I.KS VÊPRES SICILIENNES. — ACTE II
LOIIÊDAIT.
' Dites ce ravisseur.
Du dernier de nos rois me disputer la sœur!
Montfort, un étranger!
PIOCIDA.
Quel excès d'arrogance!
LoatDAnr.
Il prétend m'écraser du poids de sa puissance :
Le superbe! c’est peu de m’avoir menacé...
PROCIDA
Qu'a-t-il fait?
LORÊDAS.
De CCS murs, mon père, il m'a cliassé.
Il faut que par sa mort...
PROCIDA
l^arlons plus bas; je t'aime :
Je suis de tes affronts blessé comme toi-méme.
Te chasser du palais fondé par tes aïeux?
LORllDA?!.
Kt j’ai pu contenir mes transports furieux!
PROCIDA
0 despotisme horrible!
LORtDAX.
O joug insupportable !
PROCIDA
11 te traite en esclave...
LORtDA?!.
11 me traite en coupable :
Ma honte et mon mallicur sont au comble...
PROCIDA
Mon fils,
Voilà depuis seiac ans le sort de ton pays ; D’étrangers, de bannis, une borde insolente Nous tient depuis seize ans sous sa vci^e sanglante. Quels affronts et quels maux nous ont-ils épai^nés? Oïl fuir, où rc|M)ser nos regards indignés?
Est-il une cité sur ce triste rivage ,
Que no désolent pas le meurtre cl le pillage?
La Sicile a perdu ses plus fermes soutiens.
Chaque jour les honneurs, les dignités, les biens, S'en vont, tout dégouttants du sang de rinnocence, Décorer l'injustice . enrichir la licence.
Contre CCS forcenés les lois sont sans vigueur;
Le commerce inactif expire de langueur.
Tout un peuple au travail attaché (lar la crainte Ranime en gémissant son industrie éteinte;
Il s’épuise à payer leurs plaisirs onéreux;
Rien ne les sali.sfait, rien n'est sacré pour eux.
Que ne profanent pas leurs mains insatiables?
1 >es temples dépouillés les trésors vénérables ,
I Abandonnés en proie à leur cupidité ,
Sont bientôt dévorés par an luxe effronté.
Saint respect des autels, vertus, talents, génie,
: Tout meurt dans la contrainte et dans rignominic!
' O Païenne! ô douleur! déplorable cité,
Oïl sont jtftrrs de gloire et de prospérité?
Le deuiVeoovre (on front flétri par l'esclavage;
Je ne reconnais plus tes mœurs ni (on langage ;
I I..CS supplices, le rapt et les bannissements ' Ouvrent par cent chemins la tombe où tu descends,
I Kt quand tu vas périr, quand tou heure est prochaine ,
I Quand je te vois tomber, expirant sous (a chaîne.
Nos meilleurs citoyens ignorent tes malheurs,
I Et mon fils est l'ami de tes persécuteurs!
I LOatDAX.
I Votre fils veut combattre et s'immoler pour elle.
I Déclarons aux tyrans une guerre éternelle.
PROCIDA
I Silence!... Tes projets sont nobles, ils sont grands,
I Faisons jusqu'au tombeau la guerre à nos tyrans; j Ne la déclarons pas.
lORtDAR.
Je n'ose vous comprendre.
I PROCIDA
! Bientôt nos oppresseurs du trône vont descendre.
LORtOA!f.
Hâtons-nous ; loin de moi ces détours superflus :
; Que chasses de Palcrnie...
I PROCIDA
Ils n'en sortiront plus !
Femmes, enfants, vieillards, tous ceux que l'alliance. L'amitié, l'intérél asservit à la France,
Confondus avec eux, frappés des mêmes coups, Suivront dams le cercueil leurs ombres en courroux.
I 1.0RtDA?f.
; Dois-je vous croire? ô ciel ! quel horrible mystère ! Vous conspirez leur perle l ô forfait ! vous, mon père !
PROCIDA
Tu frémis... homme faible! eli ! vaut-il mieux pour nous Dans des fers étemels vieillir à leurs genoux ?
Vaut-il mieux en ranqiant déshonorer sa vie Que de la prodiguer }>otir sauver la p.alnV ,
Pour briser rinslrumciit de sa captivité,
Lui rendre le l>onbeur, ses lois, sa dignité,
La venger?