‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 78 sur 669 · D’UNE SCÈNE DE L’HÉCUBE D’EURIPIDE · texte numérisé non relu

D’UNE SCÈNE DE L’HÉCUBE D’EURIPIDE

IIÉCI BE, POLÏXÈNE, IXYSSF., Gardes.

riYssi.

Forcé de remplir un devoir trop scrorc ,

Je viens porter le deuil dans l'âme d'une mère;

Mais Achille commande , Achille est écouté ;

,\ regret j'accomplis l'arrêt qu'il a dicté.

DEa'DB.

Achille , cc hourreau de toute ma famille ,

Vivant, tua mon fils, mort, égorge ma fille!...

0 trop heureux Hector! c’est moi qui te survis ,

Pour mourir chaque jour dans chacun de mes fils , Pour rester seule au monde et périr la dernière, Sans trouver un ami qui ferme ma paupière!

A Vlyuc qui fait tio pan vrra Poljsènc.

J'ai droit à la pitié, l'obiiendrai-jc de toi?

Cruel , arrête, écoute !... Ulysse, écoutez-raoi.

tLYSSE.

Je sais quel saint respect tant de malheur récl.'tmc ; Parlez.

nÈcPBs.

Vous souvient -il du jour où , dans Pergamr , Caché sous un faux nom , déguisant vos projets, Vous veniez des Troyens surprendre les secrets? Hélène pénétra cet important mystère ;

Seule de son secret je fus dépositaire.

Ulysse, quel Troycn ne vous eût condamné?

A mes picrls , sans espoir, vous étiez prosterné,

El , glacé par la mort à vos regards présente,

Vers moi vous étendiez une main suppliante; N'étais-jc pas alors arbitre de vos jours?

ILYSSB.

H'un seul mot votre bouche en ciU tranché le cours. Vous pouviez me punir...

HÉr.CBZ.

Je le devais peiil-éire ,

Ingrat ! et ma pitié ne te fil point connaître.

Je t'épargne un trépas honteux et mérité ;

Tu me dois tout, l'honneur, le jour, la liberté,

El tu veux m’accabler , et , pour rcconnaiss.'mce.

Tu prends un soin cruel d'irriter ma souffrance.

Sur l’esprit des soldats , que ton art a séduit , L'ouvrage de mes pleurs par toi seul est détruit ;

Pour Achille cl les dieux c'est loi qui les décides.

I.CS dieux commandent-ils à vos mains parricides De traîner des captifs sous le couteau mortel.

Comme de vils troupeaux réservés à raiitcl ?

Mais je veux que, flatté, d’une pareille offrande ,

En faveur d’un héros le ciel vous le contmande. Est-ce à moi d'honorer de ce tribut sanglant Celui dont les exploits ont déchiré mon flanc?

Faut-il sacrifier ma fille à sa mémoire ?

Doit-elle de scs jours payer votre victoire ?

Pour mourir sous vos coups quels sont scs altcntuls ? Elle n’a point causé nos funestes débats.

Et , brûlant sur ces bords d’une flamme adultère. Appelé dans nos champs la famine el la guerre.

Une autre a divisé les Grecs et les Troyens;

Elle seule a perdu vos guerriers et les miens.

De son crime au tombeau qu’elle emporte la peine ; Justifiez les dieux en punissaul Hélène.

Mais respectez ma fille, épar^cz mes vieux ans; Laissez-moi cet appui de mes pas cbancclanls.

Près d'elle mes douleurs me semblent moius amères. En elle je retrouve et son père et ses frères.

C’est me ravir encor tout ce que j’ai perdu Que m’enlever ce bien par qui tout m est rendu ,

CiC doux et cl>er trésor qui me reste de Troie ,

Mon guide, mon espoir , ma famille et ma joie. Rcouiez ma prière el soyez généreux;

Instruit par vos malheurs, plaignez les inallicurcux.

; Ulysse, [>ar ma voix l’équité vous supplie

Ilü

IMITATION UE LTIECUnE D’EURIPIDE.

De ne point opprimer qui vous sauv.') I.a vie.

Qu'un serviec passe vous parle ici pour nous.

Je vous vis à mes pieds , j’embrasse vos genoux ;

Je vis couler vos pleurs, tournez sur moi la vue . (arntemplcz rinrortune où je suis desecuduc.

