Tradition historique
il essayoit de dégager ses pieds d’une vigne rampante : le sachem, levant sa massue, en décharge un coup sur la tête de l'héritier d’Aranville : la tête se brise comme la calebasse sous le pied de.la mule rétive. La cervelle de l’infortuné fume en se répandant à terre. Adario insulte par ces paroles à son ennemi :
« En vérité, c’est dommage que ta mère ne soit pas ici! elle baigneroit ton front dans l’eau d’esquine ! Moi, qui ne suis qu’un barbare,
j'ai grossièrement lavé tes cheveux dans ton sang! Mais j'espère que
tu pardonneras à ma débile vieillesse, car je te promets un tombeau. dans le sein des vautours. »
En achevant ces mots, Adario se jette sur Lesbin; il lui etfones son poignard entre la troisième et la quatrième côte, à l'endroit du cœur : Lesbin s’abat comme un taureau que le stylet a frappé. Le sachem lui appuie un pied sur le cou; d’une main, il saisit et tire à lui la chevelure du guerrier, de l’autre il la découpe avec une partie du crâne, et, suspendant l’horrible trophée à sa ceinture, il assaillit le brave Hubert, qui l’attendoit. D'un coup de son fort genou Adario lui meurtrit le flanc, et, tandis qu'Hubert se roule sur la poussière, du tranchant de sa hache l’Indien lui abat les deux bras et le laisse expirer rugissant.
Comme un loup qui, ayant dévoré un agneau, ne respire plus que le meurtre, le sachem vise l'enseigne Gédoin, et d’une flèche lui attache la main au bâton du drapeau françois. Il blesse ensuite Adémar, le fils de Charles. Habitant des rives de la Dordogne, Adémar avoit été élevé avec toute sorte de tendresse par un vieux père dont il étoit le seul appui et qu'il nourrissoit de l'honorable prix donné à ses armes. Mais Charles ne devoit jamais presser $on fils dans ses bras, au retour des pays lointains. La hache du sachem, atteignant Adémar au visage, lui enleva une partie du front, du nez et des lèvres. Le soldat reste quelque temps debout, objet affreux, au milieu de ses compagnons épouvantés : tel se montre un bouleau dont les sauvages ont enlevé l'écorce au printemps; le tronc mis à nu et teint d’une sève rougie se fait apercevoir de loin parmi les arbres de la forêt. Adémar tombe sur son visage mutilé, et la nuit éternelle l’environne.
Comme une laie de Cilicie ou comme un tigre du désert de Sahara, qui défend ses petits, Adario, redoublant de fureur à la vue de ses propres exploits, s’écrie : « Voilà comme vous périrez tous, vils étrangers! tel est le sort que vous réservent les Natchez! » En même temps il arrache un mousquet à Kerbon, et lui plonge dans la bouche la baïonnette; le triple glaive perce le palais et sort par le haut du crâne de la pâle victime, dont les yeux s'ouvrent et se ferment
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