LES JEUNES GENS DU SIÈCLE
Beautés qui fuyez la licence ,
Evitez tous nos jeunes gens;
L'Amour a déserté la France
A l'aspect de ces grands «nfans.
Ils ont, par leur ton, leur langage,
Effarouché la volupté ,
Et gardé pour tout apanage
L'ignorance et la nullité ;
Malgré leur tournure i'ragile ,
A courir ils passent leur te iips ;
Ils sont importuns à la ville ,
A la cour ils sont importuns ;
Dans le monde en rois ils décident,
Au spectacle ils ont l'air mécîiant ;
Partout leurs sottises les guident,
Partout le mépris les attend.
Pour eux les soins sont des vétilles ,
Et l'esprit n'est qu'un lourd bon sens ;
Ils sont gauches auprès des filles,
Auprès des femmes indécens.
Leur jargon ne pouvant s'entendre ,
Si leur jeunesse peut tenter
Ceux que le besoin a fait prendre,
L'ennui bientôt les fait quitter.
Sur leurs airs et sur leur figure
Presque tous fondent leur espoir;
Il font entrer dans leur parure
Tout le goût qu'ils pensent avoir.
Dans le cercle de quelques belles Ils vont s'établir en vainqueurs ; Mais ils ont toujours auprès d'elles Plus d'aisance que de faveurs. De toutes leurs bonnes fortunes Ils ne se prévalent jamais, Leurs maîtresses sont si communes j Que la hontajes rend discrets.
Ils préfèrent, dans leur ivresse , La débauche aux plus doux plaisirs, Et goûtent sans délicatesse Des jouissances sans désirs.
Puissent la volupté, les grâces, Les expulser loin de leur cour, Et favoriser en leurs places La gaîté, l'esprit et l'amour!
Les déserteurs de la tendresse Doivent-ils goûter ses douceurs ?
Quand ils dégradent la jeunesse.
En doivent-ils cueillir les fleurs ?
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VERS COMPOSÉS A l'occasion de la fête de m. de vaudreuil.
Dr patronage il faut chanter la fête : A votre tour, Sainl-Joseph, aujourd'hui i Qu'à vous louer ici chacun s'apprête !
Chacun de nous en vous trouve un appui.
DK CRAMFORT. 229
(lehn qu'on vit jadis en Galilée ,
Bénin mari, s'endormir en son lit,
Quand près de lui Marie, un peu troublée,
Dévotement cachait le Saint-Esprit ,
N'est point le saint qu'aujourd'hui ma voix chante ;
J'aime l'hymen , mais je hais un mari ,
Qui, sourd aux vœux d'une beauté touchante,
Dort aux transports d'un cœur qui le trahit.
Que l'innocent, armé de sa verloppe,
Joigne sans art les ais mal assortis
Du vieux sapin qui forme son échoppe,
J'en suis fâché : les grâces et les ris^
Par cette fente en sa couche introduits ,
Des doux plaisirs allumeront l'amorce ;
Et son honneur, par le ciel compromis.
Piteusement reçoit plus d'un entorse.
Quoiqu'en ce monde il soit plus d'un Joseph,
Au vieux patron le mien point ne ressemble;
De son honneur il a gardé la clef ;
Cornes au front pour lui font triste ensemble ;
Il n'est besoin , quand l'amour éveillé
Des voluptés ouvre l'ardente coupe ,
Qu'un doux pigeon tout à coup révélé
Entre les draps se glisse et monte en poupe ;
Il n'est pour lui d'esprit si merveilleux.
Qu'il ne surpasse en exploits amoureux ;
Prompt sans désirs, il n'attend point qu'un autre
Cueille en son lieu la rose du plaisir ;
L'amour n'a point de plus ardent apôtre ,
Et l'amitié de plus noble visir.
Chantons en chœur , amis , chantons la fête
De ce Joseph pour nous si précieux;
;3o COUVRES
Qu'à le louer chacun de nous s'apprête. Qu'un gai refrain charme ce jour heureux.
Docile aux vœux de son cœur éperdu Amour pour lui fait de plus doux miracles. Entre ses mains son arc toujours tendu , D'un trait brûlant, perce tous les obstacles; Et nul oiseau par l'amour alléché N'est en son lit entre deux draps couché , Sinon l'oiseau qui, d'une aile légère, Message au bec , court aii sein des hasards , De Cythérée aimable messagère , Porter au loin un billet doux à Mars ; Ou bien aussi le maître de l'aurore , Qui , fier des feux dont son front se décore , Avec orgueil chante, au sein.de sa cour. Les longs transports de son prodigue amour ; Ou bien l'oiseau que le bon La Fontaine Met dans les mains de certaine beauté , Quand tout à coup , de soupçons agité , Auprès du lit où la belle incertaine Rêve l'amour dont la réalité Naguère encor parfumait son haleine ; Mère en courroux et respirant à peine , Paraît et voit, dans ce simple appareil De deux amans que charme le sommeil , Sa fille aux bras d'un superbe jeune homme. Beau comme Adam avant qu'il eût martgé Le pépin vert de la première pomme ; Et près de lui, côte à côte' rangés, Les charmes nus de sa fille endormie , Rêvant d'amour , d'espoir et d'insomnie.
DE CHA.MFORT. i6l
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