‹ Œuvres complètes de ChamfortChapitre 38 sur 41 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

La Sicile et le royaume de Naples sont séparés. — Robert, comte d'Artois , régent du royaume de Naples; Robert, duc de Calabre, roi de Naples. — Jeanne ir% fille de Robert, épouse en i333, André , fils de Cbarobert , roi de Hongrie. — André est assassiné à Averse en i345. — Jeanne épouse Louis, prince de Tarente; le roi de Hongrie descend en Italie, venge en i347 la mort de son malheureux frère, et fait jeter Durazzo par une fenêtre. — Jeanne rentre dans ses états. — Vend Avignon au pape. — La Sicile livrée à de nouvelles factions.— Mort de la reine Jeanne ire, en i38a. — Anarchie. — Magistrature créée sous le nom de huit seigneurs du bon gouvernement.— Jeanne 11e monte sur le trône de Naples en i4i4-- — Caraccioli, grand-sénéehal du royaume de Naples et amant de la reine , est assassiné. — La reine Jeanne meurt en i44a-

C/ist ainsi que les crimes de Charles d'Anjou, funestes à. sa maison preque autant qu'à lui-même, marquent la séparation des deux ro}aumes.

DE CnXMFORT. Z]2()

Naples , pendant que son prince languit dans les fers , reste abandonnée à l'autorité de Hubert, comte d'Artois, et du cardinal de Sainte-Sabine. Charles d'Anjou , emportant au tombeau la douleur de laisser son unique héritier entre les mains de ses ennemis , crut devoir les nommer régens par son testament.

Pierre d'Aragon ne jouit pas long-temps de ses triomphes et de sa nouvelle couronne. Se sentant proche de sa fin , il voulut assurer à ses fils la possession de la Sicile. Le pape Honorius refuse aux ambassadeurs de ce prince l'investiture de son héritage, et répond par une excommunication à la demande légitime du nouveau roi.

Les régens napolitains appuyaient de leurs armes impuissantes la haine ambitieuse du pontife, qui se flattait de l'autoriser bientôt par l'aveu et par le nom de Charles n d'Anjou, que l'entremise d'Edouard ier , roi d'Angleterre , venait de tirer de sa prison. Mais il apprend que Charles , par le traité , a reconnu Jacques , second fils de Pierre d'Aragon , pour roi de Sicile.

Le pape irrité renouvelle la guerre , force ce même Charles de réclamer la couronne de Sicile à laquelle il veuait de renoncer par un traité solennel , excommunie Alphonse frère de Jacques , pour avoir trempé dans ce crime , et fait croire à tous les princes de l'Italie qu'il peut seul annuler un traité conclu entre deux rois , par l'entremise (l un souverain.

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Voilà donc Charles , contraint , an nom de la religion , d'être parjure , luisant la guerre an roi Jacques , contre sa conscience et la foi des sermens , et vainqueur , malgré lui-même, ménageant son ennemi dans ses victoires, pour se faire pardonner son infidélité.

Pendant cette guerre , Alphonse meurt ; et Jacques son frère , souverain excommunié de deux royaumes en interdit , passe en Espagne pour se faire couronner roi d'Aragon.

Jacques se voyait deux ptiissans ennemis à combattre ; Charles n , roi de Naples , et Philippe-le- Bel. Le pape avait relevé le premier de la foi des sermens comme d'un crime , et offrait au second la Sicile pour le comte de Valois , son fils: fcette dangereuse position força Jacques à prendre le parti de sacrifier un de ses états pour se conserver l'autre ; il renonça à la Sicile en faveur du roi de Naples.

Ce fut treize ans après les vêpres siciliennes , après treize ans d'une guerre défensive et meurtrière , que cette île malheureuse apprit la nouvelle effrayante d'un traité qui la rendait à la maison d'Anjou. Eile en frémit. La consternation y fut générale et causa le même affroi que la nouvelle des vêpres siciliennes avait produit chez la nation qui en fut la victime. Les États assemblés en tumulte se hâtèrent d'élire pour leur roi , Frédéric , troisième fils de Pierre d'Aragon.

