‹ Œuvres complètes de ChamfortChapitre 39 sur 41 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Les deux royaumes de Naples et de Sicile sont réunis — Alphonse d'Aragon est reconnu roi par le pape Eugène. — Nicolas v , pape vertueux. — Mort d'Alphonse en i458. — Calixte in, nouveau pontife, renouvelle les troubles en appelant encore la maison d'Anjou au trône de Naples. — Scanderberg vient au secours de Ferdinand, roi de Naples. — Nouvelle guerre civile. — En 1489 , le comte de Sarno et Petruccio sont décapités. — Charles VU I y héritier des droits de la maison d'Anjou au trône de Naples, entre en Italie à la tête d'une armée. — En 149 \, Charles vnr s'empare de Naples. — Louis xn veut faire revi\re ses droits et sa qualité de roi de Naples. — Partage du royaume de Naples avec le roi d'Espagne. — Frédéric , fils de Ferdinand , et prince vertueux , est enfin reconnu roi, mais est obligé de céder aux forces de la France etdel'Espagne réunies. — Discussions nouvelles entreles Espagnols et les Français. — Les Français sont battus et obligés de qu.tfer l'Italie. — Louis xn renonce à la couronne de Naples. — En i5ofi, le royaume de Naples et de Sicile passe pour toujours sous la domination espagnole. — Le royaume de Naples est opprime par les vice-rois d'Espague. — Sédition de Mazaniello en 1647.

Après la mort de Jeanne n , et la retraite de René d'Anjou, Alphonse, déjà roi d'Aiagon et de Si-

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cile , devenait encore possesseur de Naples : deux fois il avait été adopté par Jeanne; mais le fruit de cette double adoption lui était ravi par les droits que le pape et le testament de la reine avaient donné à René d'Anjou. Les armes à la main, il veut annuler le choix de la reine, son testament et l'investiture du pontife en faveur de la maison d'Anjou; et en souverain habile, il légitima les droits de la force par le sceau de l'autorité pontificale, toujours imposante en Italie. Il fit demander en même temps l'investiture de Napîes à Eugène de Rome et à Félix d'Avignon, promettant de reconnaître pour pape le premier qui le reconnaîtrait pour roi. Félix se trouvait lié aux intérêts d'Anjou, et attendait tout de la France; ce fut donc Eugène qui, profitant des offres d'Alphonse, ratifia par une bulle les premières adoptions et sa dernière conquête.

La Sicile gouvernée par des vice-rois, sous un prince assez puissant pour maintenir la paix, assez éclairé pour protéger les arts, jouissait depuis quelques années d'une heureuse tranquillité et d'une situation florissante. Naples partagea bientôt la même félicité, et dut aux soins du monarque, qui préférait le séjour de ce:te ville, plusieurs de ses embellissemens. Naples et la Sicile respirèrent donc sous un prince ami de ses peuples, des lois et des lettres, refuge et protecteur des savans qui s'exilaient en foule de Constantinople , et dont il sauva même quelques-uns des bûchers il. ar)

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de l'Inquisition. Aragonais, Siciliens, Napolitains, tous se crurent compatriotes sous un monarque qui partageait entre eux ses soins et sa présence, et qui suffisait au bonheur de tant de peuples. Il s'en occupa d'autant plus constamment, qu'une fois établi sur le trône, il eut moins que ses prédécesseurs à lutter contre l'ambition des papes, et qu'il put être bienfaisant avec sécurité. C'est de son temps que monta sur la chaire de Saint-Pierre le vertueux Nicolas v, élu malgré lui-même, homme à jamais respectable, qui , après le schisme d'Occident, nomma doyen du sacré collège son concurrent détrôné , l'anti-pape Félix. Ce pontife dédaignant le faux honneur de briller dans les fastes de la cour de Rome parmi les papes , soutiens de l'ambition pontificale, lui préféra l'honneur véritable de laisser un nom cher à l'humanité. Il partagea avec Alphonse la gloire de faire oublier à l'Italie les calamités qui l'affligeaient depuis long-temps ; mais comme si le royaume de Naples eût été destiné à expier , par un des fléaux de la nature , la tranquillité dont il jouissait sous Alphonse, un affreux tremblement de terre engloutit cent mille de ses sujets (i).

