‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 95 sur 669 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MONTFORT, AMÉLIE, ELFRIDE.

ASÉLIB.

Rcloiirnons sur nos pas... A peine je respire, Elfri(ie...Il n’csl plus Icnips! ciel! que vais-je lui dire?

XONTFOBT.

Combien je dois bénir le bonheur qui me suit!

Ah! madame, vers moi quel dessein vous conduit? Mais pourquoi me flatter d'une fausse espérance?

I Sans doute au hasard seul je dois votre présence ,

I El c'est trop présumer de croire que vos yeux,

I Qui m'évitent partout, me cherchent dans ces licu.v.

I Que vois-je? la pâleur couvre voire visage.

^ Vous pleurez, vous tremblez...

AMÉLIE

] Soutenez mon courage,

: Dieu , soyez mon appui !

! XOXTFORT.

i Vous tremblez près de moi!

Suis-je assez malheureux pour causer votre effroi?

I AMÉLIE

Je venais... Lorétlan...

MüXTFORT.

I il .a parlé, madame?

Aurait-il dévoilé le secret de ma flamme?

Ali! que dois-jc augurer du trouble où je vous vois? Oui, je brûle pour vous et suis fier de mon choix.

LES VÊPRES SICILIENNES. — ACTE IL

Animé d*un espoir peut-être téméraire^

Je veux vous mériter et j'aspire à vous plaire; Ucmettcz-iuüi le soin de finir vos malheurs,

J’irai dans les combats vaincre sous vos couleurs. Dans rOrieiit troublé , plus d'un prince infidèle Au bruit de nos apprêts s épouvante et chancelle; Leur trône est riiérita|;c ouvert à nos exploits :

I>a victoire en courant renouvelle les rois. Souverain à mon tour, du fruit de ma conquête Puissé-jc de mes mains couronner votre tête En m'unissant à vous par un nœud solennel !

AMÉLIE

Nous unis!... nous! le sort qui me fut si crue) Permettrait... Mais, seigneur, la pitié vous égare... Un invincible obstacle à jamais nous sépare : L'ombre de Conradin sanglant, percé de coups , Terrible, vous repousse et se place entre nous.

■ONTFORT.

Ah! ne m'opposez pas cette injuste barrière ;

Jeune encore de la croix je suivais la bannière , Quand Charles par ce meurtre a souillé ses lauriers.

AMELIE.

Vous partagez l'empire avec scs meurtriers!

■O^TFORT.

Vos pontifes sacrés poussent trop loin l'audace ;

De leurs conseils jaloux je reconnais la trace ;

Des ténèbres du cloître ils dirigent vos pas ;

Qu'ils tremblent!...

■OMTFORT.

Vous l'aimez, vous!

AMÉLIE

Seigneur...

MOMTFORT.

Il l'emporte sur moi !

Vous l'aimez!... il semblait insensible à vos charmes. Lorédan, mon ami, lui, mon compagnon d'armes, .Mon frère!... pour me perdre il m'avait obéi...

Il était mou rival... Tingrat... je suis trahi !...

AMÉLIE

Seigneur, à quel penser votre esprit s'abandonne? Quoi! vous le soupçonnez!...

XOTTFORT.

O Dieu ! je le soupçonne !

Sa trahison éclate ü mes yeux indignés;

Je la vois, j'en gémis... c'est lui que vous plaigne/.

Je ne puis soupçonner le traître qui m'outrage !... Vous l'aimez, le mépris sera donc mon partage;

Le mépris... ô furetirf ô cœur trop conliaiil!

AMÉLIE

Croyez...

M05TFORT.

Vous le perdez en le justifiant,

Madame.

AMÉLIE

Je frémis; je crains par ma présence D'irriter contre lui votre injuste vengeance. Ciel! il vient...

AMÉLIE

Arrêtez , et ne blasphémez pas !

Celui dont vous bravez la majesté céleste Refuse ses autels à cet hymen funeste.

Mon père me transmet sa sainte volonté ;

J'entends, j'entends la voix de Conrad irrite :

Il maudit les bourreaux de sa triste famille ,

Et désigne un époux plus digne de sa fille.

■ 0:«TFURT.

Un plus digue!... cl que! est ce rival odieux?

AMÉLIE

l4)rédan doit s'unir au sang de mes aïeux.

lUI^rfüRT.

Lorédan ! se |>eut-il?

AMÉLIE

D'où naît votre sm-prise?

Avant qu il vous connût ma main lui fut promise.

MOATFURT.

A Lorédan? Qu'eiilcnds-jcî

AMEUC.

Il a reçu m.a loi...

H05TF0BT.

Mon courroux sera donc satisfait?

AMÉLIE, i LoretlAll.

Qu’avez-vous exigi*, cruel , et qu'ai-je Cûi?

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