Boniface ne fut pas plutôt informé de la nou-

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velle élection , qu'il accusa de supercherie le nouveau roi d'Aragon , et se crut trompé parce qu'il n'était pas obéi. Jacques courut à Rome dissuader le pontife; et pour le convaincre de son innocence, il ordonna à tous les Catalans et à ses Aragonois de sortir de Sicile. Blase d'Allagon se refusa à cet ordre dicté par la faiblesse, et parut à la tète d'une armée redoutable, croyant son maître trop puissant pour n'être pas légitime. Ce fut par un procédé aussi généreux que ce grand général fit un devoir aux principaux Aragonois de suivre son exemple.

Le peuple sicilien , préférant l'excommunication à la tyrannie, jurait à son prince de lui conserver la couronne au prix de son sang; et Frédéric garda généreusement un royaume qu'il ne pouvait céder sans ingratitude envers son peuple.

Le pape voyant que Charles , malgré ses victoires, désirait toujours la paix, et queFrédéric, malgré ses défaites , trouvait sans cesse dans l'amour de ses peuples des ressources inépuisables pour la guerre, craignit que l'accommodement ne se conclût sans sa participation. Il s'annonce alors en médiateur ; mais se faisant de ce titre même une arme nouvelle contre le roi de Sicile, et cherchant le moyen d'ébranler la fidélité de ses sujets, il envoie à Messine le chevalier Calamandra sur un vaisseau chargé de pardons et d'indulgences promises à Ja rébellion, ruse odieuse et inutile. L'ami rai sicilien Loria refuse l'entrée

du port à ce dangereux navire , et répond par des signaux de guerre à ce ridicule envoyé de paix. Ce fut le dernier service que cet amiral rendit à sa patrie , qu'il va bientôt trahir pour passer au service étranger.

Alors Boni face , perdant toute retenue , défend à Charles de songer à la paix , et cherche à Frédéric un nouvel ennemi dans la personne de Jacques d'Aragon , son frère , qu'il arme enfin contre lui;

La flotte de Frédéric est enveloppée et vaincue au Cap-d'Irlande ; mais le vainqueur lui-même , prévoyant une victoire assurée , avait , par un secret avis , prévenu le prince du danger qu'il courait sur la flotte : générosité qu'il exerçait à l'insu du pape et que méritait Frédéric , qui , dans la guerre même , osa croire au conseil d'un frère forcé d'être son ennemi.

Frédéric, plus heureux sur terre, remporte une victoire et fait prisonnier Philippe , prince de Tarente, fils de Charles d'Anjou ; malgré ce dernier avantage , il demande la paix , unique désir des princes , unique espoir des peuples ; le pape s'y oppose. Boniface appelle en Italie le comte de Valois ; et flattant les vaines espérances de Marguerite de Courtenay , sa femme , à la couronne de Constantin ople, il promet à ce prince un troue imaginaire , s'il veut participer au crime d'une usurpation réelle.

En effet , le comte arrive en Italie avec une

armée formidable ; et , secondé de Loria qui avait passé au parti napolitain , et du duc de Calabre , second fils de Charles , il fait une descente en Sicile. Frédéric , seul avec son peuple , résiste de toutes parts. L'armée ennemie se consume ; la peste y joint ses ravages ; et le comte de Valois s'en retourne avec opprobre : guerrier sans talent? incapable à la fois de ravir une couronne et indigne de la porter.

La paix se conclut enfin ; et dans le traité qui portait que la Sicile retournerait à Charles ou à ses héritiers , après la mort de Frédéric , on remarque la condition que le pape impose à ce dernier , de régner sous le nom de Trinacrie.

Que prétendait Roniface? Son orgueil croyait-il s'épargner une humiliation, en donnant aux états que son ennemi conservait, le nom que la Sicile portait aux temps fabuleux ?

Pendant ce long période , l'histoire particulière deNaples n'offre rien de remarquable. Ce royaume perdit avec regret Charles n , le plus juste et le plus fortuné de ses rois. 11 était Agé de soixantetrois ans ; il en avait régné vingt-quatre , après une longue captivité, à laquelle ce prince n'aurait peut-être jamais renoncé , s'il eût prévu l'injustice de trois papes consécutifs , et les mêmes malheurs dont son père a\ait été accablé.

