‹ Œuvres complètes de Chamfort (volume 2)Chapitre 13 sur 106 · LE HÉROS ÉCONOME · texte numérisé non relu

LE HÉROS ÉCONOME

Pourquoi faut-il que l'humaine faiblesse , Chez les mortels que nous nommons héros, Souvent se montre, et par de tels défauts Qu'en les voyant, on se dit : Pauvre espèce ! Livrons le monde et la gazette aux sots. Pourquoi de l'or l'avidité cupide A-t-elle , hélas ! souillé plus d'un grlfed nom, Flétri, perdu Démosthènes , Bacon ; Et, qui pis est, de sa rouille sordide Atteint Brutus et le premier Caton ?

La vanité me gâte Cicéron ;

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Annibal fourbe^ Agésilas perfide, Luxembourg fat , et Yillars fanfaron :

C'est grand pitié : Catinat.... je ménage Et ma pudeuret les mânes d'un sage.

Sur Mailborough je serai moins discret, Car son péché n'était pas un secret.

Dans l'Angleterre éprise de sa gloire.

Sur sa lésine on faisait mainte histoire , En affublant d'épigramme ou chanson Ce grand rival de Mars et d'Harpagon.

Chez les guerriers ce mélange est très-rare ; Et tout héros est plus voleur qu'avare : Mais je finis, mon prologue est trop long. Pour rej^agner sur ia narration Le temps perdu, courons de compagnie Vite en HollanJe , aux états-généraux . Où l'on, reçoit en grand'cérémonie Des alliés le support, le héros, Ce Marlborough, qui, repassant les flots, S'en va revoir s., brillante patrie.

Le général à Vv indsor est mandé; De ses emplois il est dépossédé , Vu que soudain :, milédi, son épouse, Brusque et hautaine, injprudenle et jalouse, Près la reine Anne a perdu sa faveur.

Sur une robe une^aiguière versée.

Même la jatle avec dépit cassée , Au cœur^yal ont donné de Thumeur.

Tout va changer : la Hollande, l'Empire Baissent le ton, et la France respire.

La paix naîtra de ce grave incident , Qui dans l'Emopc est encor un mystère ;

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liais Mailborough , qui le sait cependant ,

Fait son paquet, et maudit, en partant,

Anne, et sa femme, et la jatte , et l'aiguière;

Ce grand mèche f, ces débais féminins

Ferment pour lui le champ de la victoire.

Il se console à l'aspect de sa gloire ,

Surtout de l*or qu'elle verse en ses mains.

Le Hollandais, moins par reconnaissance

Que pour mater le vieux roi , dit le Grand ,

Va cette fois écorner sa finance.

Faire dépit à cette cour de France

Est, comme on sait, pour messieurs d'Amsterdam^

Le seul plaisir qui vaille leur argent.

La fête s'ouvre, et le vainqueur s'avance ;

Dieux ! quel accueil ! quelle munificence !

On lui prodigue j on étale ù ses yeux

Cent raretés de l'un et l'autre monde;

Mais tout s'efface à l'éclat radieux

D'un diamant le plus benu que Golcondt*

Depuis long-temps ait vu sortir du sein

De son argile opulente et féconde.

Il est trop cher pour plus d'un souverain :

Il est sans prix : nul Juif ne l'évalue .

Déjà placé par uno adroite main

Sur un chapeau qu'au sien on substitue,

Sous un panache, il bril'e au front du lord.

On applaudit sa noble contenance,

Son air, son geste; et l'on pouvait encor,

Comme on va voir , louer sa prévoyance :

Vers un des siens, qui du riche joyau.

Grands yeux ouverts, contemplait la merveille,

Milord s'approche, et tout bas à l'oreille :

«Songe à ravoir , dit-il, mon vieux chapeau. '«

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