‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 96 sur 669 · MONTFORT · texte numérisé non relu

MONTFORT

Un perfide, un parjtm* ,

LES VÊPRES SICILIENNES. — ACTE II

i^ui dcchirc la main dont il fut protégé,

Qui sous de faux dehors h mes yeux se déguise,

Abuse des secrets surpris à ma franchise.

Qui me perce le sein des plus sensibles coups.

Qui me trahit , me lue ; et cet ami , c'est vous î

LOIÊO.VV.

Moi!

■ OmORT.

Vous, ingrat,oui, vous; votre audace est extrême : \ ous attaquer à moi ! me ravir ce que j'aime ! lorsoav.

Je devrais mépriser celte aveugle fureur;

Mais je veux bien descendre à vous tirer d'erreur.

Que me reprochez-vous? un amour légitime.

Que je pouvais nourrir et vous cacher sans crime. Avant de déclarer vos projets et vos feux ,

Aviez-vous mis, seigneur, un prix à ces aveux? lx!S ai-je provoqués par quelque lâche adresse?

Cet ami, dont Monifort méconnaît la tendresse, iVofondément blessé, ne se plaint qu’à regret ;

Mais vous tralnssait-il en gardant son secret?

■ONTFOST.

'ous l’osez demander, quand votre tyrannie N use de son pouvoir sur la faible Amélie ,

Quepour troDipor mes vœux, que pour forcer son choix! lorSbax.

En loyal chevalier j’ai réclamé mes droits.

■OFITFORT.

'os droits! et d’où vous vient cette arrogance insigne, fie disputer un cœur dont je me suis cru digne?

LORËDAX.

fl un discours si hautain justement irrité,

Je vous en dois Je prix , seigneur, la vérité.

Ces courtisans nombreux, que la France a vus naître, Encensent dans vos mains le sceptre de leur maître : Hélas! je me crus libre en l'adorant comme eux...

Mais mon malheur m'apprend qu'il est des malheureux. Mes yeux s’ouvrent enfin sur le sort de mes frères; Crovez-moi, redoutez l’excès de leurs misères.

Ne forcez point ce peuple à sortir du devoir,

E^i par pitié pour vous craignez son désespoir.

MOXTFORT.

Insensés! eh! que peut votre rage inutile? f inq clævaliers français ont conquis la Sicile !

LORËDAV.

Leur vertu les fit rois bien plus que leur succès :

Us étaient généreux, humains, vraiment Français.

Cos valeureux enfants deranlique Neiisiric Hune race infidèle ont purgé ma patrie;

Mais vous, quels sont vos droits, vos litres? Nos revers!

Mais vous, qu’avez-vous fait, que nous donner des fers? Allez, votre amitié ne veut que des esclaves;

Ses dons sont llétrissants, scs nœuds sont dos entraves; Je les brise, et Ininis un elTorl de fierté,

Qui me rend mon estime avec ma liberté.

MOXTFORT.

Soyons donc ennemis! oui, je vous abandonne, Dépouillé de réclat que ma faveur vous donne. Retombez dans la foule où vous étiez plongé ;

Je ne vous parle plus qu’en vainqueur outragé,

Qu'eu maître tout-puissant qui veut qu'on obéisse. Désormais vous pourrez m'accuser d’injustice .

De vos ciiagrius amers me proclamer l’auteur :

Je deviendrai pour vous tyran, persécuteur.

Perdez, perdez l’espoir d'obtenir Amélie;

Qu’à me céder sa main votre orgueil s'Iiuinilie.

Qu'un exil mérité vous dérobe à mes yeux;

Fuyez, je vous bannis, et voilà mes adieux.

Page 1