Que "penser de cette suite de papes , dynastie singulière de souverains étrangers l'un à l'autre , travaillant sans relâche pour des successeurs inii 28

connus , adoptant près de la tombe un système d'ambition usurpatrice qu'ils soutiennent par des parjures et par des crimes, et auquel ils immolent , pour la plupart , les restes d'une longue vie dévouée jusqu'alors à la vertu ?

Charles avait laissé , par son testament , la couronne de Naples à Robert , duc de Calabre , l'un de ses fils. Ce prince , occupé du bonheur de ses peuples, veillait au gouvernement intérieur de ses états , quand Frédéric de Sicile , ligué avec l'empereur Henri vu , et commandant la flotte combinée de Gênes et de Pise , vient descendre en Calabre et y commet des hostilités qu'il aurait poussées plus loin , sans la mort de l'empereur son puissant allié. Le roi de Naples vengea cette injure par une descente en Sicile , expédition inutile et malheureuse , suivie bientôt de la mort d'un fils tendrement aimé. Telle était l'estime de Robert pour le prince , qu'en apprenant sa mort il s'écria : « La couronne est tombée de dessus ma » tète. »

Le roi de Naples , privé de son unique héritier, donna tous ses soins à l'éducation de sa petite-fille , la célèbre Jeanne. Mais cet aïeul si tendre préparait, sans le savoir , les malheurs de la jeune princesse ; il voulait foire rentrer la couronne dans la branche à qui elle devait appartenir ; il fit épouser à Jeanne , André u , ïi\s de Charobert, roi de Hongrie, son neveu ; le prince et l'infante , âgés l'un et l'autre de sept ans, furent

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fiancés. Le roi Charobert lit accompagner son fils d'un certain nombre de seigneurs hongrois ses gentilshommes, et du moine Robert son gouverneur. André prit à Naples le nom de duc de Calabre.

Cependant le roi de Naples , affligé de la faiblesse et même de l'imbécillité du jeune André , désigné son successeur , pressentant les intrigues du moine Robert et du parti des Hongrois , engagea ses peuples par serment à ne reconnaître que Jeanne sa fille pour leur souveraine , et déclara par son testament qu'elle régnerait seule.

Jeanne, après la mort de Robert son aïeul, ne fut pas long-temps à s'apercevoir qu'il avait tout prévu ; mais jeune encore, trop faible pour répondre à ses sages précautions et soutenir ses droits , en conservant toujours le nom de reine , elle perdit bientôt l'autorité. Le pape , abusant de ces dissentions conjugales qu'il croyait favorables à ses desseins , protège le moine et le parti hongrois, contre les droits de la reine et le testament de son aïeul ; il publie une bulle pour le couronnement du jeune André, politique funeste et intéressée qui devait entraîner la ruine du royaume.

Charles de Durazzo , prince du sang royal , s'était rangé du parti de la reine et des autres princes ; les barons même , indignés de la puissance hongroise , avaient suivi son exemple. Tous s'étaient promis de prévenir les desseins de la cour de Rome et de se défaire du prince imbécille qu'on

allait couronner. Le jour de la cérémonie approchait. André fut assassiné au sortir de la chambre de la reine, à Averse, où était la cour. On l'étrangla, et son corps fut jeté par une fenêtre.

La Reine, à dix-huit ans, veuve ainsi d'un prince qu'elle n'aimait pas , entendit les rumeurs et les soupçons du peuple; et tandis que le moine Robert et les Hongrois étaient encore dans la consternati m , elle assemble son conseil, se justifie avec éloquence, et fait informer sur un crime qui venait de se commettre presque sous ses yeux.

Deux gentilshommes, peut-être innocens, furent punis de mort. Le pape veut connaître d'un attentat , suite funeste de sa bulle. Jeanne , loin de s'y opposer, envoie même à Louis, roi de Hongrie et frère d'André , un ambassadeur , et se marie bientôt à Louis, frère de Robert , prince de Tarante , fils de Charles n.

Mais le roi de Hongrie s'avance en Italie avec une armée formidable, faisant portera la tête de ses troupes un étendard noir sur lequel on avait représenté la fin tragique de son malheureux frère. Jeanne épouvantée assemble son conseil ; et jugeant que le vengeur est inflexible , elle se retire en Provence avec son nouvel époux , laissant à Naples son fils Charobert , âgé de trois ans, pour désarmer , s'il se peut, le vainqueur.