Moi, veuve de Priam , j'implore vos regards,

El je baise la main qui livra nos remparts :

Qui , vous nous dél'endrez , vous serez notre asile ; Sauvez-nous ; retournez vers le tombeau d'.Acbille. De remords combattu , Pyrrhus doit liésiter ;

Atriile i vos discours ne pourra résister ;

Vous saurez dans les coeurs éveiller la clémence ; Vous Déchirez les Grecs, et si votre éloquence De Calclias et des dieux désarme le courroux ,

Vous ferez plus pour moi que je n’ai fait pour vous.

l I.T5SE.

Que ne m’est -il permis de remplir votre attente ,

El de soustraire aux dieu.\ votre fdic iimocciite !

Si mon intérêt seul m’ordonnait d'obéir ,

Je n'Iiésitcrais pas , llécube , à le traliir ;

Mais le salut des Grecs défend que je balaiire.

UZCIBE.

Je ne ]>uis ébranler sa féroce constance.

Ta douce voix , tes pleurs sont mon unique espoir : Parle-lui ; c'est à toi d'essayer ton pouvoir.

POLV XtXE.

Vous détournez les yeux , seigneur, votre courage D’un regard suppliant redoute le langage ;

Faible contre mes pleurs , il craint de s'attendrir. ’ Ne vous alarmez pas ; je suis prête ù mourir.

Quand j’ai vn de si haut s'écrouler ma fortune , Puis-je encor regretter une vie importune ?

L'hymen me promettait un illustre avenir ;

Au sang de mes aïeux les rois fiers de s'unir. Déposaient à mes pieds l'orgueil du diadème.

Priam, sembl.able aux dieux dont la bonté suprême Devait de son empire éterniser le cours,

EiU régné leur égal , s’il eût régné toujours.

Ce monarque n'est plus, cl moi, je suis captive. Vous m'ouvrez une roule à l'infernale rive.

Et je balancerais ! et je vivrais encor ,

Pour voir ma liivcrié marebandée à prix d'or !

Et j’irais dans les murs d’une ville ennemie Traîner de mes destins Thorrenr cl l’infamie !

En liymeii Délrissanl unirait , dans -Argos,

La race d'un esclave à celle des héros !

Parlez : quel est le sort le plus digne d’envie :

La gloire avec la mort , l’opprobre avec la vie ?

Qui choisit son destin est libre dans les fers ;

Je le suis , j'ai choisi , finissez mes revers.

•Vu trépas qui m’attend , sans terreur je me livre ;

1 Console-loi , Priant , ta fille va le suivre ;

El loi , dont le courage a passé dans mon coeur , Hector, ouvre tes bras pour recevoir la sœur !

RÉCUOE, auxMlila^D.

I Foulez donc sous vos pieds une mère éperdue.

I Lâches, par son danger la force m*cst rendue....

I Qui pourra désunir nos bras entrelacés!

j CLYSSE.

! Aux oixlrcs de vos rois , soldats, obéissez.

POLYXfeXE.

I Ah ! seigneur, épargnez sa tendresse imprudente.

Ma mère, voulez-vous qu'une foule insolente Ose, dans ses fureurs, souiller vos cheveux blancs ?

I Voulez-vous qu'elle insulte à mes restes sanglants Et que, pour vous punir, une dernière illjlll^»

Vous condamne h les voir privés de sépulture ?... Obéissons aux Grecs, il les faut désarmer;

A la clarté du ciel mes yeux vont se fermer.

BECl'BE.

Sans moi dans les enfers tu descendras, ma fille !

POLTXÊXB.

Folyxènc aux enfers trouvera sa famille.

becceb.

El moi , qui vieillirai sous le poids des douleurs ,

Aux flots de l'Euroias j’irai mêler mes pleurs.

POLYXtüB.

j Pour vous aux sombres bords que dirai-je à mon père?

, BÈCrBE.

j Dis-Iui que ton trépas a comble ma misère.

I rOLVXZ.YE.

I Que dire à votre Hector ?

uZetse.

Que Perg.imc n’csl plus ; Qu'Andromaqiic gémit dans les fors de Pyrrliii.s. roLYXtNE.

Adieu , ma mère ! adieu , rivages du .Seninandre ! Lieux sacrés, où demain reposera ma cendre !

Chers débris d'ilion, tombeaux de mes aîeiix, Cliampsoù régnait Priam, recevez nie.s adieux.

Vous, mnlhcurcuse Jlécubc , o vous dont la tendresst* Pour un plus beau destin eleva ma jeunesse,

M ■» niérc", embrassez-moi... pressez-moi dans vos bras. .. Je vous quitte, il le faut, ne me retenez pas.

De nos derniers tourments épargnons-nous la vue,

\ ütre douleur ni'aeeabic, cl ma douleur vous tue...

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