‹ Œuvres complètes de Chamfort (volume 2)Chapitre 82 sur 106 · REPONSE A UN ANONYME · texte numérisé non relu

REPONSE A UN ANONYME

Paris , 1*'"^ décembre 1791.

It. est aussi- rare , monsieur , de répondre aune lettre anonyme , que difficile de 'mettre l'adresse

DE CHAMFORT. 3l I

sur lu réponse. Je réponds néanmoins à votre lettre, parce quelle exprime quelques sentimens d'un ordre que j'ai toujours respecté, et que je respecterai toujours. Je me croirais dur envers vous, si je ne vous pardonnais , dans votre malheur, d'être injuste envers moi.

Il n'y a pas tant de contradiction que vous le pensez , entre le passage (cité dans le Mercure) d'une lettre de M. Chabanon , et la douleur profonde^ même accablante ^ dont on l'a vu pénétré, à l'affreuse nouvelle des désastres de Saint-Domingue. Ehî pouvait-il ne pas l'être, dans le malheur de sa famille qu'il chérit, de plusieurs de ses amis dignes de son attachement, d'un grand nombre de ses concitoyens, colons, connus par leur humanité envers leurs esclaves, enfin de sa patrie commune, la métropole sur laquelle définitivement retombera une partie de ces calamités? Le lien qui accorde des sentimens qui vous paraissent opposés, est le secret des âmes telles que la sienne. Par malheur , le nombre n'en est pas grand ; et pour le rendre, ce lien, visible à tous les yeux, il eût fallut transcrire , non quelques lignes d'un passage isolé , mais la lettre même qui méritait d'être imprimée tout entière. Répétez-moi qu'il a pleuré, abondamment pleuré, qu'il est encore plongé dans la plus amère affliction , ce n'est pas moi que vous étonnerez. M. Chabanon n'est pas de ceux dont on accuse la dureté envers autrui, par celle dont ils sont pour eux-mêmes ; et je n'ai ja-

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