Louis, dont l'étendard annonce les projets, ne trouvant point de résistance, poursuit sa inarche. Les villes lui font présenter leurs clefs ; il y met

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des garnisons, sème partout l'épouvante ; tout reste immobile à son aspect. Son armée s'arrête aux environs d'Averse. Louis reçoit au château le duc de Durazzo et tous les seigneurs qui viennent à sa rencontre , portant avec eux l'enfant Charobert dans son berceau; il passe avec eux dans la galerie ; le signal esc donne: les troupes hongroises se rangent en bataille ; appareil de terreur ! Louis s'informe du lieu de inat ,

et quelie est la fenêtre fatale. On lui montre l'un et l'autre. Le roi tire une lettre que Charles , duc de Durazzo, avait écrite et qui déposait contre lui ; il ordonne qu'on étrangle ce prince, et que son corps soit jeté par la fenêtre où celui d'André son frère avait passé : il sort à l'instant d'Averse et marche à Naples. Le peuple en foule s'empresse de lui offrir les honneurs dus à son rang ; il les refuse, fait raser les maisons des princes du sang , séjourne deux mois à Naples , en passe deux autres à parcourir ce royaume, laisse des officiers dans toutes les places , et retourne en Hongrie.

La reine cependant était xenne trouver le pape à Avignon ; elle y plaide sa cause en public , et le pontife reconnut son innocence. Il envoya même au roi de Hongrie un légat dont il connaissait l'éloquence et l'adresse. Mais Louis , maître de Naples , après la mort du jeune Charobert , devait être d'autant plus inflexible, que la politique et l'ambition se joignaient alors à la vengeance.

Telle fut pourtant l'habileté du légat négocia-

tcur , ou peut être le noble désintéressement de Louis, que Jeanne obtint la permission de rentrer dans ses états.

La reine , dans le besoin d'argent où elle était , vendit Avignon au pape pour quatre-vingt mille florins d'or de Provence. Boniface, se doutant bien que le prix modique d'une acquisition si importante donnerait lieu à des réflexions désavantageuses , eut soin de prêter aux intentions de Jeanne un motif religieux , indiqué par ces paroles : « Plus heureux celui qui donne que celui qui reçoit. » Adroite citation de l'Écriture-Sainte, mais qui par malheur , aux yeux de la politique mondaine , ne lève pas entièrement les soupçons sur l'intégrité des juges et l'innocence de Jeanne.

La reine , avec les quatre-vingt mille florins du pape , vint descendre au château de l'OEuf , seule place qui lui restât dans son royaume. Les Napolitains la revirent avec joie ; et le roi de Hongrie, avant rappelé ses troupes et consenti à la paix , Jeanne et Louis son époux se firent couronner dans leur ville capitale.

Pendant les troubles de Naples , 'a Sicile , livrée aux factions des Palices et des Clermonts, princes du sang révoltés , n'avait pas été plus tranquille. L'infant don Juan , dont la régence habile avait dompté et puni les séditieux vendus à la maison de Naples , a\ ait , malgré le pape et les factieux , négocié la paix avec la reine Jeanne , tandis que le roi de Hongrie lui disputait à elle-même sa

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couronne. II se voit forcé d'appeler un évèque étranger pour le sacre du jeune Louis, les prélats du royaume refusant leur ministère à leur souverain.

Après la mort de l'infant , nouvelles calamités; le nouveau régent, le célèbre Blaze d'Allagon, trouve dans la reine-mère un appui des Clermonts et des Palices. Il voit sa souveraine favoriser ses ennemis personnels , protéger les factions , ne trouver qu'un ennemi dans le soutien de la couronne , et lui défendre de pénétrer dans le royaume. Cet ordre imprudent devient pour les deux partis un signal de carnage et de cruautés. Division générale ; tout respire la guerre ; et le peuple épouvanté déserte la patrie pour se retirer dans la Sardaigne et dans la Calabre.