(i) Le roi assistait à la messe; aux premières secousses du tremblement de terre , tout le monde sortait avec effroi ; le prêtre même quittait l'autel : Alphonse le retient et lui ordonne d'achever le sacrifice.

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Ce désastre fut bientôt suivi de la mort d'Alphonse , monarque vraiment digne de l'être, à la mémoire duquel on ne peut reprocher que quelques faiblesses, entre autres celle qu'il eut pour Ferdinand, son fils naturel. Il l'avait nommé son successeur, et avait obtenu pour lui une bulle d'investiture, peu de temps avant sa mort, laissant à son frère don Juan, déjà roi de Navarre, l' Aragon et la Sicile. Ce fut une faute qui fit après lui le malheur du royaume de Naples, que don Juan aurait pu protéger de toute la puissance aragonaise et sicilienne ; c'était le seul moyen d'en imposer à l'ambition des papes. En effet, Calixte ni , qui , après la mort de Nicolas v, avait repris l'ancien système pontifical, et qui avait déjà inquiété les dernières années d'Alphonse, préparait de nouvelles traverses à Ferdinand , possesseur d'un seul royaume abandonné à lui-même. Dès-lors, la branche napolitaine d'Aragon devint l'objet de la jalousie des pontifes , encouragés par l'espérance d'en consommer la ruine. Calixte rappelle en Italie René et Jean d'Anjou; il fomente, il irrite les troubles intérieurs du royaume, et pousse l'emportement jusqu'à soulever contre Ferdinand la puissance ottomane.

Le roi de Naples allait succomber sous tant d'ennemis, lorsque le fameux Scanderberg, se rappellant les grands services qu'il avait reçus du père de ce prince , vola à son secours , et le délivra de tant de puissances liguées pour la ruine

de ses états. Après cette espèce' de triomphe , le monarque eut la faiblesse d'abandonner le gouvernement au naturel féroce et indomptable d'Alphonse son fds, ce qui attira sur lui la haine et le courroux des barons napolitains. Une conspiration se forma sur-le-champ : le comte de Sarno et Petruccio , secrétaire du monarque , sont à la tête; et le pontife, pour profiter de ces temps orageux , appelle de nouveau en Italie un petitfils de René d'Anjou.

Ferdinand découvrit le complot, et montra aux conjurés une fermeté qui ne leur laissait aucun espoir d'échapper aux supplices. Les barons audacieux osèrent lui faire des propositions r • ni étaient très-avantageuses aux rebelles. Le roi dissimula son ressentiment, et crut ne pas devoir les rejeter, en attendant qu'il pût faire repentir des sujets d'avoir traité avec leur souverain. Le pape, le roi d'Aragon et le vertueux Frédéric frère d'Alphonse furent garans du traité, qui par-là devenait respectable à Ferdinand; mais un cce inaccoutumé au crime ne connaît rien de sacré.

Lorsque les esprits fuient calmes, et que la haine ou la crainte eurent cédé à la sécurité, Ferdinand fit éclater une vengeance odieuse et terrible. Le comte de Sarno, entièrement rassuré par les bontés qu'il recevait chaque jour du monarque, mariait sa fille au duc d'Amalfi, et les noces se célébraient à la cour dans le palais même qu'habitait le roi. Ou se livrait à L'allégresse ; la scène

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change : la fête devient une désolation. Le roi, sans respect pour sa parole, pour les droits de l'hospitalité, pour le nom du pape et du roi d'Espagne garant du traité d'amnistie , fait arrêter le comte de Sarno et tous ceux qu'il croit ses complices. Le comte , Petruccio et ses enfans sont décapités dans la cour du château. Une foule de noblesse est proscrite , leurs biens confisqués et envahis. Le roi devient l'horreur du peuple et des nations étrangères. Mais par une fatalité odieuse, et qui révolterait encore davantage si le crime n'était pas lui-même sa punition , Ferdinand , après cet attentat, ne laissa pas de régner six ans, dans une paix et une tranquillité dont il n'avait pas joui jusqu'alors. Ce fut son fils , bientôt son successeur, qui sembla porter la peine tardive des forfaits arrachés à la faiblesse de son père.

