‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 113 sur 276 · Voltaire. 2. De l'argent. 3. Des livres · texte numérisé non relu

Voltaire. 2. De l'argent. 3. Des livres

4. Le pont Neuf et la statue de Henri IV, 5. La Grève, 6. Le bourreau.

« pris en combattant avec courage, ou bien est-ce un enfant des foibles « que l’homicide Areskoui! à saisi dans sa fuite? »

« Le guerrier me répondit : « Ce n’est point un soldat qui va cesser « de vivre: c’est un chef de la prière? qui, banni de la France pour « des opinions religieuses, n’a pu supporter les chagrins de l'exil. « Vaincu par le sentiment qui subjugue tous les hommes, il est revenu « déguisé dans son pays : le jour il se tenoit caché dans un souterrain, «la nuit il erroit autour du champ paternel, à la clarté des astres qui « présidèrent à sa naissance. Quelques misérables l’ont reconnu dans «ces promenades où il respiroit en secret l’air de sa patrie ; ils l’ont « dénoncé : la loi le condamne à mort pour avoir rompu son ban:»

«Le guerrier se tut, et je vis un vieillard s’avancer au milieu de la foule. Arrivé aux piliers de sang, ce vieillard dépouilla sa robe, se mit à genoux et adora. Ensuite, mettant un pied assuré sur le premier barreau de l’échelle et s’élevant d'échelon en échelon, il sembloit monter vers le ciel. Ses cheveux blancs flottoient sur son cou ridé et bruni par l’âge ; on voyoit sa vieille poitrine à nu, qui respiroit tranquillement sous sa tunique entr'ouverte : il jeta un dernier regard sur la France, et la mort le lia par la cime comme une gerbe moissonnée.

«le me levai dans le trouble de mes sens, qui ne m’avoit pas d'abord permis de me dérober à l’abominable spectacle. Je m'écriai : « Remenez-moi à mes déserts ! reconduisez-moi dans mes forêts ! » et je m'éloignai à grands pas. Longtemps j'errai à l'aventure, tout en pleurs et comme hors de moi-même, Mais enfin la lassitude du COTps parvint à distraire les fatigues de l’âme, et, me trouvant aussi harassé qu'un chasseur qui a poursuivi un cerf agile, je fus contraint de demander quelque part les dons de l'hospitalité.

«Je heurte à la porte d’une très-belle cabane; un esclave vient m'ouvrir : « Que veux-tu? » me dit-il brusquement. « Va dire à ton «maitre, répondis-je,.qu’un guerrier des chairs rouges veut boire « avec lui Ja coupe du banquet. » L’esclave se prit à rire, et referma la porte.

«Cette épreuve ne me découragea point..À quelque distance, dans une petite voie écartée, une habitation assez semblable à nos huttes s’offrit à mes regards. Je me présente sur le seuil de cette demeure, J'aperçois Cu fond d’une case obscure un guerrier demi-nu, une femme et trois entants; j'augurai bien de mes hôtes, lor sque je vis qu’ils restoient tranquilles à mon aspect comme des Indiens. J’entre dans la cabane, je m'assieds au foyer dont je salue le Manitou domestique,

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