On se flattait que la prochaine majorité du roi, réunissant tous les partis , allait rendre le repos à l'état, et dépouiller Palice d'un pouvoir dont il avait trop abusé. Vaine espérance! il jouit de la faveur et de l'amitié de son jeune maître , dont le nom va consacrer sa puissance ; le peuple désespéré ne voit plus dans son roi qu'un instrument de la tyrannie de Palice, et qu'un chef de la faction élevée contre un régent choisi par la noblesse et estimé de la nation.

Palice avait osé persuader au roi de convoquer les états à Messine. Tout Palerme assiège le palais, demande la mort du ministre criminel , force les portes de la maison royale , et massacre Palice , presque sous les yeux de son maître.

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Alors le désordre est au comble; les Clermonts refusent d'obéir au roi; et, protégeantla révolte de plusieurs villes du royaume, iîs appellent en Sicile la reine Jeanne et Louis son époux. Cent douze places vendues ou surprises arborent l'étendard de Naples; et l'Europe, les veux ouverts sur cette île malheureuse, juge de l'excès de ses calamités , en la voyant sacrifier sa haine pour le nom d'Anjou, et prête à passer sous les lois de cette maison détestée.

Le jeune Louis de Sicile meurt ; Frédéric son frère lui succède, prince âgé de quatorze ans. Son règne n'est qu'une suite de désastres sous la régence de sa sœur , simple religieuse incapable de gouverner un monastère, et qui se trouve à la tète de l'état.

Jeanne de Napïes et son époux entrent en triomphe à Messine; et Frédéric va perdre la Sicile. Mais il existe un homme qui veille sur sa destinée.

lilaze d'Allagon attaque l'escadre napolitaine, la disperse, et, malgré ses blessures, va battre sur terre le générai qui assiège la place, sauvant ainsi par deux victoires en un jour, la Sicile et son roi. Ses succès amenèrent une paix générale que le pape ratifia enfin, ne pouvant plus s'y opposer.

Jeanne, de retour dans ses états, veuve de Louis, veuve encore du jeune prince de Majorque (car ses maris se succèdent rapidement) , épouse en quatrièmes noces le jeune Othon duc de Brunswick : mariage imprudent , qui semblait annuler

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l'adoption qu'elle avait faite de Charles de Durazzo ; c'était en effet l'écarter du trône attaché aux droits de la princesse Marguerite sa femme, héritière deNaples; et la naissance d'un (ils qu'elle venait de lui donner rendait cette injure plus sensible et plus amère.

Le p pe voyant matière à de nouveaux troubles, excité par l'intérêt de donner à son neveu la principauté de Capoue, et par l'orgueil de disposer d'un royaume, sert les projets de Durazzo. Il excommunie Jeanne, donne à Charles l'investiture du royaume de Napies par une bulle que le roi de Hongrie devait protéger de ses armes. Jeanne effrayée, cherche un appui dans la maison de France, en adoptant pour nouvel héritier Louis, duc d'Anjou. Charles de Durazzo, maître de la capitale et du royaume, pendant que l'armée d'Othon est campée aux environs de Napies, tient la reine assiégée dans le château neuf, et la force de capituler à cinq jours de trêve. Le cinquième jour expire , le prince Othon présente alors la bataille à Durazzo; il est vaincu et fait prisonnier. La reine se rend au vainqueur , qui envoie consulter Louis de Hongrie sur le traitement qu'il doit lui faire. C'était demander la mort de Jeanne ; Louis inflexible , toujours obstiné à la croire coupable du meurtre d'André son frère, prononce contre elle un arrêt de mort, dont Durazzo se rend exécuteur.

Bientôt le pape mécontent du nouveau roi . cnii

sans cloute n'avait point assez payé ses services , appelle un autre duc d'Anjou en Italie. Ce prince parait à la tète d'une puissante armée , et s'annonce par des succès rapides. Mais tout change encore ; Durazzo sent la nécessité de ramener le pape; c'est ce qu'il fait par un traité avantageux pour la cour de Rome. Alors le Saint Père excommunie ce même duc d'Anjou, dont il venait de se servir , publie une croisade contre lui, et promet des indulgences à quiconque tournera ses armes contre ce prince. Durazzo, paisible possesseur du trône , va briguer celui de Hongrie vacant par la mort du roi Louis , et périt dans les troubles de ce royaume, livré comme celui de Naples aux fureurs des dissentions intestines.

