LE RENDEZ-VOUS INUTILE
Hier au soir on nous a fait un conte , Qui me parut assez original; II faut, messieurs ^ que je vous le raconte ; îl est très-court et surtout point moral.
Damis , Églé , couple élégant , volage ,
Étaient unis , mais par le sacrement;
L'amour jadis les unit davantage.
Églé sensible, au sortir du couvent ,
Avait aimé son époux sans partage ;
Quoiqu'à la cour tout s'excuse à son âge,
Damis lui-même était un tendre amant.
Mais tout à coup , sans qu'on sût trop comment ,
Par ton , par air, fuyant le tête à tête,
Avec fracas courant de fête en fêle ,
Croyant surtout avoir bien du plaisir ,
De s'adorer on n'eut plus le loisir.
Un mari mort , on souffre le veuvage ;
Mais quand il vit , c'est un cruel outrage ;
Eglé le sent : Églé va se venger.
Je vois d'ici ces messieurs s'arranger ,
Et minuter le beau brevet d'usage
Au bon Damis. Pour vous faire enrager.
Mes chers amis , Églé restera sage ;
Et du mari l'honneur est sans danger.
Madame , un soir , après la comédie,
Rentre chez elle : aimable compagnie ,
Cercle brillant ; on apporte un billet.
Elle ouvre... ô ciel ! sottise de valet.