LIVRE XI
écouter les cris d'arrivée : Outougamiz et Céluta sont les premiers au rendez-vous. |
On entend d’abord le cri d'avertissement de l'approche des guerriers : toutes les oreilles s'inclinent, toutes les têtes se penchent en avant; toutes les bouches s’entr'ouvrent, tous les yeux se fixent, tous les visages expriment le sentiment confus de la crainte et de l’espérance. .
Après le cri d'avertissement commencent les cris de mort. Chactas comptoit à haute voix ces cris, répétés autant de fois qu’il y avoit de guerriers perdus : la nation répondit par une exclamation de douleur. Chaque famille se demande si elle n’a point fourni quelque victime au sacrifice ; si un père, un frère, un fils, un mari, un amant, ne sont point descendus à la contrée des âmes : Céluta trembloit et Outougamiz paroissoit pétrifié.
Les cris de guerre succédèrent aux cris de mort; ils annonçoient la quantité de chevelures enlevées à l’ennemi et le nombre des prisonniers faits sur lui. Ges cris de guerre excédant les cris de mort, une exclamation de triomphe se prolongea dans les forêts.
La tribu de l’Aigle parut alors, et défila entre deux rangs de flambeaux. Les spectateurs cherchoient à découvrir leur bonheur ou leur infortune : on vit tout d’abord que le vieux soleil manquoit, et Outougamiz et sa sœur n’aperçurent point le frère d'Amélie. Géluta, défaillante, fut à peine soutenue dans les bras d'Outougamiz, aussi consterné qu’elle. Mila se cacha en disant : « Je lui avois recommandé de ne pas mourir! »
Ondouré, qui remplaçoit le soleil dans le commandement des guerriers, marchoit d’un air victorieux. Il salua la femme-chef, qui, au lieu de jouir de l’avénement de son fils au pouvoir suprême, sembloit troublée par quelque remords. Averti de ce qui se passoit, Chactas gardoit une contenance douloureuse et sévère,
À mesure que la troupe s’avançoit vers le grand village, les chefs adressoient quelques mots aux diverses familles : « Ton fils s’est conduit dans la bataille comme un buffle indompté, » disoit un guerrier à un père, et le père répondoit : « C’est bien. » — « Ton fils est mort, » disoit un autre guerrier à une mère, et la mère répondoit en pleurant : « C’est égal. »
Le conseil des sachems s’assemble : Ondouré, appelé devant ce conseil, fait le récit de l’expédition. Selon ce récit, les Natchez avoient trouvé les Illinois venant eux-mêmes attaquer les Natchez : dans le combat produit par cette rencontre, la victoire s’étoit déclarée en faveur des premiers, mais malheureusement le. soleil étoit tombé
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mort, percé d'une flèche, «Quant au coupable auteur de cette guerre, ajouta Ondouré, resté au pouvoir de l'ennemi, il expie à présent même, dans le cadre de fou, le châtiment dû à son sacrilége, »
Ondouré auroit bien voulu accuser de lâcheté son rival; mais René, blessé trois fois en défendant le soleil, avoit fait si publiquement éclater sa valeur aux yeux des sauvages, qu'Ondouré même fut obligé de rendre témoignage à cette valeur,
« Devenu chef des guerriers, reprit-il, j'aurois poursuivi ma victoire, si l’un de vos messagers ne m'eût apporté la nouvelle de l'attaque des François : j'ai commandé la retraite, et suis accouru à la défense de nos foyers, »
Pendant le récit d'Ondouré, la femme-chef avoit donné des signes d'un trouble extraordinaire : on la vit rougir et pâlir, D'après quelques mots GChappés à son coupable amant, lorsqu'il marcha aux Illinois, Akansie ne douta point que la flèche lancée contre le vieux soleil ne fût partie de la main d'Ondouré, Le criminel Iui-même se vint bientôt vanter auprès de la jalouse Indienne d’avoir fait commencer le règne du jeune soleil, « Ma passion pour vous, dit-il, m'a emporté trop loin peut-être: disposez de moi, et ne songez qu'à établir votre puissance, » Ondouré espéroit se faire nommer édile par le crédit de la femmechef, et gouverner la nation comme tuteur du souverain adolescent,
La mort du vieux soleil opéroit une révolution dans l'État : on lui expiroit un des trois vicillards qui avoient aboli la tyrannie des anciens despotes des Natchez, I ne restoit plus que Chactas et Adario, tous deux au moment de disparoître,
Chactas conçut des soupçons sur le genre de mort de son ami : on ne disoit point de quel côté la flèche avoit frappé le chef centenaire ; on ne rapportoit point le corps de ce vénérable chef, bien qu'on eût obtenu la victoire, Un bruit couroit, parmi les guerriers de la tribu de l'Aigle, que le soleil avoit été blessé par derrière, qu'il étoit tombé sur le visage, ot que, longtemps défendu à terre par le guerrier blane, l'un et l'autre, indignement abandonnés, éloient demeurés vivants aux mains de l'ennemi,
Ge bruit n'avoit que trop de fondement ; telle étoit laffreuse vérité: René ot le soleil avoient été faits prisonniers, Les Illinois se consolèrent de leur défaite en se voyant maîtres du grand-chef des Natchez :. non poursuivis dans leur retraite, ils emmenèrent paisiblement leurs victimes,
Après un mois de marche, de repos ot de chasse, ils arrivèrent à leur grand village : 1à, les prisonniers devoient être exécutés, Par un rafinement de barbarie, on avoit pris soin de panser les blessures du
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