Marguerite, veuve de Durazzo, plus incapable de gouverner que Jeanne elle-même , fait proclamer roi son fils, et ose se charger de la régence. Dans l'anarchie intolérable, fruit de son incapacité et de celle de ses ministres, ses peuples forcés de se gouverner eux-mêmes , se créent une magistrature sous le nom des huit seigneurs du bon gouvernement. C'était le temps du grand schisme qui produisit tant d'antipapes. Ces huit seigneurs reconnaissent pour roi de Naples le fils du précédent duc d'Anjou , attiré comme son père en Italie par Clément , pape d'Avignon. Ce pontife lui avait donné l'investiture du royaume de Naples, à l'exclusion de Ladislas soutenu par Boniface n, onzième pape de Rome: moment curieux de l'his-

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toire , où l'on voit deux princes se disputer un royaume , à la solde l'un et l'autre de deux pontifes qui se disputent la thiare. Ce fut Ladislas et le pape romain qui l'emportèrent sur Louis d'Anjou et son pape d'Avignon. Sa mort, effet d'une vengeance vile et atroce (i), laisse le trône à Jeanne n , sa sœur.

Jeanne , dont les mœurs influèrent sur les révolutions du gouvernement , était déjà connue par ses faiblesses avant de monter sur le trône. Le rapprochement des différents traits relatifs à son règne et consacrés par les historiens de Naples , forme un tableau assez semblable à celui que présentent quelques-uns de ces romans français , fondés sur le mélange de la galanterie et des intrigues de cour. L'histoire contemporaine, en parlant de cette princesse qui descendait quelquefois de son rang, est forcée de descendre elle-mèn;;'

de sa dignité.

Pandolphe-Alopo , amant choisi dans un ordre inférieur, et devenu trop rapidement grand-sénéchal du royaume , ne sut pas se faire pardonner les bontés de sa souveraine. Jeanne, soit pour ap-

(i) Ce prince aimait la fille d'un médecin de Pérouse. Le père gagné, dit-on, par les Florentins, donne à sa fille un mouchoir dont le contact devait irriter les désirs et même fixer le cœur de son amant. Ladislas et sa maîtresse furent également victimes de cette ruse abominable. Ils moururent l'un et l'autre d'une maladie de langueur.

paiser les murmures du peuple, soit pour assurer la tranquillité de l'état , prit le parti de se marier. Jacques comte de la Marche, prince de la maison de France, fut l'époux qu'elle préféra. Il devait , ai:x termes du traité , s'en tenir au titre de gouverneur-général du royaume. Mais la flatterie ou le mécontentement des seigneurs , députés par la cour de Naples,lui donna le nom de roi, et trompa de cette manière les précautions et la politique de la reine.

Jacques distingue, parmi les députés, Jules- César de Capoue. Ce seigneur, excité parle mouvement d'une reconnaissance indiscrète , ou par le désir de devancer dans la confiance de Jacques les courtisans ses rivaux , apprit au comte de la Marche les préférences dont la reine son épouse honorait depuis long-temps Pandolphe Alopo.

Jeanne , informée de l'empressement des seigneurs à se donner un Haaitre, crut devoir confirmer, dans une assemblée publique de la noblesse, le titre que le comte de la Marche son époux venait de recevoir en arrivant.

Jacques fut donc proclamé roi. Son premier acte de souveraineté fut de condamner Pandolphe à perdre la tète sur un échafaud. Il se donnait, pour venger des injures antérieures à son mariage , des soins qu'il aurait mieux valu prendre pour en prévenir de nouvelles. Des lecteurs français sont affligés de voir un prince de leur nation s» souiller d'une cruauté que suivit bientôt un ridicule ,

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augmenté encore , comme on le verra , par la perte d'une couronne.

La reine dissimula son ressentiment. Surveillée par un vieil officier français , el!e attendait de ses disgrâces le retour de la faveur du peuple napolitain , étonné d'une jalousie française. La cour revint la première ; les seigneurs qui , depuis la cliùte de Pandolphe, s'étaient flattés d'obtenir les premières places, s'indignèrent de les voir toutes accordés à la nation du prince. Ils s'aperçurent que Jeanne était captive , et trop étroitement gardée : on le lit remarquer au peuple.

