaça la vanité.

Le front chargé d’ennui l’élude prit naissance ,

Et l'erreur, à sa voix, détrôna l’ignorance.

L'homme a dit (1) : < Je sais tout et j'ai tout défini :

* J’ai pour loi la raison, pour borne l’infini.

> L 'étude nie ravit à des liaulcurs sublimes :

* De ce globe étonné j'ai sondé les abîmes

* Cet élément subtil dont il roule entouré,

* Ce feu, de tous les corps le principe sacré,

» L'onde qui les nourrit de scs flots salutaires,

* N'ont pu contre mes yeux défendre leurs mystères.

» Est-il quelques secrets, cachés au fond des deux ,

» Que n’ait point pénétrés mon regard curieux?... » Moins fier de sa raison, il eût mieux dit peut-être :

4 J'ai su tout expliquer, ne pouvant tout connaître. * L'insensé! quels combats il s'épuise à livrer,

Pour détruire un mensonge ou pour le consacrer!

Que d’elTorls malheureux, que de veilles stériles!

Qu’il érige à grands frais de sysièuic.s fragiles! Ploléinéc, illustré par cent travaux divers (2) ,

Dans un ciel de cristal fuit tourner fuiiivers;

D’autres, soiiinellatu tout aux lois de Polymnie (5), Des cercles étoilés ont noté rbarmonie.

Si le temps nous éclaire et les a réfutés Le temps de mille erreurs a fait des vérités.

Tout le savoir humain n'est qu'un grand labyrinthe. L’élude nous conduit dans celle obscure enceinte:

De son CI embrouillé, qui s'allonge toujours,

On suit péniblement les tortueux détours;

ft) l.ocuUis snm in rordc m«o. dierns : Frce maj'nua ciTcctus «uni , ftt præceMÎ omnc« supieutiA qui fuerunt inic me in Jeru- Micm ; et mens mea Cûo(cm|ilala eti miiit a aapiriile r , cl «lidici.

Iicüique l'or meum iil ftcii-cm pnulcnli«m aiqiic JoclrinAm, erronu cl stultitinm ; cl ajjaovi qiiod in hi« qimquc eeset Ubar rt afflietto kpirilûi. ( EccLCtucTa», rap. 1.)

(9j rtolciu^, Mirnommc le Trè*-Sa^ et le Dirin , «uppoAA l'enistcnce iTun dernier cîc) de crUlal qui imprimait le mou- Acnient A loua Ica antre».

(7) On connaît le» idée* de» anciens sur l'Iiarmonie des corju cclesie*. P>tha('orc et ses disciples avaient représenté parle» ! sept notes de la musique les sept planètes alors connues.

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