‹ Œuvres complètes de Chamfort (volume 2)Chapitre 83 sur 106 · I Û ŒUVRES · texte numérisé non relu

I Û ŒUVRES

mais connu d'homme qui , en se séparant de soi , conservât poiu' les autres une sensibilité si vive , si prompte et pourtant si durable. Je pense donc comme vous , monsieur, qu'il n'y a personne, sans exception , qui soit plus touché que lui des malheurs récens , dont gémissent tous les amis de l'humanité. Mais je crois sa douleur d'un caractère très-différent que cehii que vous supposez. J'en dis peut-être trop pour vous, monsieur, si vous ne le connaissez pas; mais pour ceux qui le connaissent comme moi , je n'en dis pas assez.

Je serai court sur l'article de votre lettre qui m'est personnel. Je me crois dispensé de vous prendre pour juge de mes principes sur la révolution , fussiez-vous ou eussiez-vous été législateur ; ils tiennent à un genre de sentimens qui paraissent vous être peu connus, et à des idées qui probablement ne vous sont pas assez fami lières pour ne pas vous sembler un peu chimériques. Mais , en me renfermant dans le matériel des faits , trouvez bon que je vous demande si , dans l'énoncé le plus libre de mes opinions , je n'ai pas constamment respecté les personnes , déféré à tous les souvenirs; et si, dans le cas où nul ne s'offenserait d'une générosité honnête, il existe un seul individu qui pût légitimement se plaindre de moi. Voilà sur quoi vous pourriez prononcer, en supposant qu'il vous fût possible d'être juste. Si cette condition vous paraît dure , supposez ce qui vous sera plus facile , que je ne vous aiej'icn demandé du tout.

DE CHAMFORT. 3l3

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