En ce moment , Jules-César de Capoue , qui croyait sans doute avoir de grands droits à la reconnaissance du prince, et mécontent de se voir oublié, forme contre le roi une conspiration que son imprudence confie à la reine. Il espérait que Jeanne lui pardonnerait , en faveur d'une conjuration formée contre son ' mari , la confidence faite autrefois contre son honneur à ce mari même. Mais la reine accordant l'intérêt de son ressentiment avec celui de sa délivrance , obtient sa liberté , en immolant César et son secret , et en avertissant le roi d'un attentat dont elle sut lui ménager une preuve incontestable.

Le criminel est puni , et la reine libre un moment se hâte de paraître en public ; le peuple la revoit avec joie; on craint une détention nouvelle; on s'empare de sa personne; et tandis que la multitude demande à grands cris la liberté de

l\\Ç> ŒUVRES

Jeanne > les grands , mêlant leur intérêt particulier à la rumeur populaire, demandent impérieusement les premières charges de la couronne.

Le roi, forcé de capituler , accorde tout. Parmi les seigneurs napolitains que ce monarque venait d'honorer de dignités nouvelles, parut Caraccioli , élevé au rang de grand-sénéchal. 11 réunissait tous les dons de la figure et de l'esprit. Le choix de la reine (car il fallait un choix ) se décida pour Caraccioli , et sa passion devint publique.

L'adresse du favori, habile à ménager les grands, à s'assurer du peuple, mit bientôt le roi dans les fers de son épouse ; et son appartement devint sa prison. Mais abusant alors de l'accroissement de son crédit , bientôt son pouvoir chancelé ; le peuple tourne contre l'amant le même ressentiment qu'il venait de montrer contre répoux. La cour de ]STaples députe au roi de France ; et croira-t-on que ce monarque s'adresse au pape .pour venger l'injure faite à un prince de sa maison ?

Caraccioli prévoit forage ; mais ne paraissant s'occuper que des intérêts de la reine devenus 1rs siens , il prend le parti de s'immoler ; et trompant ses ennemis , il dicte lui-même l'arrêt de son exil , le roi Jacques étant toujours détenu.

Du lieu de sa retraite, cet adroit courtisan parvint à regagner la confiance du pape et à rassurer les princes du sang; il reparait l'année suivante ù la cour, et fait couronner publiquement sa souveraine , sans que le nom de son époux soit pro-

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nonce : exclusion tacite , mais cruelle, qui le vengeait d'un souverain son rival.

Le roi Jacques, avili par une longue captivité, haï de la reine et méprisé de son peuple , libre enfin 2 repasse en France, comte de la Marche, et va mourir moine au fond d'un cloître.

On appelle contre le pouvoir de Caraccioli , appuyé de la reine, un Louis ni, duc d'Anjou, contre lequel Jeanne appelle à son tour Alphonse, roi d'Aragon et de Sicile, qu'elle adopte pour son héritier; mais bientôt elle est forcée d'adopter, contre cet Alphonse, ce même Louis ni qui venait d'être battu par lui : alternatives d'adoptions, qui furent plus funestes à Jeanne que la variété de ses galanteries.

Après ces troubles , où s'était consumée la jeunesse de la souveraine et du favori, le favori n'aimant plus, n'étant plus aimé, eut l'imprudence de se croire encore nécessaire. Un jour, il exigeait de Jeanne une grâce nouvelle, et la demandait avec fierté. Surpris d'un refus, le premier qu'il eût reçu d'elle, il se livra à toute la violence de son emportement ; et la reine porta les marques d'un outrage impardonnable à l'amour même. Les courtisans obtinrent de la reine l'ordre d'arrêter son ancien favori.

La haine publique alla plus loin que son ordre; et Caraccioli fut massacré. J^a reine ne lui survécut pas long-temps. Avant de mourir, elle avait vu descendre au tombeau Louis ni d'Anjou, dont elle

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s'était fait un appui par adoption, contre Alphonse également adopté par elle. Son testament substitua à Louis in d'Anjou, René son frère. C'est ce même René qui , depuis chassé du royaume de INapIes par Alphonse, et passant dans sa fuite par Florence , eut la faiblesse de recevoir du pape l'investiture d'une couronne qu'on venait de lui ravir.

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