Charles vm, roi de France, venait, en montant sur le trône, d'acquérir des prétentions au royaume de Naples. Le comte du Maine , héritier de René, avait , à l'exclusion de son neveu , légué par testament les droits de la maison d'Anjou à Louis xi , son cousin germain. La vieillesse de ce monarque, livrée toute entière dans le sein de son royaume à l'exercice pénible de la tyrannie , et consommant chez lui l'ouvrage de la servitude publique, avait négligé ces droits que réclama bientôt l'ambition mal conseillée du jeune Charles. Le nouveau roi de France apprend que le pape Alexandre vi vient de donner à Alphonse l'inves-

titure de Naples , que Charles demandait pour lui-même. Il lève une armée , descend en Italie ; et une terreur panique avait déjà saisi Alphonse; qui, déposant la couronne entre les mains de son fils Ferdinand u , va cacher dans un cloître la honte de son règne et les remords de sa vie. Il y mourut dans les convulsions d'un désespoir féroce ; et sa mort désirée si long-temps , parut encore trop tardive à ses peuples.

Charles marche droit à Rome, s'en rend maître, demande au pape l'investiture de Naples. Le pontife lui répond naïvement qu'il faut attendre que sa conquête soit plus avancée. Charles sort de Rome, va s'emparer de Naples déjà abandonnée par son souverain. Il confie les places conquises à des gouverneurs, qui , par une conduite téméraire et violente, aliènent les peuples et indisposent tous les souverains d'Italie. Le vainqueur va se trouver réduit à repasser en France ; mais il fallait s'en ouvrir le passage à travers des armées ennemies ; il fallait protéger sa retraite par une victoire , et triompher pour fuir. C'est l'avantage que procura la brillante journée de Fornoue.

Alexandre vi , intimidé par Charles qui le menaçait d'un concile où devait être déposé un pontife qui déshonorait la thiare , avait enfin accordé au roi de France l'investiture de sa conquête ; mais cette investiture lui devenait inutile, ainsi que son couronnement, célébré avec tant de faste à Capoue. A peine est-il repassé en France

que Ferdinand n est rentré dans Naples ; il y meurt , et sa mort est bientôt suivie de celle de Charles vin.

Louis xn , son successeur , qui avait de son chef des droits sur le duché de Milan , se porte pour héritier des droits de Charles vin sur Naples , et s'en était déjà qualifié roi. L'inutile campagne de Charles en Italie avait coûté à la France le Roussillon et la Cerdagne , qu'il avait fallu céder à Ferdinand-le-Catholique , pour acheter son inaction. Louis xn , destiné à être encore plus trompé par ce prince que ne l'avait été Charles vin , craignant d'être traversé dans sa conquête par les prétentions du roi d'Espagne , conclut avec lui un traité par lequel ces deux monarques se partageaient le royaume de Naples, qu'ils devaient tous deux attaquer en même temps.

On vit donc deux rois , l'un nommé très-chrétien , l'autre le catholique , unis pour dépouiller un souverain légitime , demander au pape Alexandre vi , opprobre du saint-siége , lapermission de partager sa dépouille, et dans l'instant où ce pontife est en liaison publique avec le Turc, lui représenter ce pacte unique et révoltant comme un traité religieux qui bientôt va réunir et armer les chrétiens contre les infidèles. Quelle fut la victime de cette union perfide ? c'est le vertueux Frédéric , second fils de Ferdinand ier , qui , lors de la conjuration des barons napolitains ,

était déjà tellement estimé qu'on le força de servir fie garant à son père , et qui toujours plus cher à la nation, venait de parvenir au troue par droit d'hérédité ; c'est lui que l'on vit chassé de ses états par les armes de deux rois ligués , venir recevoir une pension du roi de France et mourir bientôt après , en Touraine , laissant une veuve et des en fans que Louis s'engage par un traité solennel à laisser manquer de tout(i).

Fatalité étrange qui choisit le vertueux Louis xii pour être l'instrument d'une iniquité si cruelle et dont il ne retira aucun avantage! Les Français et les Espagnols furent unis, tant qu'il fallut conquérir ; mais ils se brouillèrent bientôt , lorsqu'ils n'eurent plus qu'à jouir de leurs conquêtes ; il s'éleva, pour le partage de la dépouille de Frédéric , une discussion entre le général espagnol et le vice-roi français.

