‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 167 sur 276 · Dicu du mal : l'Arimanc des nègres · texte numérisé non relu

Dicu du mal : l'Arimanc des nègres

LES NATCHPEZ. 117

nous trouverons une mère pour le nourrir. Céluta est belle comme une Fétiche bienfaisante. »

« Comment Imley est-il dans ce lieu? » dit Céluta.

« Mon ancien maître, répondit Imley, après m'avoir battu parce que j’aimois ma liberté, m'a vendu à l'habitant des cases voisines. Venez avec moi, je vous donnerai du maïs et une femme noire de mes bois pour allaiter l’enfant rouge de vos forêts; les blancs ne sauront rien de tout cela. »

Céluta se mit à suivre son guide.

«Et tu es toujours infortunée, pauvre Céluta! disoit en marchant l’Africain. Et moi aussi je suis bien malheureux le jour, mais la nuit! » Imley posa un doigt sur sa bouche en signe de mystère.

« Et la nuit tu es moins à plaindre, dit Céluta; moi je pleure toujours.

« Céluta, reprit Imley, si tu savois! elle est belle comme le palmier des sables ! Quand elle dit au sourire de venir visiter ses lèvres, ses dents ressemblent aux perles de la rosée dans les feuilles rouges du “bétel. »

L'enfant de Cham arrêtant tout à coup Céluta et lui montrant le fleuve : « Vois-tu la cime argentée de ces copalmes, là-bas sur les eaux? Vois-tu tout auprès les ombres de ces hêtres pourpres, presque aussi belles que celles du front de ma maîtresse? Vois-tu les deux colonnes de ces papayas entre lesquelles apparoît la face de Ja lune, comme la tête de mon Izéphar entre ses deux bras levés pour me caresser ? Eh bien, ce sont les arbres d’une île. Ile de l’Amour, île d’Izéphar, les ondes ne cesseront de baigner tes rivages, les oiseaux d'enchanter tes bois et les brises d'y soupirer la volupté! C'est là, Céluta!. Elle habite sur l’autre bord du Meschacebé; moi j'ai ma case sur cette rive; chaque nuit elle traverse à la nage le bras du fleuve pour se rendre dans l’île : son Imley s’y trouve toujours le premier. Je reçois Izéphar au moment où elle sort de l'onde; je la cache dans mon sein; je lui sers d’abri et de vêtement; nos baisers sont plus lents que ceux des brises qui caressent les fleurs de l’aloès au déclin du jour ; deux beaux serpents noirs s’entrelacent moins étroitement : nous sommeillons au bord du fleuve en disputant de paresse avec ses ondes.

« Souvent aussi nous parlons de la patrie: nous chantons Niang, Zanhar ‘ et les amours des lions. Je reprends toutes les nuits la parure que tu me vois, et que je portois quand j'étois libre sous les

4, Dicu du bien.

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