‹ Œuvres complètes de Casimir DelavigneChapitre 98 sur 669 · I.KS VÊPRES SICILIENNES. — ACTE II · texte numérisé non relu

I.KS VÊPRES SICILIENNES. — ACTE II

LOIIÊDAIT.

' Dites ce ravisseur.

Du dernier de nos rois me disputer la sœur!

Montfort, un étranger!

PIOCIDA.

Quel excès d'arrogance!

LoatDAnr.

Il prétend m'écraser du poids de sa puissance :

Le superbe! c’est peu de m’avoir menacé...

PROCIDA

Qu'a-t-il fait?

LORÊDAS.

De CCS murs, mon père, il m'a cliassé.

Il faut que par sa mort...

PROCIDA

l^arlons plus bas; je t'aime :

Je suis de tes affronts blessé comme toi-méme.

Te chasser du palais fondé par tes aïeux?

LORllDA?!.

Kt j’ai pu contenir mes transports furieux!

PROCIDA

0 despotisme horrible!

LORtDAX.

O joug insupportable !

PROCIDA

11 te traite en esclave...

LORtDA?!.

11 me traite en coupable :

Ma honte et mon mallicur sont au comble...

PROCIDA

Mon fils,

Voilà depuis seiac ans le sort de ton pays ; D’étrangers, de bannis, une borde insolente Nous tient depuis seize ans sous sa vci^e sanglante. Quels affronts et quels maux nous ont-ils épai^nés? Oïl fuir, où rc|M)ser nos regards indignés?

Est-il une cité sur ce triste rivage ,

Que no désolent pas le meurtre cl le pillage?

La Sicile a perdu ses plus fermes soutiens.

Chaque jour les honneurs, les dignités, les biens, S'en vont, tout dégouttants du sang de rinnocence, Décorer l'injustice . enrichir la licence.

Contre CCS forcenés les lois sont sans vigueur;

Le commerce inactif expire de langueur.

Tout un peuple au travail attaché (lar la crainte Ranime en gémissant son industrie éteinte;

Il s’épuise à payer leurs plaisirs onéreux;

Rien ne les sali.sfait, rien n'est sacré pour eux.

Que ne profanent pas leurs mains insatiables?

1 >es temples dépouillés les trésors vénérables ,

I Abandonnés en proie à leur cupidité ,

Sont bientôt dévorés par an luxe effronté.

Saint respect des autels, vertus, talents, génie,

: Tout meurt dans la contrainte et dans rignominic!

' O Païenne! ô douleur! déplorable cité,

Oïl sont jtftrrs de gloire et de prospérité?

Le deuiVeoovre (on front flétri par l'esclavage;

Je ne reconnais plus tes mœurs ni (on langage ;

I I..CS supplices, le rapt et les bannissements ' Ouvrent par cent chemins la tombe où tu descends,

I Kt quand tu vas périr, quand tou heure est prochaine ,

I Quand je te vois tomber, expirant sous (a chaîne.

Nos meilleurs citoyens ignorent tes malheurs,

I Et mon fils est l'ami de tes persécuteurs!

I LOatDAX.

I Votre fils veut combattre et s'immoler pour elle.

I Déclarons aux tyrans une guerre éternelle.

PROCIDA

I Silence!... Tes projets sont nobles, ils sont grands,

I Faisons jusqu'au tombeau la guerre à nos tyrans; j Ne la déclarons pas.

lORtDAR.

Je n'ose vous comprendre.

I PROCIDA

! Bientôt nos oppresseurs du trône vont descendre.

LORtOA!f.

Hâtons-nous ; loin de moi ces détours superflus :

; Que chasses de Palcrnie...

I PROCIDA

Ils n'en sortiront plus !

Femmes, enfants, vieillards, tous ceux que l'alliance. L'amitié, l'intérél asservit à la France,

Confondus avec eux, frappés des mêmes coups, Suivront dams le cercueil leurs ombres en courroux.

I 1.0RtDA?f.

; Dois-je vous croire? ô ciel ! quel horrible mystère ! Vous conspirez leur perle l ô forfait ! vous, mon père !

PROCIDA

Tu frémis... homme faible! eli ! vaut-il mieux pour nous Dans des fers étemels vieillir à leurs genoux ?

Vaut-il mieux en ranqiant déshonorer sa vie Que de la prodiguer }>otir sauver la p.alnV ,

Pour briser rinslrumciit de sa captivité,

Lui rendre le l>onbeur, ses lois, sa dignité,

La venger?

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