Nemours , il faut l'avouer, fut l'agresseur ; il remporta une victoire sur les Espagnols ; mais Gonsalve , mieux secondé par sa cour, reprit bientôt l'avantage et chassa les Français battus de tous côtés. Louis souhaite la paix. Ferdinand consent à traiter. Mais tandis qu'il envoie en France

(i"l Louis fut fidèle à cet odieux article de son traité avec Ferdinand. I.a ^eme de Frédéric ayant refusé de se remettre avec ses enfans au pouvoir <\u loi catholique, se retira à Ferrare; ils y moururent tous dans la mi«ère, Louis mi et le roi catholique, leur parent, ne leur faisant passer aucun secours.

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des ambassadeurs à la tète desquels est l'archiduc Philippe son gendre , il ordonne à Gonsaive de poursuivre la conquête de Naples. Qn'arriva-t-il ? Il reçoit à la fois la nouvelle d'une victoire de son général et la nouvelle du traité conclu par Philippe avec le roi de France. Il fait à l'archiduc l'outrage de le désavouer à la face de l'Europe. C'est alors que son gendre put répéter ces mots d'un prince contemporain sur le roi catholique : « Je voudrais , quand il fait un serment , qu'il » jurât du moins par un dieu auquel il crût. »

Louis xn , étonné de la perfidie du roi d'Espagne , s'indigne et veut armer ; mais l'épuisement de la France l'oblige à sacrifier son juste ressentiment. De nouvelles circonstances amènent enfin un traité par lequel il renonce entièrement au royaume de Naples , en donnant pour épouse à Ferdinand . Germaine de Foix sa nièce.

Ainsi, ces longues et ruineuses prétentions de ia maison de France sur le royaume de Naples n'eurent d'autre effet que d'assurer à cette princesse un mariage illustre et malheureux.

La cour de France \ it , dans ce traité , la cession d'un droit litigieux sur un royaume qu'elle venait de perdre. Celle d'Espagne y vit la possession tranquille d'un royaume usurpé , dont elle jouirait désormais , sans craindre pour l'avenir les réclamations d'une maison rivale et puissante , et se hâta de faire un voyage dans ses nouveaux états. Mais ce voyage , que sa politique crut nécessaire ,

montrant de près aux Napolitains leur nouveau maître , diminua leur admiration , et prouva qu'un prince peut remplir l'Europe de sa renommée , sans que sa personne mérite aux yeux de ses sujets les respects prodigués à son nom.

Où l'intérêt et l'action cessent, l'histoire devrait s'arrêter. Mais nous devons un coup-d'œil aux principaux événemens dont Naples ou la Sicile furent les théâtres sous les vice-rois espagnols , ou dans les révolutions qui leur donnèrent de nouveaux souverains. Devenues provinces d'Espagne, malheureuses obscurément, l'ambition fastueuse de Charles-Quint les traita comme un pays de conquête.

La tyrannie sombre et tranquille de Philippe u pesa sur elles plus encore que sur le reste de ses sujets. Sous ses successeurs , Philippe m et Philippe iv , l'Espagne , accoutumée à se croire puissante , et cherchant à prolonger sa méprise , sans cesse affamée d'hommes et d'argent, leur demanda ce que lui refusaient tant d'autres provinces épuisées. Un vice-roi osait-il , dans les temps de calamités , faire des représentations à la cour de Madrid ? c'était demander son rappel. De cette oppression naquirent des tumultes populaires ou des conspirations réfléchies.

Le joug espagnol devint si odieux , qu'on Ait à cette époque Naples sans cesse déchirée par des factions , n'offrir , pendant un long espace , que des scènes d'horreur.

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Les trois frères Imperatori appellent François ier en Italie , et s'engagent à lui en ouvrir les barrières. Campanella , moine calabrois , conçoit la folle idée d'ériger JNaples en république , et porte partout l'étendard de la révolte. Alessi brave la puissance législative, et oblige les souverains à révoquer un impôt sur les grains. En vain un insensé gouverneur de Palerme , forcé de diminuer le prix du bled , crut y suppléer en diminuant le poids du pain.

Mais l'histoire ne nous présente pas de calamités aussi effrayantes que celle où Mazaniello plongea ce royaume ; cet homme de la plus basse extraction, alliant à un caractère féroce une âme téméraire et hardie , entreprit de faire abolir les impositions que le duc d'Arcos, alors vice-roi de Naples , venait de mettre sur les fruits et les légumes, nourriture ordinaire du peuple. Le 7 juillet 1647 , s'étant mis à la tète d'une troupe de mécontens , tous gens de son état , et aussi déterminés que lui , le nombre des. séditieux augmenta bientôt à tel point que le duc d'Arcos fut obligé de se réfugier dans une des principales forteresses de la ville.

Encouragés par cette faiblesse du vice-roi , les révoltés, au nombre de plus de cinquante mille, ayant mis Mazaniello à leur tète , se portèrent à tous les excès et tous les désordres dont est capable une multitude effrénée ; les prisons furent ouvertes , les maisons des principaux nobles livrées

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aux flammes*, et toute la ville pendant six jours , entièrement abandonnée au pillage.

Ce souvenir funeste remplit encore d'effroi les habitans de Naples, dont les pères furent témoins de cette horrible catastrophe ; il n'y eut peut-être jamais d'exemple plus frappant de la fureur d'un peuple révolté, mais en même temps de son inconstance et de sa légèreté. Mazaniello ne pouvant soutenir le poids de la puissance et de l'autorité sans bornes à laquelle il avait été élevé, et se croyant tout permis , se porta à des actions si extravagantes et si cruelles , qu'il devint en horreur à ce même peuple qui la veille venait de le regarder comme son dieu tutélaire. Il fut luimême massacré; on porta sa tète en triomphe au bout d'une pique, et son corps fut traîné avec ignominie.

A peine la tranquillité commençait-elle à renaître dans Naples , que :e duc de Guise vint encore la troubler ; mais sa tentative sur cette ville est l'exploit d'un aventurier magnanime qui , cherchant à rappeler les souvenirs des prétentions de ses ancêtres sur une souveraineté, court à la gloire plutôt qu'au succès dans une entreprise audacieuse, et entend presqu'au moment de sa retraite, les instigateurs de son projet , heureux d'échapper au châtiment, remercier le ciel par des Te Deum de la f.iite du prince qu'ils avaient nommé le protecteur d - la liberté.

La protection donnée par Louis xiv aux Mes-

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sinois qui venaient d'arborer l'étendard de la révolte , est une de ces diversions qui n'ont pour objet que d'inquiéter une puissance ennemie. Louis xiv, vainement reconnu à Messine , abandonne les révoltés au ressentiment de la cour de Madrid, et sacrifie les Messinois au besoin de la paix , par le traité de Nimégue.

Depuis cette époque , nulle révolution à Naples ni en Sicile, jusqu'au moment où, pendant la guerre de la succession, les armes impériales, heureuses entre les mains du prince Eugène , mettent Naples sous le pouvoir de l'empereur , en dépit de la fidélité qu'elle venait de jurer à Philippe v.

Le traité d'Utrecht donne la Sicile à Victor Amédée , duc de Savoie, celui de tous les princes qui était le plus éloigné d y prétendre.

L'empereur traite avec le duc de Savoie, qui reçoit la Sardaigne en échange. La Sicile reconquise par les Espagnols, reprise de nouveau par l'empereur , passe enfin dans les mains de don Carlos , à qui le cardinal de Fleury fait asssurer le prix de ses exploits et la couronne des Deux-Siciles par le traité de Vienne du i5 mai 1734.

Les deux états, heureux sous la domination de don Carlos, comptent parmi ses plus grands bienfaits , celui d'avoir été préservés de l'Inquisition.

Ferdinand vi , roi d'Espagne , son hère , étant mort , don Carlos lui succéda sur le trône d'£s-

pagne , et remit la couronne de Naples à son troisième fils , Ferdinand iv, en 1759, époque d'un gouvernement enfin tranquille et heureux , sous le règne de la branche espagnole de la maison de Bourbon.

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